‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 La morale appliquée à la politiqueChapitre 79 sur 318 · UE LA MORALE MINISTÉRIELLE · texte numérisé non relu

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pareil théâtre, perdra le caractère d’impudence qu’il aurait eu dans un salon; c’est, je crois, ce qu’on appelle de la franchise et même du courage ministériel.

Le dépositaire infidèle, s’il ale malheur de n’êtro qu'un simple citoyen, est sévèrement puni par la loi commune : mais qu’il occupe un des premiers rangs dans la hiérarchie politique; qu’au lieu de quatre cents louis il s’agisse de quatre cents millions; l’importance du délit et du coupable ne permettra pas de les abandonner à la justice vulgaire; cet énorme abus de confiance sera traité avec tous les égards que l’on doit à la place de celui qui s’en sera rendu coupable, et les qualifications honteuses de vol, de malversation seront noblement remplacées par celles d’erreurs de calcul , de distraction financière.

Le ministre Walpole eut jadis l’inconcevable impudence de déclarer qu’il avait le tarif des consciences parlementaires; la Grande-Bretagne a reçu l’outrage sans en rougir, et les députés mercenaires ont continué à livrer leur vote au prix fixé par le tarif ministériel.

Un autre ministre du même pays(car de pareilles transactions ne pourraient se faire ailleurs) a ras- >emblé ses bataillons législatifs : «La plupart d’entre vous, a-t-il dit, ont des places ou veulent en avoir; «il peut entrer dans nos arrangements, à propos

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d’un procès célèbre, de ravir la liberté iudivi- « ducllc et la liberté de la pensée aux citoyens » qui vous ont élus; il peut nous prendre fantaisie « de priver les étrangers du droit d'asile : jusqu’ici » nous avons besoin de nous faire autoriser par un « bill dans des mesures aussi simples; nous eomp- « Ions sur vous pour nous livrer les libertés natio- ■i nales au prix de tel emploi, de telle augmentation « de traitement, de telle somme , dont quelques uns “ d’entre vous peuvent avoir besoin pour coinplé- « ter un cautionnement. »

Le marché fut conclu et souscrit par la majorité de ceux à qui S. Ex. l’avait proposé; mais quelques uns se sout souvenus de la patrie : vieillis dans les principes delà morale, daus la route de l'honneur, ils n’ont point voulu démentir leur vie entière ; et ou leur a dit, à la face d’un grand peuple: « Rcti- “ rez-vous des conseils du prince, quittez la toge du magistrat, sortez des rangs des guerriers, vous qui “ avez une conscience, et qui l’interrogez quand il '•s’agit de répondre à la voix de l’intérêt; vous «qui savez encore reculer et rougir!» La leçon, cette fois, n’obtint pas tout son effet, etla faible majorité des votes ministériels vint échouer contre la puissance de l’opinion.

Si l'on ne reconnaît pas que les états où les hommes du gouvernement avouent de pareils principes sont arrivés au dernier degré de corruption, il faut

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brûler tous les codes, déclarer que la justice et la morale sont des mots vides de sens, qu’une loi universelle ne régit pas l’univers ; il faut, en un root, briser à jamais cette grande chaîne d’équité qui pèse sur tous les enfants de la terre, et dont, suivant l'admirable image de Platon, le dernier anneau s’attache au trAne de l’Eternel.

De même que les animaux ruminants ont plusieurs estomacs, les hommes en place ont plusieurs consciences, .l’es connais qui en ont autant que d’emplois, ce qui fait beaucoup de consciences. Il résulte de ces consciences doubles, triples, quadruples, les contrastes les plus singuliers.

La conscience de l’homme privé n’admet point que celui qui ne fait rien ait droit à quelque chose; que les hommes laborieux soient tenus de vivre dans la gêne et dans le travail, pour que les fainéants vivent dans l’aisancc et dans l’oisiveté; elle convient que tout service rendu mérite récompense. La conscience de l’homme public a des régies presque entièrement opposées; pour elle, des blessures-, des infirmités provenant d’une longue suite de travaux guerriers, de campagnes sur terre ou sur mer, établissent non des droits à obtenir, mais des titres à solliciter une pension alimentaire, dont vous pouvez même être privé, si votre physionomie a le inalheurde déplaire à celui qui signe, qui vise, qui ordonnance, ou qui paie -votre traitement. Ces

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