‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 La morale appliquée à la politiqueChapitre 68 sur 318 · DU GOUVERNEMENT RÉPUBLICAIN · texte numérisé non relu

DU GOUVERNEMENT RÉPUBLICAIN

dans ces gouvernements que toute action porte avec elle sa récompense par la publicité quelle reçoit, par la considération dont elle environne son auteur, par le plaisir si vif et si souvent renouvelé quelle lui donne de jouir, dans la rencontre de chaque citoyen, de la vue d'un homme dont il est le bienfaiteur.

Sous le despotisme, l’homme ne connaît que les jouissances matérielles; et le même sol peut toujours les lui procurer, quel que soit le maître qui commande. Mais le noble orgueil qu’excite dans une nation la renommée de ses législateurs, de ses philosophes, de ses guerriers, les chefs-d’œuvre de sa littérature et de ses arts, l’amour de ses institutions, la protection de ses lois, la douceur de ses mœurs, le souvenir de ses journées de péril et de gloire; tous ces sentiments généreux dont le patriotisme se compose, tous ces biens qui font la grandeur et la richesse de la patrie, un maître peut les ravir, mais nul maître ne peut les rendre.

La liberté a des charmes si grands qu’il n’est point d’assoupissement politique que ne réveillent les souvenirs de la Grèce et de Home ; point de nation chez laquelle la mémoire des oppresseurs du inonde ne soit flétrie et abhorrée ; point de tyran que ne fasse trembler l’ombre de Caton, des deux Hrutus,deCassius, deTimoléon, de Washington, et de Franklin.

ga DU GOUVERNEMENT RÉPUBLICAIN.

Montesquieu place le sanctuaire de l’honneur , de la réputation , et de la vertu , au sein des républiques et dans les pays où l’on peut prononcer le mot de patrie. Les écrivains politiques les plus amis de la liberté ne reconnaissent point chez les nations européennes, vieillies dans les préjugés, l’ignorance, et la servitude, assez de vertu pour supporter la démocratie ; ils les jugent plus propres à être gouvernées par le système aristocratique; mais dans ce système la liberté n’existe que pour un petit nombre; le reste est écrasé: c'est le despotisme aux cent têtes; et ce qui rendait le gouvernement de quelques états de l’Europe plus intolérable pour la masse des habitants que le despotisme oriental, c’est qu’il réunissait la tyrannie aristocratique à l’oppression du pouvoir absolu.

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