‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 La morale appliquée à la politiqueChapitre 181 sur 318 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Des tribunaux.

Avant d’entrer dans le temple de la justice, arrêtons-nous sous le péristyle, et portons uos regards sur la statue de la déesse. Je la vois armée d’un glaive contre le crime, d’un bandeau contre la séduction, et d’une balance contre la fraude; la vérité, la simplicité, le courage, sont ses attributs : égale pour tous, les portes de son temple sont ouvertes jour et nuit ; il suffit d’être liomiue pour y avoir accès, et le faible comme le fort trouvent un refuge au pied de ses autels. « Les Modes, dit Hérodote, élevaient “ sur le trône des hommes sages, afin de jouir de la « justice. « Depuis <pie les rois naissent sur le trône, les peuples ont été souvent forcés de se procurer d’autres jouissances. Je me représente la justice telle que Dieu l’a faite, telle que la conscience la révéle; nous verrons bientôt quelle odieuse furie a, d’un bout de la terre a l’autre, usurpé ses honneurs, et s’est assise sur ses autels.

La publicité est la condition nécessaire de toute procédure qui a pour objet de découvrir la vérité. Les procédures et les jugements secrets sont l’œuvre de la tyrannie: les hommes qui siègent dans ces

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tribunaux ne sont point des juges, mais des bourreaux; leurs condamnations ne sont point des jugements, mais des assassinats, d’autant plus odieux qu’ils sont ordonnés au nom de la justice , et exécutés avec le fer des lois. Pour croire à la justice, il faut la comprendre, il faut la connaître. Comment connaître ce qui se fait dans l’ombre ? Ce qui est soustrait à la connaissance du peuple n’est point la justice, c’est la politique, c’est l’iniquité.

■* La publicité des débats judiciaires a bien moins « pour objet, dit M. Guizot, de faire siéger les juges n en préseuce de quelques hommes, que de mettre u la conduite des procès et lesjugements eux-mêmes « sous les yeux de tous les citoyens. C’est par-là « qu’on apprend si les formes ont été respectées ou violées, si le vœu des lois est rempli, quel esprit u a présidé aux débats , sur quelles preuves a eu u lieu la condamnation ou l’acquittement. Les ty rans « de 1793 nedonnaientpourdéfenseursaux patriotes u que des jurés patriotes, et n’en accordaient point u aux aristocrates. Dansd’autres temps, ilaétédonné « aux accusés aristocrates des jurés aristocrates ; et si « les avocats ont conservé le droit d’élever la parole « en faveur des accusés patriotes, ce droit a été sou- ■1 vent gêné par des interruptions, des réprimandes, u et des interdictions. L’accusation et le jugement « ont retenti dans tout le pays; les journaux les ont « répétés et portés au loin ; la défense n’a pu sortir

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