I)E LA LITTÉRATURE EN CÉNÉRAL
La liberté , idole des Grecs , respire dans tous leurs écrits.
La patrie est encore aujourd’hui vivante dans la littérature romaine.
Chez les peuples esclaves, le sentiment de l'oppression absorbe la pensée tout entière, et la plainte pour s’exhaler emprunte le langage timide de l’apologue.
A la renaissance des lettres dans l’Occident, l’Italie était en proie à la volupté, à la tyrannie, à la trahison. Boccace était l'historien des moines, Machiavel celui des princes, et le Dante, indigné, inventait un enfer nouveau pour punir les crimes de son âge.
La dépravation italienne passe les monts, et aux chanLs d’amour des troubadours provençaux succèdent les bouffonneries satiriques du curé de Meudon, les contes licencieux de la reine de Navarre, et le cynisme des satires de Régnier.
L ardent et sombre fanatisme des ligueurs enfante ces ouvrages monstrueux où l’on enseigne l’empoisonnement et l’assassinat , où l’on sanctifie le régicide.
Si le siècle de Louis XIV, étranger à la liberté et au bonheur, fonda la gloire des lettres françaises , c’est que quatre grands écrivains, Corneille, Fénélon, Lafontaine et Molière, y semèrent les germes de ces vérités philosophiques que le siècle suivant a vues se développer.
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Corneille fut à peine compris; l’action dramatique de la plupart de ses poèmes occupa trop exclusivement l’attention de ses auditeurs pour leur laisser la liberté d’examen qu’exigeait la profondeur de ses pensées : l'énélou s’entretenait de plus près avec ses élèves; ses leçons furent mieux saisies: la disgrâce , l'exil en furent la récompense. Lafontaine mit trop souvent le lion eu scène pour ne pas l’irriter ; mais l’auteur avait caché sa censure sous le voile de la fable; le monarque fut obligé de dissimuler son ressentiment sous le voile du dédain. Molière , observateur plus attentif , penseur plus profond, en signalant le ridicule des vanités bourgeoises , en démasquant la bassesse et l’orgueil des courtisans , l’hypocrisie des dévots de place , sut ménager l’excessif amour-propre du maître, et obtint, par ses respects pour l’idole, le droit de vouer au mépris ses vils adorateurs.
Les épigrammes licencieuses de Rousseau , les philippiques de Lagrange, et le théâtre de Dancourt , sont le manifeste des mœurs de la régence , dont le financier Law , le cardinal Dubois , et le régent lui-mêine, furent les représentants.
Sous le régne suivant, le torrent de corruption dont la cour était la source fut en quelque sorte refoulé sur lui-mème par la digue puissante qu’élevait autour de lui l’esprit philosophique.
Loin de cette même cour, dont la chaleur conta-
DE LA UTTÉHATURE EN GÉNÉRAL. 4°â gieuse avait fait éclore les Collé, les Crébillon fils, et cet essaim d’auteurs de boudoirs pensionnés par les Pornpadour et les Dubarry , un triumvirat d’écrivains philosophes, Voltaire, Montesquieu et Rousseau, attaquait à-la-fois tous les préjugés, et préparait de nouvelles mœurs en créant une littérature nouvelle.