‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 La morale appliquée à la politiqueChapitre 242 sur 318 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Suite <tu même sujet. — L.i loterie.

Les gouvernements (par ce inot, dans les monarchies constitutionnelles, je u’entetids jamais parler que des ministres ; les rois ne peuvent mal faire), les gouvernements, si prodigues de bonnes paroles et de mauvais exemples, ne se bornent pas à donner à bail l’exploitation des vices des hautes et moyennes classes de la société; ils se réservent spécialement le droit de ruiner et de corrompre les classes inférieures. Ce droit est un jeu, et ce jeu se nomme loterie; c’est par ce moyen qu’on enlève aux ouvriers le fruit de leurs travaux, les modiques épargnes achetées au prix de tant de sueurs et de privations; qu'on berce les malheureux dans des rêves d’opulence, et qu’on les dégoûte du travail, en les amenant à regarder avec dédain ses faibles produits. Par ce jeu, le plus cruel et le plus immoral de tous, on prélève un impôt de quatorze ou quinze millions sur les premiers besoins de ceux à qui l’on doit des secours; on ruine par au deux ou trois cents familles, et l’on admet clandestinement des femmes, des enfants, des domestiques, à ce mystère de fraude et d’iniquité.

LA LOTERIE. 38y

Que dirait-on d’un chef de manufacture, d'un père de famille, qui rassemblerait chaque soir autour d’une table de pharaon, ou de tel autre jeu plus ruineux encore, ses enfants, ses neveux, ses ouvriers, ses domestiques, et les exciterait par toutes sortes de tentations , par toutes les séductions de l’espérance, à exposer chaque jour le fruit de leurs travaux sur des chances toutes infailliblement calculées à son avantage ? qui établirait pour ceux qui perdent, c’est-à-dire pour tous, une chambre de prêt, où, moyennant un pour cent par mois, et sur nantissement de leurs bijoux, de leur linge, et de leurs vêtements , il leur fournirait de l’argent pour aller de nouveau tenter les chances du jeu ? Peut-on douter que l’autorité des magistrats ne s’interposât entre le fripon et les dupes, ou qu’à défaut de loi, la censure publique ne vengeât l’outrage fait aux mœurs et à la probité.

Agrandissons le cercle, et étendons la famille à la société entière : cette figure est familière dans la langue politique ; n’y dit-on pas que tout gouvernement est paternel, que tout prince a pour ses sujets des entrailles paternelles, des soins paternels, des intentions paternelles; il est vrai que ce luxe de paternité n’en impose plus à personne.

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DE L EMFLOI

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