LIVRE XIII
l’age 4 1 ». Il n’y a pas loin de la tribune à la roche Tarpeienne, disait éloquemment le Démostliènc français.
I.a Iribunr aussi uses périls; scs héros, comme ceux des champs
NOTES
de bataille, ont souvent remporte des palmes teintes de leur propre sang. Antiphon fut mis à mort par les trente tyrans d’Athènes; Isorrate se vil réduit à se laisser mourir de faim ; E-chine fut appelé en jugement; Déinosthène, pour échapper au supplice, fut forcé »le s’empoisonner ; liypéridcs mourut au milieu des tortures; Tibéi ims et Gains Gracchus furent massacrés sur la place publique par les chevaliers romains; Caton se déchira les entrailles; la tête et les mains fie Cicéron furent clouées à la tribune aux harangues.
Les temps modernes n’ont pas été, pour les orateurs, moins féconds que les siècles anciens en catastrophes tragiques : Sidoey porta sur l'échafaud sa tête innocente; Barnave, Touret, Guadet, Vergniaud, et presque tous les granits orateurs de nos trois premières assemblées subirent le même sort ; d’autre* tombèrent sous h* poignard des assassin» ou moururent d’inanition sur les routes, dans les champ-, au fond des bois et des cavernes, cl leur mort justifia la prédiction de l’éloquent Verguiaud : «La révolution, « comme Saturne , dévorera ses enfants.» Gloire, gloire immortelle a ces hommes vertueux qui, n’ayant à espérer de leurs ingrats contemporains ni emplois, ni honneurs, ni fortune, ui reconnaissance peut-être, n’en abordent pas avec moins de courage e! d'indépendance cette tribune si voisine de la roche Tarpéienne, et, défenseurs intrépide* des franchises nationales, bravent également et les bourreaux et les assassins!
Des vingt orateurs les plus distingués de l'assemblée constituante et <le l'assemblée législative, deux seulement existent encore; presque tous les autres sont morts avant le temps, et de mort violente :
I un a été massacré, neuf ont péri sur l’échafaud, beaucoup d'autres, non moins célèbres, ont subi le même sort.
Le souvenir de res sanglantes catastrophes n’est point effacé; cependant ces funèbres images semblent avoir plutôt soutenu qu'affaibli le courage des orateurs qui, depuis i8i5, se sont dévoués pour la défense de nos droits. Plus d’une fois, dans le cours de la dernière session, la France a reconnu la voix courageuse qui s’écriait en 1816 ; On égorge les protestants dans le Midi; et le rappel à l'ordre prononcé contre M. Voyer d'Argcnson n’est pas le moindre de ses nombreux titres de gloire.
Le général La Fayette, fidèle aux principes de la liberté constitutionnelle, ne les a point abjurés pour avoir payé ses premiers efforts dune longue et cruelle captivité; il ne s’est pas élevé avec
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moins d'énergie contre les lois suspensives de la liberté individuelle, de la liberté de la presse el de rindé|>eud;<tice des élections.
Aucunes considérations humaines n’ont pu parvenir à étouffer la voix des Dupont de l'Eure, des Méchin , des Lafitte et des Casimir Cerner, réclamant l’autorité des lois et des magistrats.
La patrie reconnaissante se souviendra que Chauvelin, affaibli par une longue maladie, en proie aux plus vives douleurs, n’en a pas moins rempli jusqu’au dernier moment des devoirs sacrés dont les circonstances multipliaient pour lui les périls; l'histoire, au moins , dira que, n’y pouvant monter, il s’es! fait porter au pied de cette tribune où tant de fois il appuya la raison des traits de *a vive éloquence, pour y défendre les droits de la nation, désormais inséparables de ceux du trùne.
Ilignon sait que la route qu’il suit n'est plus celle qui conduit aux ambassades et aux dignités; qu’importe s’il est sur d’y trouver les vœux de la France, les bénédictions du peuple et les applaudissements des gens de bien.
« Il y a loin , disait un illustre chancelier, du poignard d’unnssas- « sin à la poitrine de l’honnête homme. « Manuel en a jugé de même; les menaces n’ont point ébranlé son courage, n’ont point désarmé son éloquence; il ne s’est pas montré moins souvent dans les luttes de la liberté : la chaleur de son ame, le feu de son patriotisme n’en ont pas été un seul instant refroidis.
Les mêmes périls , les mêmes circonstances ont trouvé dans Benjamin Constant la même fermeté d’ame; toujours plus fort de l’énergie que donne l’indiguation , les libertés nationales n’ont pas de défenseur plus intrépide et d’avocat plus éloquent. Jamais cet orateur habile, ce logicien profond, ne s’est montré tout à-la-fois plus véhément et plus maître de lui, plus fort de principes, plus riche d’arguments, que dans ces heures de trouble, où tout était menaçant, excepté la charte et les lois. Orateur fin cl quelquefois railleur, son ironie, comme celle de Socrate, n’est jamais amère, et ses traits sont à-la-fois rapides et lumineux.
Ces luttes, ces périls , étaient sans doute moins grands que ceux au milieu desquels les généraux Tarayre, Demarçay, Sébastiani et Foy ont passé leur vie; cependant leur nouveauté, qui aurait pu les étonner, ne les a pas même surpris. Le général Tarayre est, dans ses discours, vif, direct ; il évite les détours, et ne connaît ni les timidités ni les ménagements des courtisans de la faveur. Le
NOTES
général Dcmarçay , avec plus de véhémence, n’a jkis moins tic frai)' chise. L’imperturbabilité du général Sébastiaui a plus d'une fois déconcerte les interrupteurs, et commandé le silence à ceux «pii craignent les vérités exposées à la manière «le ce général. L'éloquence du général Foy est plus vive ; il s’est élevé du premier vol à une hauteur dont il n'est plus descendu, et a marqué sa place au premier rang des orateurs à-la-fois énergiques, forts et brillants
CONCLUSION
Page 498. Qui pourrait, sans outrager à-la-fois la morale et la vérité, comparer les moeurs d’Alexandre, etc.
Ce n'est pas seulement sous le rapport de la chasteté que les mœurs des princes se sont améliorées; eux aussi sont devenus meilleurs époux , meilleurs pères, et peut-être fils plus respectueux. Je ne crois pas que l'évènement qui se passa à Montcarlier, au commencement du dix-huitième siècle, puisse se renouveler. Voici de quelle manière M. «le Lacretelle en rend compte :
- Le roi Victor-Amédée avait abdiqué la couronne en grandi'
■ potnpe cl avec une apparente philosophie, 11e se réservant qu’une « pension de deux cent mille écus, et se proposant de vivre en « épicurien délicat , dans une retraite charmante près du lac de «Genève. Mais les plaisirs d’une vie calme, que les princes ont « quelquefois enviée aux sages, ne séduisent pas toujours des âmes « qui ont connu le besoin «l’une agitation perpétuelle. Victor-Amé- « dée resta toujours le plus inquiet de9 hommes. Il tomba ma- « lade, et s offensa «lu peu d empressement que le roi son Hls met- « tait à le visiter. Il était guéri lorsque Charles-Emmanuel vint le
■ voir, accompagné de la reine et de ses ministres. L’un de ccux- « ci, le marquis d’Orme, devait tout à Victor-Amédée, et cherchait
• à inspirer au jeune roi l’ingratitude dont son cœur était rempli. « Ce ministre s’inquiéta de la soumission craintive et respectueuse « avec laquelle Emmanuel recevait les reproches de son père. Il
• lui persuada de partir précipitamment ; Victor outre r«:solut «le «suivre son fils; il part , il arrive à Montcarlier. Timiile pour la
NOTES
« première fois , il écrit au roi qu’il se conforme à ses conseils, « et que, ne voulant point s'exposer à passer l’hiver dans le climat « rigoureux de la Savoie, il lui demande une retraite dans le l’ié- « mont. Cette seule démarche inspira des craintes sérieuses an roi
* Emmanuel ; bientôt il accusa son père cf avoir fait une conspiration
• pour remonter sur le trône. Yictor-Améi>ée fct arrêté avec ise « iNiiiGRE vioi.esce : c’était pendant la nuit, il était couché auprès « de sa femme ; un détachement de grenadiers entre dans sa chain- « bre avec des armes et des flambeaux. Amédée sc fait reconnaître
• à eux comme le roi qui les a conduits si souvent à la victoire ; « il lutte contre ceux qui veulent l'entraîner; sa femme qui le défend
* est exposée aux coups des soldats. On le jette dans une voiture, « on le conduit dans la prison de Révole, f.t sa femme est HERKER-
« MÉE AVEC LES rLÜS VILES PROSTITUÉES.
« C’est ainsi qu un fil s roi traite son père, qui avait été roi ; uu père « qui s’était occupé avec ardeur, avec amour de l’éducation de ce « fils; qui, dans toutes les occasions, l’avait présenté au peuple et à « l'armée, et l’avait, lui vivant, fait héritier de sa couronne I
* Au récit de cet évènement, La France entière parut demander « la guerre pour la délivrance du grand-père de Louis XV. Le gou- •> vernement fut sourd à ce vœu. Louis avait été moins ému que scs « sujets de cette catastrophe. » (Lacreteli.e, tome II, page i il», 117 et 118.)
Page 49&» Les mœurs mêmes des courtisans sont moins dépravées.
« Mademoiselle Lange vivait avec un des hommes les plus corrompus de la capitale, le comte Duharry. On le désignait par cet infâme titre de roué, que le régent avait imaginé pour ses compagnons de débauche. Sa dernière ressource était de tenir une maison de jeu; pour en augmenter la célébrité, il y produisait mademoiselle Lange, dont la beauté avait le plus grand éclat malgré une prostitution précoce. Le valet de chambre à qui le roi avait longtemps confié la direction d’un liarern trop peu clandestin communiqua au comte Dubarry l’embarras où il était de satisfaire un maître que l’âge et la satiété rendaient difficile sur scs plaisirs. Dubarry vit dans cette confidence le présage de la plus haute fortune;
NOTES
il vanta les charmes de mademoiselle Lange. Le valet de chambre fut enchanté en la voyant, et , quoique sa mission lui prescrivît plus de réserve dans ses choix , il hasarda celui-ci pour vaincre la langueur du monarque. Mais lui-même fut étonné et en quelque sorte confus de l’ivresse que le roi montra en sortant des bras d’une femme qui u'empruntait rien de la pudeur pour embellir la volupté. Louis n’est contenu dans l'avilissante fureur de son goût ni par les conjectures qu'il doit former, ni par les révélations qu'on lui fait. Il produit sa honteuse extase à tous scs familiers : aucun d’eux ne peut cependant croire à la durée de ce caprice; et les plus complaisants n'osent encore feindre du respect pour une femme longtemps exposée au mépris. Le maréchal de liiehelieu seul montre pour elle une admiration sans réserve, et parait convaincu que nul genre d'honneur n'est au-dessus de tant de charmes. Bientôt la nouvelle favorite change de nom : un pacte infâme lui a donné le titre de comtesse Dubarry; le frère de celui dont elle a été la maîtresse n’a point rougi de l’épouser. Il est un pas que Louis hésite à franchir; la nouvelle comtesse 11’n pas encore eu les honneurs de la présentation. Les constitutions du royaume, l’état de l'Église, la balance de l'Europe, tiennent à cet événement ; on le regarde comme le signal d'un nouveau système d’administration et de politique Les dames de la cour, même celles dont le public avait souvent divulgué les fautes, 11e pouvaient supporter l’idée d’être confondues avec une femme vouée dès 6a jeunesse à l’opprobre de la plus basse prostitution. Le roi paraissait effrayé des obstacles d’une présentation. le maréchal de Richelieu vint lever ses scrupules; il lui représenta que le moment était venu d’opposer une fermeté inflexible à cette espèce de révolte , à cette coupable résistance ; qu’une fidélité qui se permettait tant de restrictions était suspecte et que ce serait cesser d'être roi que de ne point faire respecter ses penchants h ses ministres et à sa cour. Madame Dubarry fut présentée; le roi lui accorda les honneurs et toute la puissance dont la marquise de Pompadour avait joui si long-temps, et dès-lors chacun affecta de n'avoir plus qu’un sentiment, celui de l’admiration. Le chancelier Maupeou imagina le premier de se supposer des titres d'alliance et de parenté avec les Dubarry, et avec le temps ils trouvèrent une foule de parents à la cour. » (Lacretf.lle, Hist. du dix-huitième siècle y tome IV, de la page 23a à la page a3t.
FIX nB HOTES.
TABLE
Dédicace paye iij
Discours préliminaire i