CHAPITRE IV
Ij, puissance «les femmes est fondée sur les moeurs.
Il est remarquable que, sous l’empire , les femmes romaines, en perdant leurs mœurs, perdirent leur pouvoir; et les noms des Julie, des Agrippine, des Poppée, des Tliéodora, ne caractérisent pas moins que ceux des Tibère, des Néron et des Justinien, l'épouvantable corruption qui signala leurs régnes.
Les femmes avaient fondé dans la Gaule et dans la Germanie un empire plus durable : les peuples de ces contrées, berceau de nos ancêtres , rendaient aux femmes un véritable culte : ils avaient choisi l'innocence et la beauté pour représentant de l’intelligence suprême.
Quelles sont ces filles aux yeux bleus, qui, le front ceint d’une couronne de verveine, et appuyées sur un long sceptre d’or, président aux conseils des vieux Gaulois? ce sont les visinda, vierges saintes, auxquelles les Scandinaves ont élevé des autels.
Et ces vierges prophétiques, qu’une multitude religieuse entoure, et qui distribuent, avant le combat, le gui de cbêne aux défenseurs de la patrie? ce sont des vierges de Sayne, les mystérieuses fé?fs qui marchent sur les eaux, conjurent le tonnerre et rem-
DE LA PUISSANCE DES FEMMES. /|83 plissent les aines guerrières de courage et d’amour.
Les Francs s’établissent dans les Gaules; l’influence des femmes y reste toute-puissante : sûres de régner, que leur importe la loi salique qui les exclut du trône?
Dans la plus profonde obscurité de nos annales, où l’on a tant de peine à reconnaître les rois barbares qui se succèdent au trône qu’ils déshonorent , quelques noms de femmes brillent au milieu de ces ténèbres; vous ne serez pas oubliée, chaste Camina, Lucrèce des Gaules, qui vengeâtes l’honneur de votre époux en faisant rouler à ses pieds la tête du centurion qui avait osé souiller le lit conjugal.
Vêtues de noir, les cheveux épars, le sein nu, portant leurs enfants dans leurs bras, quelles euménides patriotiques s’élancent au milieu des guerriers? ce sont des Gauloises. Leurs maris vont fuir, elles jettent leurs enfants sous leurs pieds: « Écrasez-les , « s’écrient-elles, ou retournez à l’ennemi; » ils y volent, leurs femmes les suivent, combattent à leurs côtés , pansent leurs blessures , et les forcent à vaincre ou à mourir avec elles.
Parcourez la vieille Armorique: dans les antres, dans les bois, au sommet des rochers, vous trouvez encore ces pierres druidiques, monuments de la vénération de nos ancêtres pour les femmes ; c’est au sein de cette grotte, sur cette pierre où vous voyez une branche de chêne, grossièrement sculptée, que
484 DE LA PUISSANCE DES FEMMES, la druidesse assise distribuait aux matelots les flèches qui calmaient les orages, le dictame salutaire qui guérissait les blessures.