CHAPITRE PREMIER
Effets moraux de la découverte de l'imprimerie.
L’homme qui le premier grava sur un morceau de bois mobile une lettre de l’alpbabet gothique ne se doutait pas que cette inuovation dût changer la face du monde.
Depuis cette découverte si simple , et sur les bords de laquelle le génie des anciens s 'était arrêté, la pensée de l’homme se multiplie au moment quelle s’exhale, et va révéler aux rives de l’Indus le sentiment qui lui a donné naissance au bord de la Seine. Cette puissance morale, que déjà le christianisme avait agrandie, ne connaît plus de bornes, et le philosophe répète avec l’âpôtre:
« Aujourd’hui que l’esprit domine, n’éteignez pas « l’esprit; examinez tout, et conservez ce qui est bon. « Spiritum notite exslinguere; omnia nulem probale, u et quod bonum est servale. »
L’art de l’imprimerie renouvelle chaque jour le miracle de la Pentecûte, et fait descendre la vérité
DE L’iMPKIMERlE. 4°*
en forme de langue de feu sur la tête de tous ses apôtres.
lin seul feuillet sorti des presses d'Angleterre ou de France suffit pour arracher un peuple entier à l’esclavage. Quelques Grecs réunis à Athènes, sur les ruines du temple de Thésée , assistent à la lecture d’un de ces écrits où sont consacrés les titres du genre humain , où l’éloquence rappelle aux descendants des Léonidas et desThémistocle ce qu’ils furent jadis et ce qu’ils sont aujourd hui : frappés de leur propre dégradation, ils rougissent du honteux esclavage où ils languissent depuis dix siècles; ils se disent, Et nous aussi nous sommes des hellènes; celte idée , une fois entrée dans leur ame , ils se lèvent , ils courent demander à leurs barbares maîtres compte de l’abjection où ils sont tombés, et des maux qu’ils ont soufferts.