CHAPITRE III
Universalité de la morale.
Toutes les sectes sont différentes, a dit Voltaire, parcequ’elles viennent des hommes; la morale est par-tout la même, parcequ’elle vient du ciel.
UNIVERSALITÉ DE LA MORALE
D’un bout «lu inonde à l’autre elle parle, elle crie:
Adore un Dieu, sois juste, et chéris ta patrie.
Les lois de cette science divine sont nées avec la société, c’est-à-dire avec la famille, et par conséquent avec l'homme dont la nature est essentiellement sociale.
On peut mettre en doute si la pensée des dogmes religieux avait précédé dans le cœur de l’homme les principes de la morale, ou si plutôt ils n’en avaient pas été la conséquence.
A ne consulter que la raison humaine , tout porte à croire qu’après avoir reconnu que la morale est la loi naturelle, qu elle est le lien du faisceau social, les premiers législateurs ont senti la nécessité de rendre ce lien plus fort, plus sacré, en le faisant remonter directement de l’homme à Dieu par la religion.
Les religions les plus extravagantes ont longtemps régné sur la terre; une grande partie du monde est encore livrée au culte des idoles et des fétiches. Au temps où la Grèce recevait des leçons de Socrate, de Platon, de Zénon, et d’Aristote, des prêtres prêchaient au peuple le plus éclairé de l’univers une Vénus impudique, un Jupiter incestueux, un Mercure dieu des voleurs ; et ces prêtres, plus puissants, plus respectés que les philosophes, les faisaient condamner au bannissement quand ils
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ne parvenaient pas à leur faire boire la ciguë. Mais la morale est la même dans tous les temps, et chez tous les peuples : pure, uniforme comme la lumière céleste dont elle émane, aucune erreur ne se mêle aux vérités éternelles quelle annoucc ; jamais professeur d'une morale corrompue ne pourrait impunément en tenir école. Qu’un homme osât paraître sur la place publique pour enseigner
Qu’il est beau, qu’il est doux, d’accabler l’innocence,
De déchirer le sein qui nous donna naissance;
s’il n’était pas lapidé pour prix d’un pareil discours, c’est que la raison de son auditoire aurait promptement jugé du dérangement de la sienne, et qu’il y a tel crime où l’on ne peut voir qu'un acte de démence.
L’orateur ehrétien nous dit : Le Créateur s'est communiqué à la créature ; la religion a été révélée; donc elle a précédé la morale, donc elle èst le principe et non la conséquence. Cette argumentation est celle de la foi ; et tel est mon respect pour elle, que je craindrais d’employer, dans une discussion de cette nature, toutes les raisons qui se présentent en foule à l’appui de l’opinion contraire.
Ainsi donc , sans oser affirmer, avec Addisson , « que la morale l’emporte sur le dogme, par cela qu’elle est plus certaine et plus utile au monde, » je me borne à dire qu’elle est plus ancienne, parce-
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quelle régie les rapports des hommes entre eux, lesquels ont dû précéder ceux que le dogme établit entre Dieu et les hommes.