‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 La morale appliquée à la politiqueChapitre 179 sur 318 · F. I.A PUISSANCE DE JUGER · texte numérisé non relu

F. I.A PUISSANCE DE JUGER

ueur, où clic signifie eucore abandonner au hasard, à l’adresse, à la vengeance, la réparation d’un dommage sur lequel la loi seule devrait prononcer.

De même qu’il n’y a pas de plus iu tolérable tyrannie que celle qui s’exerce à l’ombre des lois, il n’est pas d'assassins plus odieux que des juges qui frappent leur victime avec le glaive de la justice. Quand je traverse une forêt dangereuse, je suis en garde contre les brigands qui l'infestent; je puis défendre ma vie contre ceux qui l’attaquent : mais au sein de la société, où il se croit en sûreté sous la sauvegarde des lois qu’il respecte, quel espoir, quel re cours reste-t-il au plus paisible, au plus vertueux citoyen, si la puissance de juger est aux mains de ceux qui l'oppriment; si l’acte d’accusation dressé contre lui dans l’ombre devient un libelle diffamatoire ; si , comme au temps de ce Jacques II d’Angleterre, tous les moyens sont mis en usage pour corrompre le jury, pour calomnier, pour flétrir la réputation de l’homme que l’on accuse devant ceux qui sont appelés à prononcer sur son sort? u Quelle « barbarie, dit Cicéron, que d’employer à la perte « des gens de bien les armes de la parole, qui ne « nous ont été données que pour la défense du faible « et la conservation de l’humanité ! »

« Dans les temps où les peuples étaient gouvernés « en république, dit fort bien Machiavel, on avait « pensé que peu pouvant être corrompus par peu, il

DE I.A PUISSANCE DE JUGElt.

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« était nécessaire, quand il s’agissait de la vie ou de » l’honneur d’un citoyen, que la cite tout entière fût •< appelée à prononcer sur son sort; car alors on estimait la vie d’un homme d’un prix assez haut n pour ne pas l'abandonner aux passions ou à la » légèreté meurtrière d’un petit nombre déjuges. « Dans la plupart des états modernes, la puissance qui nomme les magistrats est aussi celle qui accuse et qui poursuit: ne semble-t-il pas qu’il y ait dans cette cumulation quelque chose qui répugne à la la morale?

Montesquieu en jugeait ainsi : « Dans les états « monarchiques, dit-il, le prince est la partie qui « poursuit les accusés, qui les fait punir ou absoudre : « s’il jugeait lui-même, il serait juge et partie. » Mais où donc est la différence , demanderons-nous à ce grand jurisconsulte, entre juger soi-même, ou faire juger par des magistrats que l’on a choisis?

Dans les premiers âges du monde, les pères faisaient les fonctions de juges dans leur famille, et lorsque la réunion d’un grand nombre de familles eut rendu nécessaire l’établissement d’une puissance souveraine, les chefs auxquels les peuples la confièrent prirent le nom de suffîtes, d'épltores, de jutjes. Chez les Juifs, chez les Tyriens, chez les J/acédémoniens, chez les Carthaginois, le pouvoir suprême fut d’abord exercé par l’autorité judiciaire.

Au rapport de Grotius, le gouvernement des Gau-

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