‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 La morale appliquée à la politiqueChapitre 48 sur 318 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Le célibat.

Travailler c’est prier, mais prier ce n’est pas travailler. Toute institution qui favorise l’oisiveté favorise les vices, et par conséquent est contraire à la morale. La vie purement contemplative, les longues heures de la méditation, allument le sang, portent le trouble au cerveau; et des rêveries mystiques

aux fureurs du fanatisme la distance est courte. C’est au fond d’un cloître que le génie d'un moine a fécondé l’oisiveté et enfanté le monstre de l’inquisition. Jacques Clément, assassin du dernier des Valois, Guignard, Guéret, Ridicovi, sortirent de leurs cloîtres pour percer le sein de Henri IV.

Le cœur de l’homme est sujet aux faiblesses; l’esprit, complice du cœur, s’efforce de les excuser, et l’orgueil cherche à les ériger en vertus. Après s être soustrait aux devoirs de l'hymen et de la paternité, l’égoïsme a prétendu que cet état d’isolement et d’inutilité était l’état pur, letat parfait.

Lorsque le monde était riche en grands modèles de piété et de vertu, au temps des patriarches, non seulement le célibat, mais la stérilité même était une marque d’infamie, et passait pour une espece de malédiction de Dieu. La gloire des hommes se fondait sur le nombre de leurs enfants. Jaïr ne fut célèbre que pareequ’il eut à-la-fois trente fils dans les armées d’Israël. Le plus sage , le plus vertueux des législateurs de la Grèce, Lycurgue nota les célibataires d’infamie. Platon jugeait que tout homme qui avait atteint la trente-sixième année de son âge sans se marier était un mauvais citoyen , et qu'il devait être exclu des emplois publics. A Rome, les censeurs , gardiens des mœurs et de la vertu , n’admettaient les célibataires ni à tester, ni à rendre

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témoignage. A leurs yeux, la plus grande impiété était de sortir du inonde sans y laisser d’enfants. La religion menaçait les célibataires de peines cruelles après la mort.

Chez les Egyptiens, chez les Perses, chez les Juifs, chez les Indiens, il y eut des familles consacrées au service des temples et de la divinité : cette consécration pouvait faire naître l'orgueil parmi les familles sacerdotales, mais du moins les mœurs y étaeint conservées.

Le czar Pierre I" s étonnait de ce que, dans plusieurs états de l’Europe, on eût laissé subsister depuis tant de siècles le célibat des prêtres, si préjudiciable àla société chrétienne. C’est le sentiment de Montesquieu, que moins il y a de gens mariés, moins il y a de fidélité dans le mariage, comme lorsqu’il y a plus de voleurs il y a plus de vols. Le vœu de chasteté n’est le plus souvent qu’un vœu contre le mariage.

L’homme a reçu la vie pour la donner : celui-là seul qui a une femme et des enfants , dit Bacon , a donné des gages à la fortune et à la société. Présenter comme méritoire l’acte par lequel des fanatiques se soustraient au vœu de la nature, n’cst-cc pas le comble de l’impudence ou de la folie? Si Dieu voulait que la race humaine fût éteinte, il tarirait les sources de la vie. Si chacun formait et tenait ce

voeu de chasteté, l’homme disparaîtrait de la terre, contre la volonté de celui qui l’y a établi.

Pour maintenir un vœu réprouvé par la nature, le crime est venu au secours d’une vertu factice. Les prêtres d’Isis faisaient profession de chasteté; mais, dans leur enfance, ils avaient été réduits à l’impuissance de violer ce vœu. Il en était de même des gymnosophistes, des hiérophantes, et en général de ceux qui, pour se dévouer au service des autels, devaient former un vœu semblable.

Chez les Arabes, le sacerdoce était la récompense de la vertu, et ne donnait aucun privilège. Les prêtres n’étaient point dispensés de prendre les armes pour la défense commune, et de remploies autres obligations des citoyens. Cependant on les choisissait communément parmi les vieillards, afin que, dégagés de la servitude des sens, ils ne fissent rien qui fût contraire à la sainteté de leur ministère; mais ils avaient d’abord rempli leurs devoirs d'hommes et de citoyens.

« Quiconque exhorte les hommes à la pénitence «doit être sans péché; qu’il ait du zèle, et que ce « zèle ne soit pas trompeur; qu’il ne mente jamais; « que sou caractère soit bon, son ame sensible à l’a- « initié, son cœur et sa langue toujours d’intelli- ■•gence; qu’il soit éloigné de toute débauche, de « toute injustice, de tout péché; qu’il soit un exem-

« pic de bonté, d’équité, d'humanité, devant Dieu « et devant les hommes. » ,

Ces maximes ont été attribuées au plus ancien des moralistes, au sape Zoroastre.

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