CHAPITRE XIII
L’orgueil.
« Sans Humidité, dit Pascal, toutes les autres vertus ne sont que des vices et des défauts. » Cette sentence ne semble-t-elle pas prononcer la coudam-
l’orgueil.
nation delà plupart des hommes voués au ministère des autels? Dans tous les temps, par toute la terre, l'orgueil a été inséparable du sacerdoce. Chez les anciens Perses, les prêtres prétendaient que la famille royale appartenait à leur tribu.
Une couronne d’or n’a point suffi aux vicaires de celui dont la couronne était d’épines ; ils en ont placé trois sur leur tête. Dieu a dit : » Quiconque tirera le glaive périra par le glaive » : cette menace n’a point effrayé les successeurs de saint Pierre , et le glaive a brillé dans leurs mains , et ils ont eu des armées à leur solde. Des papes se sont montrés dans Home, vêtus du manteau impérial et parés des insignes de la royauté temporelle.
L’orgueil sacerdotal a exigé de l’orgueil des rois qu’il se prosternât devant lui. Les couronnes ont été foulées aux pieds par des moines ; on a vu les rois , dépouillés du sceptre et du bandeau , étendus sur la cendre, fouettés en cérémonie par les évêques, et revêtus par eux d’un eilice.
Le dernier degré de l’humiliation pour un homme, est de se mettre à genoux devant un autre homme. Que de ruses, de stratagèmes, de mensonges, l’orgueil des prêtres n’a-t-il pas employés pour forcer le souverain d’un des plus puissants états à venir subir en personne cette humiliation '?
1 Ils se sont d’abord mis derrière, puis à côté, puis à la placr
l’orgueil.
Dans quelques collèges , on apprend aux élèves qu’il faut recevoir un simple prêtre en le saluant; un curé en restant debout devant lui, et un évêque à genoux. Qu’ils sont loin ces temps où Jésus disait à scs disciples : Il n’y aura parmi i/ous ni premiers ni derniers!
Pascal observe que le style de l’Évangile est admirable sous une infinité de rapports, mais surtout pareequ’il n’y a aucune invective ni contre Judas, ni contre Pilate, ni contre aucun des ennemis ou des bourreaux de Jésus-Christ.
Précurseur de C Antéchrist, dragon infernal, diable incarné, lâche, vilain, poltron, enragé, monstre: c’est dans ces termes que saint Bernard , abbé de Clairvaux, parlait du théologien Abeilard. La charité chrétienne, la modération évangélique, brillent-elles davantage dans la plupart de nos modernes mandements? n’y trouve-t-on pas, presque à chaque ligne, cette violence de langage, cette dureté, on peut même dire cette grossièreté d’expressions? Athées, factieux, misérables; telles sont les épithètes les moins insultantes de ces libelles sacrés. Les auteurs de mandements parlent souvent de leur indignation, de leur mépris, jamais de leur compassion ni de leur indulgence. Ce n’est point pour ramener,
des simulacres au nom desquels cet abaissement étoit commandé.