CHAPITRE III
Les divisions, les haines , employées comme moyens de ^ouvernemeut.
C’est d’être forts, et non d'être justes, que les gouvernements se montrent jaloux, comme si les gouvernements les plus justes n’avaient pas toujours été les gouvernements les plus forts. U n’y a pas dans l’histoire un seul exemple de sujets qui se soient révoltés contre un prince qui régnait par la justice '. Si quelques uns ont péri pour avoir voulu ramener l’ordre et la discipline parmi des troupes factieusfes et insubordonnées, leur mort fut le crime des soldats, et non celui des citoyens.
Diviser les provinces d’un même empire, opposer les Gascons aux Normands, les Dauphinois aux Provençaux, les Bretons aux Angevins, fut long-temps une des plus sublimes combinaisons de l’art de gou-
, Les révolutions ne. sont pas des révoltes.
■J24 les divisions, les haines,
verner les Français. Daus un pays, les catholiques sont mis aux prises avec les protestants, et dans un autre, les protestants sont armés contre les catholiques. Un ministre anglais a été hautement accusé d'avoir excité, même par des ordres écrits, les protestants d’Irlande à attaquer des catholiques du même pays, afin de porter ceux-ci à des représailles dont on pftt leur faire un crime, et s’autoriser pour les persécuter et les affaiblir. L’auteur de cette accusation, traduit devant les magistrats, répétait en vain à chaque chef : « J' affirme et j'offre de prouver. — Votre affirmation et votre offre ne seront pas admises, >• répondait le juge ministériel; car, même en Angleterre, les ministres ne sont pas fie ces personnes contre lesquelles il soit permis de déposer en justice et de fournir des preuves.
Taoite, en rendant compte de la mort d’Agrippa Posthume, tué par ordre de Tibère ou de sa mère, et peut-être de tous deux , dit que Sallustius Crispus avertit Livie qu’il n’était pas prudent de divulguer les services et les conseils secrets des ministres et des agents de l’autorité. Monuil Liviam nearcana domus , ne comilia amicoruit i, ne ministeria militum vulgarentur.
Jusqu ici le ministère anglais n'a point connu, pour régir l’Irlande, de moyen plus juste et plus humain que de l’appauvrir et de la dépeupler par les supplices; de maintenir parmi les paysans l’igno-
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