CHAPITRE II
l)c la mendicité.
Les mêmes institutions qui font des riches font en même temps des pauvres; dans les pays où il y a beaucoup de palais, ou est sûr de trouver beaucoup de chaumières : par-tout les murs d’argile touchent aux parvis de marbre ; le luxe et la misère sont de la même famille: « J’ai lu quelque part, di- « sait Diderot, que les mendiants sont une vermine « qui s'attache aux riches. N’est-il pas naturel, ajou- « tait-il, que les enfants s’attachent aux pères. » De là ces associations antisociales où le Iléau de la mendicité a pris naissance; ces distributions d’aumônes sur le parvis des temples, au parloir des monastères, sur le seuil des palais épiscopaux; ces sportules
1>E LA MENDICITE.
que des valets assouvis partagent entre les animaux et les mendiants du logis.
Nous avons vu se former sur tous les points de la France des établissements publics sur le plan de ceux dont jouissaient la Toscane et la Belgique; l’extinction de la mendicité devait en être le résultat infaillible. Qui le croirait ? presque toutes ces écoles d industrie , presque toutes ces maisons d'épuration, où les mendiants se transformaient en artisans laborieux, ont été fermées ou ont changé de destination. Aurait-on pensé que les mendiants sont aussi une de ces corporations du bon vieux temps, qu'il est nécessaire de rétablir pour compléter l'œuvre de cette régénération gothique, à laquelle, depuisquelqucs années, ou travaille avec tant d'ardeur? Les mendiants réunis dans les dépôts étaient les pauvres de l 'état , et nos dames de charité veulent avoir les leurs; c’est unedes coquetteries des dévotes à la mode, et de leurs missionnaires, qui vont prêchant de ville en ville une nouvelle croisade contre la liberté, la philosophie et la Bible.
Mais il ne faut pas croire qu'il suffit d 'être dans l'indigence pour avoir droit à leurs charités ; la misère a aussi sa noblesse. Pour mendier avec profit, il faut d'abord prouver que l’on pense bien, et l'on reconnaît les bons pauvres à la porte de nos églises, au certificat d’incivisme dont certains dévots exigent qu’ils Soient munis.