‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 La morale appliquée à la politiqueChapitre 51 sur 318 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

De la liberté politique.

Sans le libre arbitre il n’y a ni crime ni vertu ; l'Évangile ne connaît de serfs que ceux de la justice.

Dans les actions de la vie civile, nul fait n’est répréhensible, si la volonté de son auteur a été contrainte.

Dans les relations des individus politiques, je veux dire des nations entre elles, un peuple faible est absous au tribunal de la morale universelle, même pour des hostilités injustes, s’il a été entraîné à la guerre par une puissance à laquelle il n’a pu résister.

Toute moralité cesse chez les nations qui ont perdu leur indépendance, comme chez les individus qui sont privés de la liberté.

Toute violence étant contraire à la morale, son auteur est coupable, n’importe le motif qui le fait agir et le rang qu’il occupe dans lechelle des distinctions sociales. La violence seule rend les peuples tributaires et les hommes esclaves.

Ou l’a dit avant Rousseau , avant Montesquieu ; on l’a répété depuis ces deux grands moralistes : Si un citoyen pouvait faire ce que les lois défendent ,

il n’y aurait plus de liberté. La conscience réprouve les actions injustes, et les lois, qui sont la conscience publique , doivent punir les actions criminelles. Mais la conscience d’aucun homme ne lui commande de faire ce que sa raison condamne, et l’autorité ne doit contraindre nul citoyen à faire ce que la loi ne prescrit pas. J’examinerai dans un autre chapitre ce que les lois peuvent défendre , et par conséquent tout ce quelles permettent.

La liberté est la plus forte des garanties sociales; un de ses plus grands avantages c’est que dans tous les pays qui en jouissent nulle injustice n’est possible, ou du moins ne peut rester secréte. Mille voix s’élèvent à-la-fois pour la dénoncer. Dans un payslibre , il n’y a pas de censeurs payés pour étouffer les cris des victimes, et protéger le mensonge contre la vérité.

Ce n’est que là, dit madame de Staël, qu’on sent le besoin de cette raison progressive qui fait atteindre chaque jour un but utile, et qu’on peut réunir le génie de l’action à celui de la pensée. Le gouvernement y donne l’impulsion aux vertus publiques, et les vertus privées la reçoivent des exemples donnés par les bons citoyens.

Le travail, père de la vertu et du bonheur, succède aux loisirs et au découragement lorsque les lois laissent aux hommes l’usage de toutes leurs facultés naturelles, et garantissent à chacun la paisible possession des fruits de son industrie. Les ter-

rains les plus ingrats se fertilisent sous les mains de la liberté; les caractères les plus’ rebelles s'y soumettent au joug des lois, et les mœurs privées les plus corrompues se purifient au foyer des mœurs publiques.

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