‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 La morale appliquée à la politiqueChapitre 229 sur 318 · DES PRISONNIERS · texte numérisé non relu

DES PRISONNIERS

la puissance ont remplacé la raison écrite, que le langage des passions a été substitué à celui des lois, et que, comme l’a très bien dit M. Guizot, la politique a envahi le domaine de la justice. Mais c’est eu vain; cette grande iniquité ne prévaudra point contre le principe établi par les moralistes et les législateurs de tous les pays ; les peines sont infligées pour [exemple. Le jugement le plus équitable, prononcé dans le secret d’un tribunal, exécuté dans le silence d’une prison, et à l’insu delà société, n’est plus un acte de justice, mais de vengeance. Les hommes qui ont prononcé la sentence ne sont plus des juges, mais des bourreaux.

«Cest à celui qui sonde le cœur humain, a dit u un ministre philosophe, cest à celui qui lit dans “ la pensée, qui discerne avec sûreté l’influence de «l’éducation et du tempérament, l’empire du tno- « ment et des circonstances, la mesure des séductions, la durée des combats, la vérité des re- " mords, c’est à cet être puissant et divin que seul « il appartient de punir dans les ténèbres et d’exer- « cer sa justice en secret. » L’emprisonnement étant une peine obscure, perdue pour l’exemple, est donc une peine d autant plus immorale qu’on s’est accoutumé à la considérer comme une punition légère; dans leur aversion pour toute espèce de liberté, il semble à certains magistrats que la perte de la liberté individuelle est une privation peu sen-

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sible. Quel homme de bien ue frémit d'horreur et de pitié en voyant avec quelle prodigalité cette peine est chaque jour prononcée? combien de prévenus la subissent par anticipation, pendant des mois, pendant des années entières, avant le jour où des jurés équitables déclarent que l'autorité s’est trompée, que l'homme arraché à sa famille, à ses amis, à ses affaires, quelquefois soumis à la longue torture du secret, est un citoyen innocent, un père de famille irréprochable? Pour toute excuse, pour toute réparation , un geôlier vient lui dire : La porte est ouverte , vous pouvez sortir. Mais pourquoi suis-je entré? pourquoi tes maîtres ont-ils altéré ma santé, détruit ma fortune, porté le deuil dans le cœur de rna femme et de mes enfants ?

« 11 serait parfaitement juste, dit encore M. Nec- >‘ker, d’accorder un dédommagement à ceux qui «ont été victimes d’une prévention mal fondée. » Ces vœux, formés en 1784 par un homme de bien, ne furent pas trouvés séditieux alors, et moi j’ose à peine les renouveler dans un temps où tous les sentiments généreux sont suspects de libéralisme et où l’appel aux lois peut être taxé de révolte.

DES BAGfliES ET DES FORÇATS.

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