‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 La morale appliquée à la politiqueChapitre 151 sur 318 · POUR CORROMPRE LES LOIS. 2D · texte numérisé non relu

POUR CORROMPRE LES LOIS. 2D

Combien de fois, dans le cours des siècles, ce piège sanglant n'a-t-il pas été tendu à la crédulité des peuples, sans que la répétition des mêmes moyens et les nombreuses leçons du passé aient jamais pu les en garantir?

L’histoire de la tyrannie est par-tout la même; les exemples donnés par les empereurs romains et cités par Montesquieu se reproduisent à toutes les époques et semblent toujours puisés daus l’histoire contemporaine.

Par-tout ceux qui ont voulu détruire la liberté ont commencé par faire taire la justice; par-tout ils ont appelé troubles, complots, révoltes, les efforts des citoyens pour s’opposer à l’établissement ou au rétablissement du pouvoir arbitraire.

Prolonger , alimenter les troubles civils , et se faire remettre en main la force nécessaire pour détruire les lois en réprimant les désordres; déchaincr une populace de caserne contre les magistrats et les citoyens, sont des moyens usés par les ambitieux de tous les âges , et dont ils continuent néanmoins à se servir.

La guerre entretient le sentiment de la gloire, incompatible avec l’esclavage ; Auguste s’empresse de fermer les portes du temple de Janus.

Le droit d’élire ses magistrats conserve-t-il à un grand peuple quelque garantie contre l’arbitraire, le vaillant César et le lâche Octave ont appris

260 moyens pour corrompre les lois.

comment on détournait les suffrages par la violence ou la corruption ; 'l'ibère enseigue de quelle manière on élude la loi, en conférant pour plusieurs années les magistratures dont elle ordonne le renouvellement annuel.

Les lois romaines défendaient de faire subir la torture aux esclaves pour les porter à déposer contre leurs maîtres. Tibère fit vendre ceux de Libon, afin que, dans les douleurs de la question, on pût les forcer à déposer, lorsqu'ils appartiendraient à uu autre maître, contre celui qu’ils servaient la veille.

Les édits de Domitien étaient écrits en caractères si fins, et il les faisait afficher si haut, qu’il était impossible de les lire ; ce qui lui donnait l’occasion de punir ceux qui , faute de les connaître , ne s’y étaient pas conformés. Les gouvernements modernes n’ont pas encore employé ce moyen ; c’est une justice qu’il faut leur rendre ; il est vrai que la découverte de l’imprimerie ne le rend plus praticable.

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