MOYENS EMPLOYÉS
Pisistrate forme le projet d’asservir les Athéniens : il lui faut des soldats pour opprimer la liberté; mais il a besoin de motifs pour demander des soldats; le plus simple, le plus sûr est d'émouvoir le peuple. Il suppose une conspiration contre ses jours, un attentat contre sa personne ; car les conspirations supposées ne sont pas d'invention moderne : il parait au milieu de la place publique, meurtri, le visage déchiré, couvert de sou propre sang; il exalte le plus généreux des sentiments, la pitié, obtient des gardes, et dés le lendemain Pisistrate donne des fers à ses compatriotes, et tourne contre eux les armes qu’ils lui avaient accordées la veille.
La route est tracée; Denys renouvelle à Syracuse l’imposture de Pisistrate. Il habite ses jardins non loin des murs de la ville; là, feignant d’avoir été attaqué pendant la nuit, il fait jeter l’alarme par ses domestiques, se réfugie dans la citadelle, et implore le secours et la pitié du peuple. Non moins imprudents que les citoyens d’Athènes, les Syracusains autorisent la formation d’un corps de six cents hommes d'élite que Denys compose, à son choix, de soldats étrangers, suivant l’usage immémorial t des tyrans; et, fort de l’appui de ses nouveaux sacllites, il suspend, il révoque, il détruit les lois, et fonde le despotisme sur les ruines des institutions qu’il renverse.