‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 La morale appliquée à la politiqueChapitre 228 sur 318 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Dos prisonnier».

Dans la plupart des prisons, on voit encore les accusés des plus grands crimes mêlés avec les hommes arrêtés pour les délits les plus légers; des condamnés pour qui se dresse l échafaud à côté des détenus qui seront solennellement acquittés le lendemain; les vaincus de la politique partagent le pain, la paille, le banc des filous et des escrocs : n’a-t-on pas essayé de leur en faire porter la livrée, et cette odieuse tentative, pour être demeurée sans succès, est-elle restée sans éloge?

Nous osons parler de civilisation, d’humanité, de

DES l'RISONMEKS.

morale ! Allons donc visiter les prisons, descendons dans ces repaires de vices plus odieux que ceux que la loi punit par cette réclusion même; le coupable s’y endurcit dans ses fers , et en sortira plus criminel qu’il n’y est entré : trop souvent l’innocence au désespoir y prononce le blasphème de Brutus : in vertu n'est qu’un nom !

Eh quoi ! les fonctions de la magistrature dénaturent-elles à ce point le cœur de l’homme , que la pitié n’y puisse trouver place à côté de la justice ! On doit le croire, s’il est vrai, comme je l’entends assurer tous les jours, que la conscience d’un juge soit en repos quand il a satisfait au texte de la loi. Qui donc est assez heureux pour pouvoir douter d’un fait dont je me contenterai de citer un seul exemple ?

Un jeune homme de dix-sept ans alors est trouvé (je ne dirai point à quelle époque) dans la maison d’un ami, au moment où celui-ci est arrêté comme prévenu d’un complot contre l’état; sa présence parait un indice suffisant de complicité. Cet enfant, qui ne connaît encore que le toit paternel, est traîné dans cette affreuse salle où tous les genres de perversité sont confondus; il y passe deux jours et deux nuits, sans prendre de nourriture. Une espèce d’inquisiteur l’interroge, le menace du cachot s’il ne révèle pas ce qu’il ignore; son trouble l’accuse; on prend pour des réponses les phrases sans suite

La morale appliqué:* a la politique.

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qui lui échappent; ou le conduit en prison; il est inis au secret: sa tête repose sur le même lit où l’un de ses cousins a reposé pour la dernière fois la sienne : son cerveau, naturellement exalté , se trouble; privé de l'entretien, de la vue de ses parents, ignorant la cause d’un traitement inconcevable, il nourrit dans cette affreuse solitude la mélancolie profonde qui doit flétrir le reste de ses jours : un iucurable chagrin le dévore, et lorsque l’autorité reconnaît son erreur et lui ouvre les portes de sa prison, il eu sort lame flétrie, la raison égarée, et portant sur son front le stigmate ineffaçable de la cruauté des hommes. La méprise ou la dureté d'un magistrat , en privant la société d’un citoyen , a détruit à jamais le bonheur d’une famille entière.

Les peines infligées aux criminels eux-mêmes ne le sont ni dans l’intérêt de l’autorité, ni dans un esprit de vengeance : la loi est sans passion. Si le pouvoir, armé de tribunaux, de baïonnettes, et de scs milliers de fonctionnaires, employait tant de moyens pour accabler un seul homme, quelque coupable qu’il fût, il y aurait lâcheté.

Le mot de vindicte publique, donné depuis quelques années aux poursuites exercées contre des individus prévenus de crimes, sur-tout dans les accusations pour délits politiques, a quelque chose de barbare qui semble annoncer que les volontés de

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