‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 La morale appliquée à la politiqueChapitre 164 sur 318 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Des peines irréparables.

Il est incontestable que la nécessité de réprimer le crime suppose le droit de le punir, droit imprescriptible que la raison reconnaît et que la morale avoue; mais ce droit a scs limites dans la nature de l’homme et dans la fragilité de ses jugements : la société punit, elle ne se venge pas; et cette loi du laJion , que plusieurs criminalistes regardent comme le fondement de toute justice, n’est à mes yeux qu’un outrage sanglant fait à la morale et à l'humanité : voler le voleur, tuer le meurtrier, c’est rendre crime pour crime, ce n’est pas faire justice.

Cette vérité me conduit à lexamen d’une question de tout temps résolue parle fait, mais dans laquelle je ne crains pas d émettre une opinion directement contraire à celle que les législateurs de tous les peuples ont fait prévaloir. La justice humaine a-t-elle le droit d’infliger la peine capitale? Je ne sais si mon cœur trompe en ce moment mou esprit, mais je suis si loin de le croire, que la proposition contraire me paraît d’une évidence incontestable.

Les hommes, en se réunissant en société, n’ont pu mettre en commun que ce qui leur appartient:

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■l-j DES PEINES IRRÉPARABLES, moralistes et philosophes s’accordent à refuser à chacun des membres de la société le droit de disposer de sa propre vie ; comment pourrait-il conférer à ses semblables un droit qu’il n’a pas luimême? Séquestrer les malfaiteurs, les mettre dans l’impossibilité de violer de nouveau les lois de la nature et de la cité , telles sont les seules rigueurs que la morale autorise.

lih quoi! cette société, dont les institutions si long-temps barbares, dont les jugements si souvent faux sont exposés à toute l’inconstance , à toute la variété des mœurs, des préjugés et des coutumes, punira de la mort une iufractiou à l’ordre quelle aura établi ; cette société ôtera la vie à qui elle ne l’a pas donnée, à qui elle ne saurait la rendre.

Législateurs inconséquents et cruels, verser le sang des hommes est un crime irrémissible, un crime irréparable; et, par la plus inconcevable contradiction , vous vous en rendez coupables au moment où vous le punissez ; vous vengez le meurtre par le meurtre, vous lavez le sang avec le sang : vous ressemblez à cet abominable Vincent Valverde, qui criait à l’homicide! en enfonçant le poignard dans le cœur d’un malheureux Indien. Ouvrez les annales des tribunaux, et voyez combien de pages sont rougies du sang de l’innocence. Comment le premier avis d’une si lamentable infortune n’a-t-il pas brisé le glaive aux mains

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