‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 La morale appliquée à la politiqueChapitre 30 sur 318 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

La tolérance.

La charité est le second précepte de la loi des chrétiens ; mais qu’est-ce que la charité sans la tolérance? Vous secourez le pauvre et le malade, vous tendez la main à l’aveugle , vous le guidez sur la bonne voie : ne soyez donc pas sans compassion, sans

LA TOLÉRANCE

miséricorde pour l'aveuglement de l'esprit! Jeter des malades dqpis les flammes pour les guérir vous semblerait un acte d’une absurde cruauté; et vous allumez des bûchers pour y précipiter ceux qui vous semblent affligés des infirmités de l’aine. C’est en vain que l'É vangile crie : A imez votre prochain comme vous-même. Aimez aussi vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent , priez pour ceux qui vous calomnient , pour ceux mêmes qui persécutent. Mahomet dit vainement à ses ministres : Recherchez qui vous chasse , donnez à qui vous àte, pardonnez à qui vous offense, ne contestez point avec les ignorants, faites du bien à tous. Le mollah fait égorger les grecs au nom du prophète, et le dominicain brûle les juifs au nom de Jésus. Leur fureur ne s'est pas même arrêtée sur l'étranger; ils ont anatliématisé, persécuté, immolé leurs propres frères pour de légères différences d’opinion, pour des erreurs qui n’intéressaient ni la gloire du ciel , ni le repos de la terre. Le sectateur d’Omar persécute le sectateur d’Ali ; le chrétien catholique est l’ennemi du chrétien protestant, du chrétien grec; le quaker, dont la charité est égale pour tous , est de tous également méprisé.

Chaque secte se subdivise encore en divers partis , et chaque parti porte au même degré le fanatisme et l’intolérance. Là un homme religieux est brûlé pour avoir dit : L'inégalité de puissance entre

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les apôtres est une invention humaine qui ne se trouve pas dans C Evangile. Ici un philosophe périt du même supplice pour avoir écrit : Lame participe de Dieu et de sa substance. Hier la sépulture était refusée à quiconque ne laissait pas en mourant un billet qui attestât que sa dernière confession avait été reçue par un prêtre réfractaire. Aujourd’hui les mêmes refus sont motivés sur d’autres prétextes. La loi autorise , le prêtre défend ; Dieu absout , ses ministres condamnent.

Non seulemeut les anciens ne souffraient point que l'on manquât de respect aux dieux du pays, mais ils permettaient d’élever des autels à toutes les divinités et même aux dieux inconnus : il n était permis à personne d’attaquer la croyance d'autrui, mais chacun pouvait rester fidèle à la foi qu’il avait embrassée. Les prêtres d’un dieu respectaient les erreurs des prêtres d’un autre dieu ; les dogmes s’enseignaient, et ne se commandaient pas; nul ne songeait à rendre sa religion dominante parle fer et le feu.

C’est le démon de l’orgueil, c’est le monstre de l'intérêt, qui ont répandu cette fureur chez les barbares destructeurs des empires d’Orient et d’Occident. Voltaire observe qu’il n’y a point de sectes de géomètres, d’algébristes , d’arithméticiens, parceque toutes les propositions d’arithmétique, d’algèbre et de géométrie sont vraies : il n’y a pas non plus de sectes en morale , parceqtie toutes les pro-

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positions de la morale sont également vraies, également évidentes par toute la terre. I .a vérité se reconnaît à ce caractère , quelle est accessible à tous les esprits et utile à tous les hommes. L’imposture a ensanglanté la terre, elle l’a couverte d’ossements et de ruines; la vérité, c’est la lumière, elle féconde, elle vivifie. A quel peuple a-t-elle jamais été funeste? Sans elle il n’y a ni justice ni morale.

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