‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 La morale appliquée à la politiqueChapitre 41 sur 318 · MOEURS ET CONDUITE · texte numérisé non relu

MOEURS ET CONDUITE

vation ne fut pas même un sujet de scandale pour les courtisans: abbés, évêques, archevêques, se prosterncreut à l’envi devant ce cardinal sans probité, sans mœurs, sans religion. Le clergé se réunit ; qui présidera cette sainte assemblée ? un prélat vénérable, sans doute, un homme de savoir, de piété, de vertus éminentes? cet homme, c’est Dubois.

Un évêque intrigant s’ennuie dans son diocèse ; les rêves de l'ambition agitent son sommeil ; il cherche, il trouve dans l’instruction pastorale d’un de scs confrères des principes qui ont rapport à ceux qui furent professés par les Arnauld, les Nicole, les Pascal. L’évêque de Sénez, vieillard vénérable, était digne de professer les principes de ces hommes de bien et de génie; mais alors ces principes étaient condamnés par la cour de Rome; le vieillard est dépossédé, chassé des lieux que, durant quarante ans, il a édifiés par ses vertus, où pendant quarante ans il a été le consolateur des affligés et la providence du pauvre; levêque persécuteur reçoit le chapeau de cardinal , et va augmenter le nombre de ceux que couvrent en même temps la pourpre et l’infamie.

Un système de banque, fondé sur la déception et le mensonge, donne lieu au plus infâme agiotage; cependant d’avares théologiens prononcent que l’anathème lancé par l’Eglise contre tout béné-

I)U CLEUGÉ.

fice usuraire n’atteint pas les spéculateurs qui se livrent au commerce des actions du financier Law. Les prêtres , les corporations religieuses, se hâtent d’éteindre leurs dettes par des remboursements illusoires. Le jésuite Lavalette, qui s’est fait spéculateur, est déclaré banqueroutier frauduleux. Ceux qu’avait déjà si prodigieusement enrichis le trafic des indulgences et des absolutions, ajoutent aux dépouilles de la déception et de la crédulité les bénéfices de l’avarice et du jeu.

La corruption ne remonte pas ; elle descend du palais des roi dans la cabane du laboureur, du Vatican dans l’humble presbytère. Quand la débauche souillait le rochet de l’évêque , l’ivrognerie salissait la soutane du curé. La cour et la ville étaient pleines d’abbés musqués, poudrés, fardés, libertins, incrédules, plaisantant sur les feux du purgatoire, mêlant le blasphème à la galanterie , et donnant àla-fois des leçons de volupté et d’athéisme.

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