CHAPITRE V
Dos promesses et des serments
Aussitôt que la liberté est établie dans un pays, ses faveurs sont si grandes, quelles excitent des transports d’amour parmi les peuples qui en jouissent. Les autres nations l'appellent de toute la puissance de leurs vœux secrets, et la saluent par des acclamations. Les princes eux-mêmes la respectent etlacraignent. Quand la main des dieux s'appesantit sur eux, lorsque leur sûreté est menacée au-dehors par un conquérant étranger, ou au-dedans par les grands et les nobles, ils appellent le peupleàlcursecours. Comme ils reçoivent tout de lui, ils n’ont à lui donner rien quileursoit propre. Maisdctantdedroits et de biens qui lui furent ravis, la liberté est le seul que le peuple regrette, et c’esttoujours la liberté que les monarques en péril promettent de lui rendre en
DES PROMESSES ET DES SERMENTS. 2?.Q invoquant son assistance. Mais, le péril passé, c’est toujours contre la liberté des peuples que les ministres des rois dressent des ordonnances et des tables de proscription. Que de mensonges, de subterfuges, sont d’abord employés pour différer l’accomplisse ment de promesses si saintes, si récentes, qu’on n’ose encore les désavouer ni les méconnaître! Tantôt l’importance d’une si grande mesure exige que son exécution ne soit confiée qu’à des hommes d’un profond savoir, d’une longue expérience, d’une sagesse éprouvée; et ils ne sauraient prendre trop de soins, agir avec trop de prudence, pour ne pas se tromper dans le choix de tels hommes : aujourd’hui quelques uns sont désignés, et demain d’autres paraissent mériter plus de confiance ; tantôt les besoins de l’état, les einbarrasjournaliers, et l’action quotidienne du gouvernement, les forcent de s’occuper tout entiers de soins plus pressants. Cependant les mois succèdent aux mois, les années aux années, et, au lieu de cette liberté tant promise, les artisans du despotisme ont ajouté quelques anneaux de plus à la chaîne qui lie les peuples. Les promesses, éludées dans le principe, finissent par être effrontément méconnues. Ceux qui, aux premiers jours, demandèrent que ce qui avait été promis fût accordé se virent d'abord doucement éconduire; puis des avis secrets leur apprirent qu’une nouvelle tentative serait importune; puis, les menaces succédant aux