‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 La morale appliquée à la politiqueChapitre 143 sur 318 · LOIS I)E LÈSE-MAJESTÉ · texte numérisé non relu

LOIS I)E LÈSE-MAJESTÉ

auteur d 'écrits satiriques contre lui et ses familiers. Tibère, surpassant Octave Auguste dans les voies de la tyrannie, fit condamner lès paroles, les soupirs, les larmes, et le silence même, toujours au nom de cette loi de lèse-majesté établie seulement pour la punition des actions criminelles.

La personne des tribuns, chargés de défendre les intérêts du peuple, avait été déclarée sacrée et inviolable pour mettre ces magistrats à l'abri des coups de l’autorité consulaire. Les empereurs s’arrogent la puissance tribuniticnnc, afin que les intérêts du peuple demeurent sans défenseurs, et qu’il 11'y ait de personne inviolable et sacrée que celle des Césars. Octave ôte au peuple la puissance de faire des lois, et déjuger les délits publics; Tibère renvoie au sénat le jugement des accusations de lèse-majesté.

« Il n’arrive jamais, dit Montesquieu, qu’un tyran « manque d’instruments de sa tyrannie; un scélé- « rat couronné voit bientôt accourir de toutes parts » des scélérats subalternes qui briguent l’exécrable « honneur d’être les ministres de ses cruautés; mais, «par un raffinement digne de lui, Tibère voulut ■< que le premier corps de l'état devînt cct instru- « nient de mort et de proscription. *

Le crime de lèse-majesté, que Pline définit le délit de ceux à qui l’on n'en saurait imputer d'autres, devint une imputation banale; et pour perdre les

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personnes accusées d’un délit quelconque, on y joignit toujours l’accusation de lèse-majcsté.

Dans ces sortes d’accusations , plus le prévenu est innocent, plus la haine du despote est furieuse; car alors la tyrannie est forcée de se montrer à découvert et dans toute son horreur. Quand les prétextes plausibles défaillent, il faut bien eu employer de tels, qu'il soit manifeste à tous que ce n’est point par justice, mais par cruauté, par haine de la vertu, que le tyran poursuit les gens.de bien, et fait verser le sang de l’innocence.

Octave avait exilé la liberté de Rome. Tibère la bannit du commerce de l'amitié, des affections de la famille; après la mort de Séjan, il ne souffrit plus aucune entrave à sa cruauté, et sembla puiser dans chaque supplice le besoin de supplices nouveaux. 11 fit massacrer, comme complices de son favori Séjau , tous ceux qui alors se trouvaient détenus pour une cause quelconque. On ne voyait que des cadavres de personnes de tout âge, de tout sexe, de toute condition, là épars, ici amoncelés, sans que leurs parents ou leurs amis osassent en approcher, ni pleurer, ni même les regarder avec quelque attention; car des gardes, placés auprès, épiaient avec soin la douleur de chacun, et pouvaient en tenir registre. Leur élever un bûcher ou leur ouvrir la terre était encore un crime de lèse-majesté. «La force et la peur, dit Tacite,

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