LES OFFRANDES
dit les prêtres, et Dieu, se laissant aussi fléchir, dérangera pour vous cet ordre éternel qui nuit à votre existence d’un jour, et à vos désirs d’un moment. Pour vous satisfaire, il intervertira l’ordre des saisons, il suspendra le cours des astres. »
Trompé par ces fallacieuses promesses , l’homme cessa de consulter le guide moral que Dieu lui avait donné : la conscience. Livré à des désirs sans limites , il n’attendit plus de ses vertus et de son travail la fin des maux qu’d endurait ; le bien-être qu’il poursuivait, il espéra l’obtenir par l’oisiveté des prières, par le sacrifice de ce qui lui restait de bien, et souvent par le mal des autres hommes. Après avoir demandé de la pluie pour son champ, il a demandé de la grêle pour le champ de son voisin j il a prié d’abord pour la conservation de sa vie, de sa fortune, puis il a prié pour hâter la fin de ceux dont il attendait l’héritage. Il a poussé plus loin le blasphème de sa prière : il n’a pas craint d’intéresser le ciel à ses vengeances. Le Calabrois, à-la-fois superstitieux et féroce, prie la madone d’assurer les coups qu’il se propose de porter à ses ennemis.
Ces espérances criminelles, ces vœux sacrilèges, seraient encore inconnus au cœur de l’homme, si, restant soumis aux lois de la raison , aux règles de la morale évangélique, il eût continué à souffrir avec résignation les maux inévitables, à n’élever sa pensée vers la divinité que pour lui adresser des