‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 La morale appliquée à la politiqueChapitre 108 sur 318 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

De certaines maximes «le guerre.

Les auteurs qui ont écrit sur la guerre ne se sont pas montrés moins pervers , n’ont point professé des maximes moins détestables que les écrivains politiques. Selon eux, il est permis à un général, pour atlircr son ennemi en campagne , et le forcer à combattre, de ravager tout un pays, de mettre le feu aux moissons et aux chaumières, de couper les arbres, de tuer les animaux et les hommes.

Si vous ne pouvez conserver une ville , vous devez la détruire plutôt que de la laisser occuper par votre ennemi.

Êtes-vous forcé d’abandouner le pays que vous avez occupé, et dont les habitants se sont déclarés pour vous ? si ceux qui voudraient vous suivre peuvent embarrasser votre marche et retarder votre retraite, vous devez être sourd à leurs prières, insensible à leurs larmes, et les abandonner à la vengeance et au fer de l’cuncmi.

Si l’ardeur guerrière n’est pas assez grande parmi vos soldats pour les porter aux entreprises les plus

MAXIMES DE G i: EURE.

périlleuses, il convient d’y ajouter l’ardeur du gain, et de leur abandonner le pillage des campagnes, afin de les animer au sac des villes, et de leur donner le désir de les enlever de vive force.

S’il s’agit de soumettre entièrement un peuple encore capable d’une forte résistance, on peut lui accorder d’abord tout ce qui a l’apparence de l’indépendance et de la liberté, sauf à lui retirer ensuite tout ce qui pourrait lui assurer l’une et l’autre.

Dans les armées composées de vos propres troupes et de troupes auxiliaires ou alliées, il faut, dans l’attaque ou la retraite , placer celles-ci aux postes les plus périlleux , aux avant-postes et aux arrièregardes.

Tromper le peuple pour lequel ou combat, et l’armée que l’on commande , est encore une des maximes des professeurs de la science militaire ; tantôt enfler, tantôt diminuer les forces de sou adversaire ; donner à des défaites le nom. de victoires; exagérer la perte de l’ennemi, et réduire celle qu’on a soufferte : tous les mensonges soûl permis.

Envoyer et recevoir des espions; prodiguer l’or pour corrompre la fidélité; récompenser les traitres et les transfuges, leur donner des grades, des emplois, des honneurs, des décorations et des titres ; voilà ce qu’ont vu tous les siècles, et ce que le mépris des gens de bien et l’indignation des écri-

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