DES MINISTRES HABILES
Avez-vous reçu de la nature un cœur de bronze, un caractère d’acier, un esprit souple qui se joue au milieu des intrigues, comme l’alcyon au milieu des orages; vous serez. Richelieu, vous serez Mazarin. Votre maître, esclave couronné, vous haïra, vous craindra; mais vous porterez le sceptre, et ne lui laisserez que la couronne. En doutez-vous? l’histoire est là pour encourager votre modestie par ses exemples.
Louis XIII détestait le cardinal, et faisait néanmoins frapper cette médaille où, d'un côté, l’on voit la figure du monarque, le front ceint de lauriers, et de l’autre l’effigie de R ichelieu avec cette légende : IVihil sine consilio (rien sans son conseiller).
Mazarin , tout à-la-fois haï et méprisé de la reine, lui écrivait une lettre qui commençait par ces mots: u II vous convient bien, madame, de supposer, etc. » Louis XIV garda vingt ans Louvois, qu’il ne pouvait souffrir; ctPitt arracha le portefeuille des mains de George III, qui le destinait à un autre, et qui avait pour lui une aversion connue.
A défaut d’audace , qui ne réussit d’ailleurs qu’avec le talent qui l’excuse, la flatterie suffit le plus souvent à un homme en place pour se conserver la faveur du maître, s’il a le courage de la pousser jusqu à la bassesse. Il faut qu’il puisse dire, comme un ministre du dix-huitième siècle, que je ne désignerai pas par respect pour un nom si noblement réha-