‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 La morale appliquée à la politiqueChapitre 215 sur 318 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Considérations générales

Après l'éducation, ce qui influe davantage sur la morale d’un peuple, ce sont ses institutions.

Les lois les plus justes cessent de l’être à l’application, dans tout pays où le gouvernement donne l’exemple des vices qu'il punit dans les particuliers.

De quel droit sévira-t-on contre les transactions de la mauvaise foi, dans un état où les actes de l’autorité paraîtraient toujours dictés par le mensonge et la ruse? contre les progrès de l’usure et de l’agiotage, sous un gouvernement dont le ministère se déclarerait lui-même complice des agioteurs et des usuriers? contre le dérèglement des mœurs domestiques, chez un peuple où la débauche et la galanterie seraient mises au nombre des vertus des grands? contre les malversations d’un tuteur infidèle, dans un état où la fortune publique serait impunément dilapidée par ceux qui l’administrent? contre l’oubli de la morale dans les actions de la vie privée,

là où le vice trouverait refuge et protection dans les établissements publics?

La morale n’avoue que trois sortes d’établissements : ceux qui portent les citoyens au travail ; ceux qui leur offrent un asile contre l’excès de l’indigence, et des secours contre la maladie; ceux enfin où la société séquestre pour un temps des hommes qui ont violé ses lois.

Page 1