WORDSWORTH
Triilet tuuvenirt d'on toapt mal employé t
La Bourgogne, long-temps indépendante , théâtre ' de grands événements et de grands crimes politiques, se rattache à tout ce que l’histoire de France offre de plus intéressant et de plus remarquable. Elle a eu de nombreux historiens. La crédulité de Grégoire, Frédégaire, Aymoyn, leur servile abaissement devant les puissances de leur époque, ôte quelque autorité à leurs récits | mais, contemporains des événements qu'ils rapportent, ils n'ont pu détruire entièrement la vérité qu’ils ont obscurcie. Les chroniques de Saint-Bénigne, de Bèze, de Flavigny, de 'Vezelay, ont encouru les mêmes reproches , quoique leurs auteurs aient écrit un peu plus tard, [’aradin, Gollut, Saint-Julien, se montrent moins serviles, mais non moins crédules. Le premier qui ait débrouillé avec une sagacité impartiale ces
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ANNALES BOURGUIGNOINKES. 44^ monuments confus est Ducliesne : Cliasseneux et Be{;at, jurisconsultes habiles, ont aussi contribué à éclaircirl’ancienae histoire de Bourgogne. Plusieurs autres écrivains, le jésuite Royer, le Bourguignon Claude, A. Gérard, et sur-tout l’abbé Lebœuf, ont jeté de la lumière sur quelques points isolés de nos annales. Le bénédictin dom Plancher a voulu faire l’histoire de la province ; ses cinq volumes in-folio ne contiennent guère que celle de nos moines. Dans les temps plus modernes, MM. Mille, Beguillet, Gareau, l’intendant de Harlay, ont montré plus d'impartialité et d’exactitude. Je les ai tous consultés, sans oublier M. Dufey, de l’Yonne, qui a publié un excellent résumé de l’histoire de sa province.
La Bourgogne, au temps des Gaulois, était partagée en divers peuples: les Eduens, dont la capitale était Bibracle; les Lirujons, les Sëquanais, les Dogens, etc. Ils formèrent la principale force de l’armée de Brennns, lorsqu’elle descendit dansl’Étrurie, l’an de Rome 364, et quand ils assiégèrent et prirent cette ville , destinée à devenir la capitale du monde connu. Depuis ce grand événement, la terreur du nom gaulois fut portée chez les Romails à un si haut point que , dans les guerres entreprises contre nos ancétre.s, tout privilège cessait, nul n’était dispensé de prendre les armes, et il y avait toujours dans le trésor de la république des fonds uniquement destinés à cet effet.
444 ANNALES BODRGUIGNONNES.
Plus tard , vers l'an 636 de Rome, les Romains se vengèrent; à leur tour ils pénétrèrent dans la Gaule, s'emparèrent de la province de Narbonne, et reçurent au nombre de leurs alliés les Éduens et les Lingons. bientôt César entreprit une lutte sanglante qui dura dix ans, pendant lesquels il effectua la soumission totale de la Gaule, malgré la bravoure déployée par Vercingétorix et quelques autres chefs aussi vaillants que malheureux. La liberté expira sous les remparts d'Ulise, et depuis ce moment elle ne brilla plus sur la Gaule. f.ia Bourgogne fit partie de la province lyonnaise; des routes militaires, de somptueux monuments, de riches cités l’embellirent. ' La paix régna dans la Gaule; le christianisme s’établit dans le pays, qui fut appelé à profiter des lumières de l’Évangile par les efforts de trois disciples de saint Polycarpe, Bénigne, Andoche, et Tyrse ; le premier martj'risé à Dijon , vers l’an i y8 de l’ère chrétienne , et les deux autres à Saulieu.
Peu de temps avant la conversion de Constantin , le repos de la Gaule .avait été troublé par les guerres civiles que firent naître dans tout l'empire lel trente tyrans qui s’en disputaient les dépouilles.
'Posthume, reconnu empereur par les Gaulois, se défendit dans Autun contre tous les efforts de Gallien. Cette ville soutint plus tard un autre siège contre Étricus, qui s’en empara et la démantela entièrement. Constantin demeura dans Autun , qu’il
annales bourguignonnes. 445 embellit, et dont il releva les remparts. Depuis son régne la Bourgogne fut tranquille ; mais la décadence de l'empire laissa les barbares maîtres de ravager les pays sur lesquels la domination romaine avait pesé. Les Bourguignons, Germains d’origine , voulurent prendre leur part du pillage universel. Us partirent du sein de leurs forêts, et se répandirent dans la Gaule pour la pi-emière fois l’an 27 5 de J.-C. Us s’y rendirent maîtres de plus de soixantedix villes. En 279, l’empereur Probus les battit et les chassa. Us allèrent occuper la rive droite du Rhin, où ils demeurèrent jusqu’en 407 , époque où, appelés avec d’autres nations par le patrice Stilicon , traître à l’empire, ils rentrèrent dans la Lyonnaise, sous le commandement du roi Gondicaire, et devinrent maîtres de tout l’espace enclavé entre le haut Rhin , la Saône, et le Rhône.
Une fois établis dans ce pays, leurs mœurs s’adoucirent. Sidoine Apollinaire les peint sous des couleurs favorables. 11 est vrai que le bon évêque avait peur lorsqu’il chanta leurs louanges , et que plus tard , quand ils eurent quitté l’Auvergne, il les traita de barbares.
Genève devint la capitale des états de Gondicaire , guerrier hardi qui s’empara de Vienne, d’Autun, et poussa ses conquêtes jusqu’à Metz. Une sanglante victoire , que les bourguignons perdirent en 4 3 5 , les contraignit à se rendre tributaires de Rome.
446 ANNALES BOCnGUIGNONNES.
Gondiocbe succéda à Gondicaire , dont U était le fils. Sous son régne , Attila , ce fléau de Dieu , traversa la Bourgogne, et la flamme et le meurtre marquèrent par-tout son passage. On connaît sa défaite dans les champs Catalauniques, où les Bour^ guignons furent, dit-on, les vaillants au.\iliaires des Romains, des Visigoths , et des Francs. Gondiocbe donna des lois à son peuple, et établit soÜdement son trône.
Gondebaud , l’un de ses fils , se livra , ainsi que ses sujets, aux erreurs de l'arianisme. La division se mit parmi le peuple: deux frères du roi le poursuivent, le combattent, et le défont sous les murs d'Antun. La fortune change ; la victoire est pour lui ; il surprend ses frères dans Vienne, fait couper la tête de Chilpéric, précipite sa femme Agrippine dans le Rhône , force l’une des filles de ce prince à entrer dans un monastère, relègue Clotilde, la seconde, à Genève, tandis que Gondemar, autre frère du roi , plutôt que de consentir à périr de la main du bourreau , se fait brûler vif dans son palais.
Gondebaud poursuit le cours de ses triomphes , pénétre en Italie , s’empare de Pavie et de Turin , et rentre en Bourgogne chargé d’un immense butin. Mais le ciel ne voulait pas toujours servir ses crimes ; il fut obligé de donner en mariage sa nièce Clotilde au roi des Francs, Clovis. Celle-ci engagea son époux à déclarer la guerre au barbare , et vers l’an
ANNALES ROURGÜIGNONNES. 44?
5oo Clovis détacha du royaume des Bourguignons toute la Provence. Les évêques de la Gaule servaient le monarque français, nouvellement chrétien, et qui seul de tous les princes avait résisté à la contagion de l’hérésie arienne. Les prélats profitèrent de ce moment pour sommer Gondebaud d’assembler un concile , dans lequel ils se proposaient, disaient-ils, de combattre l’erreur. Le roi bourguignon, qui savait leur intention secréte, leur répliqua ;
« Si votre foi était véritable , votre fidélité devrait être inébranlable. Pourquoi n’avez-vous pas empêché Clovis de me déclarer la guerre , et de se joindre à mes ennemis pour me détruire? Que le roi des Français montre sa foi par ses oeuvres; quand on a la foi, on n’est ni avide du bien d’autrui , ni altéré du sang des peuples. » Bien raisonné pour un barbare.
lia guerre eut enfin un terme : Gondebaud profita du calme pour rédiger le corps de lois bourguignonnes qu’on appela depuis lois gombetles; code très insuffi.sant, mais qui n’était pas sans mérite, puisque Montesquieu l’élève au-dessus de tous ceux que les autres princes barbares donnèrent à leurs sujets.
Les juges qui, requis trois fois, ne rendaient pas la justice, étaient passibles d’une amende de douze sous d’or. La peine du talion était en vigueur: qui
448 ANNALES BODRG0IGNONRES.
crevait un œil en devait perdre un, etc., etc. vol d'un ëpervier était cruellement puni; sans doute parceque cet oiseau était la propriété de la noblesse. On sait que la loi salique défendait au Franc pri* sonnicr de donner pour sa rançon son épée ou son épervier; mais il pouvait céder jusqu'à deux cents serfs de ses tenm Voltaire a>t-il eu tort de dire que l'homme avait toujours été l'animal le plus méprisé sur la terre?'
Gondebaud favorisa maladroitement la (pierre que Clovis déclara aux Visigoths, et qui se termina en 507 par la mort d'Alaric, roi de ce peuple, et par la conquête de toutes les provinces soumises à sa domination depuis les bords de la Loire jusqu’au pied des Pyrénées. Gondebaud mourut en 5 16, laissant, malgré ses crimes, un grand souvenir. U avait montré une habileté consommée dans le choix de ses ministres , habileté si rare et si précieuse pour les peuples.
Sigismond, l'ainé de ses fils, épousa une esclave qui le poussa au crime, et lui fit étrangler en Saa Sigeric, son premier-né, enfant de la reine Amalberge. Ije crime consommé, le roi en reconnaît toute l'étendue; il pleure , il s’humilie devant Dieu ; son peuple le hait et le méprise: les monarques français, poussés parClotilde, leur mère, s'allient à Tbéodoric, roi des Ostrogotbs, et grand-père de l'infortuné Sigeric; on attaque Sigismond; des
ANNALES BOURGUIGNONNES. 44^ moines le livrent, et Clodoiuir le fait jeter dans un puits avec toute sa famille en 524, tandis que Gondemar, son frère, cliercbe à relever le royaume des Bourguiguons. Clodoinir marche contre lui; il est vaincu et tué. £u 534 Clotaire et Childebert remportent à lem* tour une grande victoire sur Gondemar, s’emparent de scs états, l’obligent à prendre la fuite, et dès ce moment l’histoire de sa vie est inconnue.
La fioui^ogue, dès-lors, tantôt réunie, tantôt divisée, fut soumise au sceptre des rois de France. Dans les obscures annales des Mérovingiens on distingue Gontran , roi d'Orléans et de Bom'gogne , homme charitable, bienfaisant, aimé de son peuple.
Je franchis toute la première race, et je trouve dans la seconde deux noms dignes d’étre signalés dans le petit nombre des seigneurs français demeurés fidèles à Louis-le-Débonnaire, Guérin de Vergy et le comte d’Autun. La royauté avait perdu sa majesté sous les successeurs de Charlemagne. Chaque gouverneur de province cherchait et parvenait presque toujours à se rendre indépendant. On vit, sous Louis-le-Bègue, trob nouveaux royaumes se former des débris de l’ancienne Bourgogne : celui de Provence, dont Bozon fut le premier roi, élu en 879; celui de la Bourgogne transjurane, par Ro^ dolphe, couronné à Saint-Maurice en Valais, en 888, et celui d’Arles, en 950. La Bourgogne pro-
IinMITK PROVINCE, T. Vlll.
2tJ
4So ANNALKS BOURGUIGNONNES, prement dite passa sous l’autorité des ducs qui l’admiaistraleDt bénéficiairement. Dès cette époque Hugues, fils naturel de Cbarleinagne, obtint ce titre vers 778. Richard-leJusticier, frère de Bozon, roi d’Arles, devint premier duc héréditaire de Bourgogne en 8g3. Raoul, son fils, lui succéda en gai. Celui-ci se déclara contre Charles-le-Simple , et en faveur de Robert, duc de France, son beau-frère. Lui-même fut élu roi après la mort de ce dernier. Il mourut sans laisser de postérité, et Hugues-le- Noir, son frère, obtint après lui le duché de Bour gogne , qui ne fut réuni à la couronne qu’en i ooa , après la cession forcée que le duc Otte Guillaume en fit alors.
Henri 1" , roi de France, donna ce duché, qu’il avait possédé lui-même, à Robert II, son frère, chef de la première maison de la race de Hugues- Capet qui ait possédé héréditairement la couronne. En 1027, la province fut frappée d’une affreuse famine. Le duc soutint la guerre contre de grands vassaux qu’il ne contenait qu’à peine ; il commit luimême un crime horrible en assassinantde sa propre main Dalniase de Seimur, son beau-père, et périt à son tour, en 1078 , d’un accident tragique dont les chroniqueurs ne nous ont pas fait connaître les détails. Le clergé lui ouvrit les portes du ciel : il avait enrichi les églises.
Hugues, son petit-fils, gouverna après lui; la
ANNALES BOURGUIGNONNES. 4^< douceurde ses manières lui concilia les esprits. Son premier acte fut de jurer entre les mains de Rainai, évêque de Langres, la conservation des priviléjjes de ses sujets. C’est une cérémonie à larpiclle les princesse soumettent volontiers, mais qu'ils observent le plus raremeut qu’ils peuvent. Hugues l" fit plus •, il convoqua en 1 076 les états à Bèze , et là il dispensa de l'obéissance qui lui était due, par une loi solennelle, six de ses hauts barons, dans le cas qu'il lui arrivât de faire violence aux lois , aux coutumes, ou aux privilèges de la Bourgogne ; tant, dit l’historien Saint-Julien, élaieul lors loiiles les voies ouvertes pour obvier et étouffer la tyrannie, et désir de retenir les princes en leur devoir, obéissance, serment, foi, et prudhommie.
La paix régnait dans la contrée ; Hugues courut chercher la guerre et la gloire en Espagne, où il alla secourir le roi Sanche d’Aragon, battu par les Sarrasins. De retour de cette expédition, et dégoûté du monde, il se retira dans l'abbaye de Cluny, où il fit profession monacale. Le pape Grégoire VII n’approuva pas cet acte de piété mal entendue ; il adressa de sévères reproches à l’abbé du lien. U Vous avez, lui écrivit-il, enlevé le duc de Bour- «gogne, et par là vous ôtez à cent mille chrétiens «leur unique protecteur. Si vous ne vouliez pas « exécuter mes ordres qui vous le défendaient, au «moins eussiez-vous dû être sensible aux gémisse-
jg.
453 ANNALKS BOURGUICNONNES.
«incDts des pauvres, aux larmes des veuves, aux •• cris des orphelins. » Hugues inounit quinze ans après sous les babils sacerdotaux.
Eudes, .son frère, prit eu 107H le diadème que Hugues abandonnait; il passa sa vie à doter des couvents et à se quereller avec le clergé ; et, pour contenter celui-ci, il partit pour la Palestine en 1103, et mouioit la meme année à Tarse, eu Cilicie. Hugues II , qu’il avait eu de la fille de Mahaud, comte de Bourgogne, pas.sa les quarante ans de son règne dans l'exercice des vertus paisibles. 11 encouragea les sciences, se querella avec les prêtres, chose qui était alors très difficile à éviter, et mourut en 1 14^> laissant la couronne ducale à Eudes U, son fils. Deux ans après celui-ci alla, avec quinze mille hommes, secourir Alphonse de Portugal , son cousin. 11 eut la gloire de triompher des Maures et de les chasser de la ville de Lisbonne. A son retour il osa résister à rcxcniplc général et à l’éloquence de saint Bernard , et refusa de se croiser pour la Terre-Sainte. 11 demeura dans ses états dont il fit le bonheur. Sa mort arriva en 1 163. C’était un homme sage et un brave guerrier. Son fils ne l'imita pas; il courut en Palestine, s’y querella avec les autres princes , épuisa son royaume , et mourut à Tyr , laissant la couronne à Eudes III, son fils. Cette époque, encore sauvage , voyait régner plusieurs usages extravagants qid semblaient compromettre
ANNALES BOURGUIGNONNES. 4^3 a dignité du catiiolicisme. On enterrait et on ressuscitait ïalleluia dans certaines églises. Il y en avait d’autres où un choriste apportait une grosse toupie sur laquelle était gravé en lettres d’or le mot alléluia ; l’enfant, un fouet â la main, la chassait devant lui jusqu’à quelle fût sortie du temple.
Eudes, malgré l’exemple de son père, fit partie de la quatrième croisade avec Boniface, marquis de Montferrat, et Baudouin, comte de Flandre. Au lieu de tourner leurs armes contre les infidèles ils entreprirent la conquête de l’empire de Constantinople , dont Us s’emparèrent. Baudouin fut élu empereur par les croisés , et Eudes , satisfait du succès de cette expédition, revint dans ses états qu’il n’aurait pas dû quitter. Sa fureur pour les croisades n’était pas encore assouvie; il en entreprit en 1 209 une autre moins lointaine , mais plus odieuse ; il se joignit aux persécuteurs des Albigeois, et obéit eu bon catholique aux ordres de cet Amalric , légat du pape, qui criait sur la brèche de Béziers : Tiicz-les tous , Dieu reconnaîtra les siens !
Eudes refusa avec indignation, après la prise de Carcassonne, la souveraineté des domaines conquis sur le seigneur de cette cité : il quitta même la croisade et vint secourir Philippe-Auguste contre l’empereur Othon IV et le comte de Flandre. Eudes prit sa part de gloire de la bataille de Bouvines, qui fut livrée le 27 juillet 1214. Enfin Eudes songeait à re-
454 ANNALES HOUnCUlGNONNES.
tourner dans l’Orient , lorsqu’il mourut à Lyon en 1218, laissant ses sujets inconsolables de sa perte, et la couronne à Hugues IV, son fils.
Celui-ci n’avait que si.x ans; Alix de Vergy, sa mère , prit la régence. Elle gouverna avec sagesse et fermeté , et lorsqu’elle se retira , après avoir remis l’administration, ce fut pour cultiver son domaine de Prénois ; elle y faisait valoir deux charrues à bœufs et un tmupeau de cinq cents moulons: les princesses de ce temps n’étaient pas mieux dotées que des arcbiduchesses allemandes de nos jours. Hugues , à sa majorité , assista au sacre de I^ouis IX en qualité de premier pair de France. Sa politique profonde s’opposa, en 1248, à l’établissement que le pape Innocent IV voulait faire en France. Au nom de tous les pairs et barons il protesta contre l’invasion pontificale avec un courage et une sagacité qui ne peuvent recevoir trop d’éloges. Il se croisa ensuite avec saint Louis, et comme lui il fut fait prisonnier à la Massoure. De retour en Bourgogne il obtint de Baudouin, empereur de Constantinople , le royaume de Tbessalonique , et mourut en laya, laissant une mémoire honorable que n’éclipsa pas Robert II , son fils et son héritier.
Celui-ci passe en Italie , et veut venger le meurtre des Français commis dans la Sicile en 1 282 ; en 1 294 il rendit une loi somptuaire qui défendait de donner au qrand mangier (le souper) plus de deux
plats et un potage au lard sans fraude, et au petit mangier (le dîner) plus d’un mets et d'un entremets. Les jours maigres et ceux de jeûne la frugalité de nos ancêtres était plus grande encore.
Hugues V, Eudes IV, se succèdent sans déshonorer ni signaler leur régne par de grands crimes ou de hautes vertus. A Eudes IV succéda son petitfils, Philippe de Rouvre, qui eut pour tutrice Jeanne de Boulogne, sa mère, femme du roi Jean. Ce monarque, prenant aussi la qualité de tuteur, se servit utilement de la Bourgogne , dont il dirigeait à son gré les grands vassaux ; mais après sa captivité, triste résultat de la bataille de Poitiers, livrée le 19 septembre i356, les Anglais, ne trouvant point d’obstacles, parcoururent la plus grande partie du royaume, et la Bourgogne ne fut pas épargnée dans cette course dévastatrice. Cent mille moutons tfor achetèrent leur retraite, et deux ans après le jeune duc termina sa vie sans laisser d héritiers de sa noble race. En lui s’éteignit la première maison de Bourgogne sortie du sang de France ; elle avait régné trois cent vingt-neuf ans. Le roi Jean déclara ce duché sa propriété particulière ; il vint à Dijon, et, après la prise de possession, il réunit la Bourgogne à la couronne : ce ne fut pas pour long-temps.
En i363 il donna le duché de Bourgogne, avec clause de réversion , à Philippe son quatrième fils ,
456 ANNALES BOURGUIGNONNES, suroomnié le Hardi. Ce présent impolilique coûta bien du sang au royaume. Charles V ratifia ce don funeste. A peine couronné à Dijon, il fut attaqué par les Auglnis. T<e fameux Prince Noir pénétra dans la Bourgogne en i366, et s’avança jusqu'à Auxerre; mais Charles V avait de trop habiles généraux pour se lai.sscr insulter impunément. Duguesclin attaqua les Anglais sur leurs derrières, et il les contraignit bientôt à quitter la Boui^ogne pour courir se renfermer dans la Guyenne.
Les grandes Compagnies formées d’un ramas de bandits, de soldats, et même de chevaliers, accoutumés à vivre aux dépens du peuple , fondirent à leur tour sur la Boui^jogne ; et , pour l’cn délivrer, on n’employa pas toujours l’appui des armes: on paya leur retraite ; marché déshonorant qui ne fit que les accoutumer au pillage, jusqu’à l’heure où Duguesclin se mettant à leur tête les conduisit en Espagne au secours de Henri de Transtamare qui disputait la couronne d’Aragon à PierreleCruel.
PhilippeleHardi épousa Marguerite de Flandre, qui lui apporta en dot le comté de Bourgogne (celui-ci indépendant du duché), celui d’Artois, celui de Flandre, celui de Rhétel, et celui de Nevers, acquisitions maguifitjues qui lelcvèrcnt au niveau des plus puissants rois, et éveillèrent en lui cette ambition sans bornes qui devait préparer une chute si profonde.
Il eut à combattre en 1 384 les Fiamamls révoltés : les rebelles furent vaincus à Comines et à Rosebeeq : dans celte dernière bataille Ârtevelle, leur chef, trouva la mort. Son crédit et sa puissance augmentaient chaque jour, lorsque la folie de Charles VI obligea les Français à mettre un régent à la tête du gouvernement; il obtint cette éminente charge dont il s'acquitta dignement.
L'Église était alors déchirée par un schisme qui divisait en deux le soiiveiain pontificat. Bonilace IX régnait en Italie, et Benoît XIII à Avignon. La chrétienté souffrait d’un tel scandale. La France députa, en 1393, le duc régent à la cour d’Avignon; mais ses sollicitations ne purent rien obtenir. Pétrarque attribue au bon vin de Bourgogne, dont le duc régala le sacré collège , l’obstination des cardinaux à ne pas retourner à Rome. «C’est, dit-il, qu’eu Italie il n’y a pas de vin de Beaunc, et qu’ils ne croient pas pouvoir mener une vie heureuse sans cette liqueur qu’ils regardent comme leur cinquième élément. » ( Petrarchi , Op. p. 8oo. ) Il écrivait sérieusement ces singulières paroles dans une lettre adressée au pape Urbain V pour l’exhorter à venir à Rome.
Philippe, de retour dans ses états, continua à veiller à leur administration comme à celle de la France. La mort le surprit, pour le malheur coiiiiiiun du royaume, le 37 avril i4o4- t)n embauma
son corps, qui fut enveloppé de trente-deux aunes de toile cirée , recouvert d’un habit de chartreux , et placé dans une caisse de plomb. Sa libéralité et sa magnificence avaient tellement endetté son trésor particulier que sa veuve, ne pouvant acquitter de si fortes sommes, renonça à la communauté de biens, en se soumettant à une coutume bizarre, celle de déposer sur le cercueil de son mari sa ceinture, sa bourse , et les clefs de sa maison. Du reste elle lui survécut peu de temps, et mourut le 21 mars 1407. C était, dit Thistorien Golut, une princesse généreuse, mal endurante, et d’un naturel vraiment gaulois.
Philippe avait de grandes qualités, obscurcies par quelques défauts. Il aimait la bttérature, et son goût pour les livres, très rares alors, était extrême. Il paya aux frères Manuel vingt sous d’or par jour, pendant quatre ans, «pour parfaire les histoires d’une très belle et notable Bible par eux commencées , et ne pourront se louer à d’autres , mais entendre et besogner seulement l’ouvrage d’icelle. » Six cents livres, somme énorme alors, furent données à maître Jean Durand son physicien , médecin, pour employer ès-écritures et perfections de ladite Bible ; il acheta cinq cents livres, de Denis Baponde, un Tite-Live enluminé de lettres d’or et d’imaiges, en 1 3g6 ; un livre de la Propriété des choses lui coûta cent écus d’or. Une Bible en français, de lettres très
ANNALES BOURGUIGNONNES. 4^9 bien historiées, armoiriée de ses armes, garnie de gros fermeaux d’argent doré, fut payée six cents écus à Jacques-Raymond Lombard. Le duc reçut du même marchand, en bonnes éirennes, un livre en français de plusieurs histoires des femmes de bonne renommée. L'auteur dont nous tirons ce dernier fait assure qu’il était de médiocre grandeur.
Je ne quitterai pas le régne dePhilippe-le-Hardi sans faire obsen'er que les gelines des Indes, qui sont sans doute les dindons, ou tout au moins les pintades, furent apportées pour la première fois d’Artois à Dijon en i385. C’est alors que Viennot de rAbergeiiient, physicien, fut condamné à cinquante francs d’or d’amende paivle bailli de Dijon pour n’avoir pas guéri les malades qu’il avait entrepris de rendre à la vie. Quelle bnitalité envers la médecine ! Si l’on renfermait nos docteurs malheureux, quel jeune homme assez hardi prendrait ses inscriptions à la Faculté?
Le furieux Jean-sans-Peur, en succédant à son père, n’apporta pas sur le trAnc les mêmes vertus. Terrible dans sa colère, il était né pour le malheur de la France, que ses passions devaient conduire à deux doigts de sa perte. Il avait encore augmente ses vastes états par son mariage avec Marguerite de Bavière, qui lui apporta en dot les comtés de Ilainaiit, de Hollande, et de Zélande. Scs premiers pas furent fermes et heureux. Il commença par
4Gü ANNALES ROURGUIGNONNES.
payer les dettes de son père, et par combattre avec vigueur les Anglais , nos perpétuels ennemis.
Ses querelles avec le duc d’Orléans, frère du malheureux Charles VI, ne restèrent pas longtemps renfermées dans l'enceinte du palais; elles éclatèrent, et furent sanglantes. Le duc d'Orléans prétendait à la régence, le duc de Bourgogne la lui disputait; le premier avait pris, pour corps de sa devise, un bdlon noueux, le second choisit un rabot; et sa conduite répondit à cette menace mystérieuse. Il fit assassiner son rival par d’Othonville, gentilhomme et son écuyer, le 29 novembre 1 407. Bieutôt il avoua le crime, et trouva des prêtres assez infâmes poi|(: l'ériger en veilu ; un docteur, .lean Petit, qui, en présence de tous les Parisiens et de la cour, entreprit de prouver, par douze arguments en l'honneur des douze apôtres, que le duc avait fait une action très honorable. Pourquoi les ministres de Dieu ont-ils toujours cru trouver dans la Bible des raisons militantes en faveur de l'assassinat et du régicide?
Il eût fallu punir Jean-sans-Peur; mais il était puissant, il possédait la faveur populaire : non seulement son forfait resta impuni, mais un jugement soicnuel le déchargea. Cependant le duc n'osant se flatter que les plus épouvantables dogmes le serviraient à ce sujet dans le concile de Constance, alors assemblé, Jean chargea scs ambassadeurs.
dont un était abbé, d’y {fagner les esprits; ils distribuèrent plus de deux cents écus d’or à divers maîtres en divi/iité (des théologiens); plus de cinquante queues de vin de Beaunc, de Nuits, de Pomard, avec de la vaisselle d’or aux cardinaux. A ce prix les pères du concile trouvèrent très orthodoxes les arguments de l’homicide en l’honneur des douze apôtres. Le bénédictin dom Plancher me fournit le fait; et cette autorité que je cite ne laisse pas le moindre doute sur la vérité d’une action si bien en rapport avec la piété et l’esprit ecclésiastiques.
Cependant le duc allait venger son beau-frère attaqué par les Liégeois. Il les battit, et leur tua vingt-quatre mille hommes. La duchesse d’Orléans profitait de son absence pour le ruiner à la cour de France, et le faisait déclarer ennemi de l’état. Nous venions de perdre la bataille d’Azincourt, et les Anglais devenaient de plus en plus formidables ; le duc , poussé par sa colère , s’unit secrètement avec eux , et leur facilita la prise de Rouen. Ce n’était pas assez ; ses capitaines , introduits dans Paris , soulevèrent la populace contre les Armagnac , ses adversciires, et d'horribles massacres eurent lieu. Le connétable de France, le chancelier, huit évêques, des magistrats, et deux mille citoyens, furent égorgés devant le Châtelet et devant l’Abbaye, patun épouvantable rapport avec une catastrophe plus
462 ANNALES BOURGUIGNONNES, récente, dont le souvenir sanf'lant ne sera pas perdu.
Le ciel eut honte de souffrir plus long-temps un monstre tel que le Bourguignon. Celui-ci , par une promesse de paix fallacieuse, attira le dauphin, qui devait être Charles VII, au pont de Montereau; il espérait se rendre maître de la personne du dauphin ; mais, au moment où il allait porter sa main sur le prince, Tanneguy du Chàtel le prévint, et, d’un coup de dague, le renverea sans vie. Cet événement eut lieu le lo septembre i4 'Q-
Jean-sans-Peur, malgré ses vices , avait quelques brillantes qualités : il était comme son père l'ami des arts ; il protégea utilement ceux qui les exerçaient. Il donna cent soixante écus à l'illustre Christine de Pisan pour deux livres qu’elle lui offrit ; il paya à Jacques Raponde quatre cents francs d'or les romans de Lancelot du Lac, du Saint-Gréal , et des Faits du roi Arthur. Fanatique , il protégea l’infame tribunal de l'inquisition. Le feu des bûchers consuma en Bourgogne plusieurs centaines d’hérétiques, de magiciens, ou de sorciers.
Philippe-le-Bon, impatient de venger la mort de son père, jura une haine éternelle à la maison royale de France dont il sortait, et s’allia , en 1420, à l’Angleterre par le traité de Troyes. Il consentit à ce que le sceptre , violemment enlevé au dauphin, pa^ât dans une famille étrangère , par le mariage de Catherine , fille de Charles VI , avec Henri V,
ANNALES BOURGUIGNONNES. 4^3 roi de la Grande-Breta{jne. Ce pacte sacrilège fut consommé avec le concours de plusieurs princes du sang, d’un grand nombre de membres de la noblesse et du clergé. On assembla de prétendus étatsgénéraux qui osèrent légitimer cette odieuse usui^ pation; mais la Providence n’abandonna pas les enfants de saint Louis : les efforts des Anglais, ceux du duc de Bourgogne , furent inutiles. Je passe sous silence leurs coupables victoires pour en venir au moment où Philippe-le-Bon, ouvrant enfin les yeux, revint à de plus justes, à de plus politiques sentiments. 11 reconnut que toute sa grandeur reposait sur celle de sa famille; il se rangea à son devoir, et, le 31 septembre i435, la paix d’Arras enleva son appui aux Anglais , et prépara l’expulsion totale de ceux-ci du continent français. Ce n’est pas que le duc ne se fît accorder d’immenses avantages ; mais aucun ne balançait ceux que la réconciliation apportait au parti royal.
Philippe montra plus de vraie générosité, en accordant la liberté à René d’Anjou, duc de Lorraine, et roi titulaire de Sicile, et en payant la rançon de son cousin-germain, le duc d’Orléans, prisonnier en Angleterre , fils de ce duc d'Orléans que le père de Philippe avait fait égorger. 11 demeura , dès ce jour, le fidèle allié de la France. Bientôt il vit venir à sa cour le dauphin, qui devait être Louis XL 11 fuyait, non le courroux, mais la bonté
464 ANNALES BOURGUIGNONNES, de Charles Vil, son père : ce prince, arrivé auprès du duc , le sollicita de le secourir activement.
U Monseigneur, lui répliqua Philippe, mes soldats, mes finances, sont à votre service, excepte contre monseigneur votre père; mais de réformer son conseil cela ne convient ni à vous ni à moi. Je ^ le connais si sage et si prudent que nous ne saurions mieux faire que de nous en rapporter à lui. » Cependant, après ces fermes paroles, il le combla de compliments , et pourvut avec magnificence à son entretien. Charles Vil, qui avait la douleur de bien connaître son fils , écrivit à Philippe : Fous nourrissez un renard qui mangera un jour vos poules. Le roi ne tarda pas à mourir.
Philippe assista au sacre de Louis XI, qui voulut être armé chevalier de sa main. I.<e duc profita de cette circonstance pour lui donna* de sages avis, et le dissuader de s’abandonner à la vengeance. Il n’y réussit pas ; et il eut lui-même à se plaindre d’nn prince auquel il avait rendu de si importmits services. La guerre du bien public eut lieu ; le duc lut obligé de suivre, presque malgré lui, le parti de tous les grands du royaume contre le roi. Après la bataille de Montlhéry, qui demeura indécise, les seigneurs s'accommodèrent avec Louis XI, sans s’embarrasser du bien pubbe dont ils avaient si pompeusement prétendu embrasser la défense. Le
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dflc de Roiiiffognc profita de la paix'|>oiii' fonder 'des etablissements utiles. 11 créa une universilé'à. D6le, protégea celle de Louvain, et se distingua par son amour des sciences et des lettres. Il donna de .nouvelles lois à la Bourgogne, prot^ea le commerce, fit llcurir l'industrie dans ses vastes états^ excita la découverte de .lean de Bruges, qui donnait . à la peinture une nouvelle- vie. Il fit tisser en riclios tapisseries les meilleurs tableaux des artistes de son temps; enfin il ne négligea rien de ce qui 'pouvait augmenter le bien être et la fortune d& ses sujets. Il aima la magnificence, les fêtes, et les femmes.
. nondtre'de ses enfants naturels fut considérable, et .H les dota tous très ricbenient. 8es peuples le pleii- ’ rèrent lorsqu’ils eurent le nialbeiir de le perdre, en . 1467. 11 y eut alors, dit Paradin, plus de larmes que de paroles ; car il semblait que chacun eêt enterré son père. Le titre de lion que ramoiir des peuples donna à Philippe , et la vénération que la .Bourgogne conserve encore pqur lui,. témoignent en faveur de son régne. Il possédait cinq duchés é hauts Jleurons; quinze comtés d'ancienne érection; ses vastes domaines, sa grandeur territoriale, lui firent obtenir, au concile dc/Bàle, le premier rang après les rois; les autres souverains lui accordaient le titre de grand duc. d'Occidenl.
' : Charles , connu d’abord sous le nom de comte de
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466 annales nOURGUlCNOKJîES. . .•
Cfiarolois, et que ses entreprises gigantesques firéntappeler le Téinéraiiv, succéda au' duc son père, sans posséder ses plus nobles qualités. Son esprit inquiet, hardi, sans maturité, et sans prudence, ne lui servit qu’à l’entraîner dans des guerres qui lui furent presque toujours funestes. .le passerai sous silence ses nombreux et sanglants démêlés avec ses -, sujets de Flandre; la révolte, en permanence dans ce pays , était suscitée par l’astucieuse politique de Louis XI. ' ' J '
V On sait comment ce dernier prince , en 1467 , ayant demandé au duc de Bourgogne une entrer vue, fut arrêté à Péronne, et obligé d’aecompagner ' 'Charles', qui marchait pour réduire les Liégeois ' mutinés. Ce trait appartient à l’histoire de France; il est d’ailleurs trop connu pour que je m^ arrête. , Toujours poussé par l’amour dangereux des conquêtes le duc voulut tenter celle de la Suisse, mais la bataille de Granson qu’il perdit contre ces répuplicains, le .3 mars 1476, fit éprouver rni terrible échec à son orgueil. Entièrement défait, il alla cacher sa honte dans la solitude, où il demeura longtemps, laissant pousser sa barbe et croître .ses ongles.
Une seconde bataille, perdue à Morat contre les mêmes adversaires , acheva de mettre le comble à sa folie, mais ne le détourna pas de ses desseins. Furieux contre le duc de Lorraine René , qui s’était
ASlNilLDS BOUnGüiONONNES.
j<Ac^^,aux Suisses f ii mit ic siège devant Nanci, et ti^uvalamortdaos an combat terrible. En lai finit .postérité laéte de la' seconde maison ducale'dr Bouii^'goe. Ce ptince , dit Duclos , n’eut d'antres vertus que oeUcs d'un soldat. Il fut ambitieux > té- ’ mérairc, sans conduite, sans conseil; toujours altéré de saugVil ruina ses sujets par les impôts excessifs . 'dont il les cbargea". , . " '
•« Majrie, sa fille, recueillit en 1476 son héritage. Elle ne devait pas le posséder paisiblement. LonisXI,' dès la mort du duc, songea à prendre possession de la Bom'gogae , comme d'un fief dévolu à la couronne; les états dc.ee duché ne balancèrent pas hse soumettre à lui. Marie alla régner dans la Flandre; et, plus tard, par son maHage avec l’archiduc d'Autriche Maxjmiiien, depuis empereur, elle porta ' sa puissance dans une maison étrangère; union qui devint la source de tant de guerres si fatales à la France. ' '
' Louis XI vint à Dijon ^se faire reconnattre souve^ rain de la Bourgogne. Il prônait tout , et s’embarrassa fort peu de ce qu’il avait promis. Depuis ce temps riiistoire de Bourgogne se confond dans notre histoire générale,* et cesse d’offrir un intérêt spécial. Dijon soutint, en 1 Si. 3, le siège que les Suisses vinrent .mettre devant ses murailles.. Plus tard, les états de Bourgogne s'honorèrent en refusailt de
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passer, sous la loi de Chaiies-Qulnt , comme le proposait Fraaçois I*', prisonnier à Pavie. Ce roi vendait ses sujets et ses plus belles provinces pour sa rançon. Les provinces trouvèrent que le roi ue ^ valait pas le prix qu'il mettait à sa personne, et ne voulurent pas qu’on les vendît..
« La I jgue couvrit de sau{} la Bourgogne ; catholiques et ptotestants rivalisèrent d’atrocité, lingrànd homme, le président .leannin, ministre comme bn 'en voit peu, et qui, en servant tour-à-tour la Ligue et le roi , trouva toujours le moyen d'honorer sa ~ ■ conduite, épargnaà la Bourgogneleséppuvantables horreurs de la Saint-Barthélemy. 11 était en chaîne ' municipale à Dijon. Mandé par le Comte deCharny, bentenant de roi dius la province-, il reçut avec effroi la communication des ordres atroces que celui-ci venait de recevoir, .leannin lui représenta que leur exécution ne pressait point; que le.souvé^ rain n’avait pu' prendre une telle mesure avec de mûres délibérations , et qu’il fallait lui en demander l’explication. On temporisa; et, en effet, Charles IX, épouvanté de son crime, ne -tarda pas. à expédier à Dijon des ordres contraires à ceux qui firent ailleurs verser tant de sang.
' Le dernier ''évènement important dont il *fut question dans le manuscrit de l’ancien membre du parlement de Dijon était le siège de Saint-.Tean-de-
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Lûsne , dont j’ai dit quelcfoes mots dans mon précédent discours. Je necopierai point le récit intéressantde cet acte héroïque, qu’il a emprunté en grande partie à des chroniques oubliées,, et qui redoubla ma vénération pour ces martyrs dé la patrie. • .
BÜSSY BT DUFFON.
.* M* ccxLiii. [am« 1897.] «>•*