CHAPITRE IY
De la guerre offensive.
«La guerre, pour de simples intérêts politiques, entre des peuples également éclairés, est, dit madame de Staël, le plus funeste iléau que les passions humaines aient produit, »
C'est pour défendre sa famille, ses biens et ses lois, que le soldat prend les armes dans la guerre défensive; tout y sanctifie les exploits du brave, la cause et l’objet.
Dans la'guerre offensive., tout est honteux et cri minel, le but et les moyens. L’agression se fonde sur la mauvaise foi et le mensonge. Si la victoire se
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déclare pour l’agresseur, il impose d’énorines contributions aux vaincus; il s’empare d’une partie de leur territoire, sous prétexte de s’indemniser des frais que lui a causés sou injuste entreprise.
• Les changements de gouvernement, les dissensions civiles, les besoins et la faiblesse des princes, paraissent au démon du midi ' de bonnes occasions pour faire la guerre. En mourant il conseilla à son successeur de profiter de ces circonstances, qu’il nommait favorables. Augmenter ses provinces, obtenir les palmes et les dépouilles que promet la victoire, ont été jusqu’ici des motifs suffisants pour troubler la paix du monde.
Tacite, élevé dans les vieux préjugés de la domination romaine, regarde comme une cause légitime de guerre le dessein de reculer les bornes de l’empire , ou seulement d’accroître sa gloire militaire par de nouveaux triomphes. An temps de la république , le sénat romain faisait la guerre pour occuper l’ambition des grands et donner des distractions aux souffrances du peuple.
Frédéric II écrit à Voltaire que, ne pouvant se faire un nom par les lettres, les princes sont réduits à s’en faire un par les armes. Erostrates couronnés, ils mettent le feu aux temples afin que leur souvenir soit conservé parmi les hommes.
‘ Philippe II.
DÊ La guerre offensive.
» Se peut-il rien de plus plaisant, dit Pascal, «qu’un homme ait le droit de me tuer pareequ'il « demeure au-delà de l’eau , et que son prince a que- « relie avec le mien, quoique je n’en aie aucune «avec lui?» Une telle action serait barbare de la part du juif ou du musulman; elle est odieuse et impie de la part du chrétien, à qui sa religion commande de regarder, de traiter les autres hommes comme des frères. Prédicateurs, missionnaires, c’est contre de tels crimes qu’il faut élever la voix, qu’il faut tonner du haut de la chaire évangélique.
Une cause injuste ne peut être soutenueque par des moyens immoraux ; c’est ce qui a lieu dans la guerre offensive. Corbulon, pour exciter ses soldats à combattre ceux de Tiridate, leur représentait moins encore les honneurs du triomphe que les richesses de l’Arménie, qui devaient être le partage du vainqueur. Sylla usa du même moyen daus sou expédition d’Asie, où il laissa scs armées s’enrichir par la rapine. Tacite ^oue, comme d’une action honnête, Drusus pour avoir entretenu la discorde parmi les Germains. C’est en divisant les Gaulois que César subjugua les Gaules; c’est en divisant les Français que l’étranger est parvenu deux fois à envahir là France.
L’espagnol Varieuti trouve que ce n’est pas un petit honneur pour un général, et même pour un prince, de semer, parla ruse et l’artifice, la discorde parmi le peuple qu’il se propose d’attaquer, et de