CHAPITRE IV
I)e» moyens occultes.
Il n’y a point de secrets en morale, il ne doit point y en avoir en politicpie : tout ce qui se trouve de mystérieux dans l’une et l'autre science est l’œuvre des fourbes et des charlatans. Ce Romain qui desirait que sa maison fût de verre formait le vœu d’un homme de bien. Comme maxime publique, Cac/ie ta vie, est le conseil de l’hypocrisie ou le trait de la satire: pourquoi voiler des actions qui doivent être conformes à la vertu?
Quel est le devoir des gouvernements et des princes? De protéger les sujets, de maintenir égales les balances de la justice, et de régner par les lois. Estil, pour atteindre à ce but honorable, un seul acte, un seul effort, une seule pensée même qui ait besoin de mystère, ou plutôt qui n’appelle pas l’éclat et la publicité? Quelle fin glorieuse pourrait être obtenue par des moyens honteux? C’est le vice, c’est le crime, qui agissent dans l’ombre; et il y a vice ou crime là où ce qui devrait être avoué devient secret et mystérieux.
Je ne connais dans l'histoire aucun fait qui démente ce grand principe. Depuis les forfaits les plus
DES MOYENS OCCULTES. 227
atroces jusqu’aux atteintes portées aux mœurs, tout ce qui est mal a été tramé dans l’ombre. C’est dans l’ombre, c’est au milieu de la nuit, que les assassins de Catherine et de Charles égorgèrent les protestants de France. Les ordres secrets, les instructions secrétes, donnés aux agents de l’autorité, ont toujours eu pour but des mesures illégales et oppressives, la violation des droits des citoyens, les dilapidations des trésors de letat, ou le vol des libertés publiques. Tout gouvernement dont la marche n’est pas franche, avouée , connue, qui s’engage dans des voies tortueuses, qui met en jeu des ressorts cachés et des agents secrets, médite la ruine des lois et des garanties sociales : mandataire infidèle, il sacrifie les intérêts généraux, dont la garde lui fut remise, à ses intérêts particuliers ou à des intérêts ennemis dont il s'est fait en secret lunique représentant.
Si tous les actes de l’autorité doivent être publics, tous ses agents doivent être connus. Quelle honte d’employer des hommes que Ton n’ose avouer; qui sont tellement indignes de foi, que la justice récuse leur témoignage ! Quel outrage à la morale publique que de produire de tels hommes devant les tribunaux, pour faire condamner, parleur déposition, ceux qu'ils ont poussés au crime par leurs conseils!
Mais, je le dis en rougissant, c’est en parlant des tribunaux qu’il faudra m’occuper des délateurs et des fabricants de complots; de cette alliance si ré-
DES MOYENS OCCULTES
conte et si monstrueuse de ce qu’il y a de plus respectable au monde, la m >rale, la justice, avec( ce qu’il y a de pins vil, l’espionnage.
Je me contente de redire ici , après Montesquieu : u Ce n’est pas la pratique des bons princes d’em- « ployer des espions; ce fut celle des Tibère, des Domitien, des Louis XI, et de leurs semblables. »