‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 La morale appliquée à la politiqueChapitre 252 sur 318 · DE LA LITTÉRATURE EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

DE LA LITTÉRATURE EN GÉNÉRAL

en élevant un temple à la littérature, impose de grandes obligations aux hommes quelle investit du sacerdoce de la pensée.

L’état social suppose une lutte continuelle de la force morale contre la force physique, de l’intelligence contre la matière , de la raisou contre le pouvoir.

Je me souviens d’avoir vu dans la Louisiane les habitants des rives du Meschacébée s’essayer à conquérir ce fleuve immense. Pour entraver son cours, pour resserrer son lit, ils entassent pierre sur pierre, ils multiplient les estacades eu bois et les digues en terre. Quels fruits de tant de peines et de travaux ? le fleuve grossit , et , s’irritant des obstacles qu’on lui oppose, s’élève en montagne, retombe en cataracte, et entraîne avec fracas les cabanes et les plantations qui s’élèvent sur ses rives.

Ce fleuve est l’image de la pensée : plus active , plus puissante par les entraves qu’on lui donne, elle brise ou franchit les barrières qu’on lui oppose , et poursuit son cours avec plus de rapidité.

Si j’osais suivre cette métaphore , je dirais que la pensée, comme les eaux du fleuve, s’empreint à sa surface des couleurs et des qualités du sol où elle a creusé son lit. En suivant le cours des siècles, on peut remarquer que les ouvrages littéraires portent par-tout l'empreinte du caractère moral de l’époque on ils ont paru et du peuple qui les a produits.

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