‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 La morale appliquée à la politiqueChapitre 70 sur 318 · DES MONARCHIES CONSTITUTIONNELLES. 9 S · texte numérisé non relu

DES MONARCHIES CONSTITUTIONNELLES. 9 S

nos mœurs et le degré de civilisation où nous sommes parvenus.

Par-tout où l’autorité du prince n’est point limitée par les lois, il est dans la nature des hommes et des choses que la bonté dégénère en faiblesse, la générosité en profusion, l’économie en avarice, la justice en cruauté : ainsi le seul gouvernement monarchique conforme à la morale est celui qui empêche les vertus du prince de se corrompre , qui donne un appui à sa faiblesse, des entraves à sa force, et le retient de toutes parts dans les limites de la justice; c’est le gouvernement dont le prince ne peut mal faire.

Tel est le gouvernement représentatif, la plus sublime et la plus utile découverte de l’esprit humain. En effet, quelle admirable conception d’une sage politique, qu'un ordre de choses qui garantit à-la-fois la puissance du monarque et la liberté des citoyens; qui rend inviolables la personne de celuilà et les droits de ceux-ci ; qui fait peser sur les seuls ministres la responsabilité des actes du gouvernement dont ils sont chargés de diriger l’action dans le cercle que la loi leur a invariablement tracé, et dont ils ne peuvent sortir sans s’exposer à sa vengeance !

Si l’avarice, l’ambition , le fanatisme, conspirent incessamment contre la vie du chef de l’état, ce ne peut être que dans les gouvernements où sa mort

y 4 DES MONARCHIES CONSTITUTIONNELLES, doit faire passer le pouvoir et les richesses des maius des favoris qui les possèdent aux mains des favoris qui veulent s’en saisir. Ce fut pour piller les trésors défendus par Sully qu'un fer sacrilège fut enfoncé dans le cœur de Henri IV ; mais si, à la mort de ce grand roi , les ministres eussent été comptables des deniers de l’éparguc; si le pouvoir eût été partagé entre le prince, les pairs, et le parlement, au lieu de tomber de tout son poids entre les mains d’une femme faible et superstitieuse, le crime devenait inutile, et tout porte à croire qu’il n’eût pas été commis.

Ferme et stable dans son administration, la France n’eût point vu sous le nom de Louis XIU le règne d'un ministre-cardinal , et la mort de ses rois n’eût jamais été pour elle qu’un sujet de deuil, et non de voeux impies et de joies condamnables.

Sous le gouvernement constitutionnel, l'avènement d’un prince nouveau ne saurait exciter ni légitimes craintes ni ambitieuses espérances; car ce qui existait la veille existera le lendemain; rien ne changera dans les lois fondamentales et dans l’ordre établi par ces lois; le trône , élevé sur d’immuables bases, continuera, quelque soit celui qui l'occupe, à dominer l’état sans l’écraser ; les peuples, en bénissant la mémoire du monarque qui vient d’en descendre, ont toujours à féliciter celui qui vient d’y monter d’être, comme son prédécesseur, tout puissant

UES MONARCIilES CONSTITUTIONNELLES. y5 pour faire le bien d’une nation entière, et dans l’heureuse impuissance de faire le mal d’un seul individu.

Tel est le gouvernement qu’appellent depuis trente ans tous les besoins, tous les vœux de la France, et sous lequel nous avons du moins la certitude que nos enfants auront le bonheur de vivre.

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