‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 La morale appliquée à la politiqueChapitre 287 sur 318 · CAUSES DES CHANGEMENTS · texte numérisé non relu

CAUSES DES CHANGEMENTS

a remplacé ceux quelle a détruits sans retour , c’est celui des plaintes hypocrites que des hommes d'une immoralité révoltante font chaque jour entendre sur la dépravation de la société.

Les richesses excessives d’un petit nombre de familles ont été dans tous les temps, dans tous les pays, la ruine des mœurs, la cause des troubles et des séditions , en exaltant outre mesure , chez les uns , les sentiments d'orgueil et d’ambition, en abandonnant les autres aux inspirations trop souvent criminelles de la misère et de l’envie.

On le nierait vainement , la révolution a détruit ces inégalités immorales ; une plus grande et plus juste répartition des fortunes a épuré les mœurs, a multiplié les vertus privées, et fait naître les vertus publiques. Ils sont donc les ennemis des vertus et des mœurs ceux qui , sous le nom de supériorités sociales, demandent incessamment qu’on réunisse sur la tête d’un petit nombre d’individus ce que la sagesse des lois nouvelles voulait répartir entre tous les enfants de la famille politique , les emplois et les richesses.

La répartition des lumières n’est pas moins favorable aux mœurs que la division des richesses, car le vice ne choque pas moins la raison qu'il ne blesse la vertu, et peut-être même est-il plus fréquemment une erreur de l’esprit qu’une dépravation du cœur. L’ivrognerie, la débauche et les hon-

DANS LES MOEURS. jG:»

teuses habitudes qui souillent les dernières classes de la société, eu sont repoussées à mesure que ces classes s’instruisent et que la lumière y pénétre ; partout elle porte avec elle le respect de soi-même et l'amour des actions honnêtes; c’est par elle que les esprits apprennent à distinguer le bien du mal ; la gloire et l'élévation de la vertu, de la honte et de la bassesse du vice. Les prédicateurs de l’ignorance sont donc aussi les apôtres de la corruption.

Au gré de nos modernes Dracon, les lois criminelles, déjà si dures, ne sont pas encore assez sévères ; ils voudraient nous reporter au temps où, pour le vol de cinq sous, on pouvait faire pendre un malheureux. Il faut le redire, il faut le répéter sans cesse: les lois cruelles rendent les mœurs atroces, ou assurent l’impunité au crime : c’est un fait qu’il suffit d énoncer ; il porte avec lui ses preuves.

La sévérité des lois fait la sûreté des malfaiteurs, et l’impunité eu accroît le nombre. Mais en Angleterre, comme en France, les hommes qui demandent la réforme des lois criminelles sont, aux yeux du pouvoir, des radicaux, des révolutionnaires. « Ja- «■ mais, dit un auteur anglais^bolqunbum), l’empire « romain n'avait été si florissant que durant l’exis- « tence de la loi Porcia, qui abolissait la peine de « mort pour toutes les espèces de crimes. « Les supplices inventés et multipliés par la cruauté des Cé-

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