‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 La morale appliquée à la politiqueChapitre 161 sur 318 · DE LA TORTURE · texte numérisé non relu

DE LA TORTURE

Notre code d'instruction criminelle contient cette disposition pénale : « Si quelque prisonnier use «de menaces , injures, ou violences, à l’égard des « gardiens préposés ou des autres prisonniers, il « pourra être resserré plus étroitement, enfermé « seul, même mis aux fers en cas de fureur ou vio- «■ lence. » Un prisonnier peut être enfermé seul en punition d’uu délit; mais enfermer seul un prisonnier pour le contraindre à des aveux qu’il ne veut pas faire, ou lui arracher des réponses quand il garde le sileuce, c’est violer la loi, c’est rétablir la torture sous le nom hypocrite de secret.

Les écrivains doivent dénoncer au monde cette nouvelle violation des droits de l'humanité. « Plon- « ger un homme dans un cachot, a dit le philosophe « de Ferney , l'y laisser en proie à son désespoir, « l’interroger seul quand sa mémoire doit être éga- « rée par les angoisses de la crainte et du trouble «entier de la machine, c’est attirer un voyageur « dans une caverne pour l'y assassiner : c’est la nté- « thodede l’inquisition; ce mot imprime l’horreur. » Qu’aurait dit Voltaire, si de son temps la torture du secret eût acquis le degré de perfection qu elle a reçu de nos jours; si dans la nuit d’un souterrain, où le sommeil vient un moment suspendre les tourments d’un détenu, il eût vu tout-à-coup briller au pied de son grabat la lumière ardente d'un réverbère qui brûle ses faibles yeux; s’il eût vu serrer ses

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