‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Mélanges. Tome 2Chapitre 2 sur 67 · SALON · texte numérisé non relu

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pre.'sion touchante où sc peint toute la solliciliidc de raniitié.

« Voilà ee brave Grillon qui sc sérail pendu , cette lois, si l’on avait triomphé sans lui ; toutes les femmes se montrent du doigt Montmorency Damvillc, que riufortunéc Marie Stuart trouvait si beau qu’elle désirait être veuve pour l’épouser; mais Je suis fâché de voir avec eux, et si près du roi, ce maréchal (le Retz, uu des conseillers de la Saint-Barthélemy , *

et qui fut chargé d’aller excuser auprès d’Élisaheth le crime le plus épouvantable dont le fanatisme religieux ait jamais souillé les annales d’une grande nation.

U Biron, que j’aperçois derrière eux, ne paraît prendre qu’un bien faible intérêt à ce grand événement, auquel il a si puissamment contribué; il y a quelqtie chose de funeste dans sa physionomie; aussi envieux qu’il est brave, on voit qu’il aurait voulu (pie rien ne fût fait que par lui.

U A la tête des échevins, s’avance le prévôt des marchands, le sage et courageux Luillier, qui prépara cette journée mémorable, et dont le dévouemeut ne fut souillé par aucune perfidie. Ifliistoirc, en le plaçant au nombre des bienfaiteurs des peuph;s, n’oubliera pas que ce titre semble être; bén'ditaire dans cette famille, et que si [Millier contribua si puissamtnciU, sous le meilleur des rois, à tei-ininer la guerre de la liijue religieuse, un de ses aïeux,

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SOUS le plus mauvais des princes, n’intervint pas ^ avec moins de courage et de bonheur dans les négociations qui terminèrent la guerre de la ligue du bien public.

« Tandis que le maréchal de Jlrissac, gouverneur de Paris, présente au roi les officiers municipaux, un mouvement tumultueux qui se manifeste à quelque distance paraît causer quelque inquiétude; mais • elle est bientôt dissipée à la vue du maréchal Matignon, dont le geste annonce qu’il vient de défaire un corps de lansquenets qui avait opposé quelque résistance du côté de la Bastille.

« .l’avais remarqué à l’entrée de la rue des Poulies un groupe assez nombreux de plumets rouges , parmi lesquels fermentait encore le vieu.v levain de la ligue: le brave Saint-Luc d'Epinay s’avance vers eux, et leur montrant le roi : Il vous fera tant de bien, leur dit-il, qu'il vous forcera de l'aimer malgré vous Tous l’écoutent; un seul ligueur, un seul, dont les traits sinistres sont restés gravés dans ma mémoire , s’éloigne en jetant sur le roi un regard féroce dont le souvenir me fait encore frissonner.

U Au même moment, et comme pour me distraire de la cruelle pensée que l’aspect de ce malheureux faisait naître dans mon ame , je vois passer auprès de moi mon neveu Nerct, appuyé sur ses deux fils: ils

• Ce mot est de Henri IV lui même.

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ont veillé tous trois cette nuit à la garde de la porte Neuve, et ce sont eux qui l’ont ouverte au roi. Comment ne seraient-ils pas fiers d’iine action qui transmettra leur nom à la postérité?

«Je cherchais le brillant duc de BcUegarde , je crus le reconnaître derrière M. de Siillj, au moment où il levait la visière de son casque en jetant les yeux sur un balcon où .se trouvait Gabrietle (Œstrées. Quelqu’un fit la remarque que le roi ne porta pas nue seule fois ses regards de ce cùté.

« Ce serait en vain qu’on essaierait de peindre cet enthousiasme universel, ce délire de joie dont la foule est saisie, et qui sc manifeste dans toutes les classes du peuple par des caractères si variés, par des élans si rapides, que la même scène se reproduit à chaque moment sous vingt formes différentes. Aucune crainte pour l’avenir ne se mêle à cette jouissance du bonheur présent; tous les Français connaissent le cœur d’Henri IV ; ce n’est point sa valeur plus qu’humaine, scs vertus héroïques, c’est sa bonté, sa franchise, son amour pour le peuple, et son respect pour les lois, qui le placent au-dessus de tous les monarques, ou plutôt qui en font un monarque à part ; le seul qui ait justifié sur le trône le titre qu’il prenait , de père de la grande fainUle.

U Qu’ont-ils ci craindre, ceux mêmes qui l’ont offensé, de celui dont on répète par-tout la maxime favorite : La sali:<farlion qu'on lire de la vengeance

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jie dure qu'un moment; celle qu on lire de la clémence

est éternelle.

n Cinq ans d’expérience nous ont déjà prouvé que l'entrée d’Henri IV à Paris avait été pour toute la France le signal de la réunion des partis, la garantie de la liberté publique, et le triomphe de la gloire nationale sur la faction de l’étranger, n

— Léonard interrompit sa lecture pour me demander ce que je pensais de ce fragment.

O .le pense, lui dis-je, qu’il y a là le sujet du plus magnififjuc tableau qu’on puisse offrir à des Français; il est fâcheux que l’exécution en soit impossible en peinture.

— Il est fait, reprit-il, et je viens de vous en lire le programme. »

.le n’étais pas homme à l’en croire sur parole ; nous nous rendîmes au Salon, et c’est en présence de ce chef-d’œuvre de M. Gérard, après avoir donné les premiers moments à l’admiration, qui ne s'exprime guère que par monosyllabes, que nous continuâmes un entretien dont nous avions le sujet sous les yeux.

— Le talent delà composition, me dit Léonard, n’a été, à toutes les époques, que le partage d’un très petit nombre d'artistes.

Pendant tout le temps de la décadence de notre école, la composition n’était autre chose qu’une disposition de groupes, plus on moins pittoresques, à

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rarraii{;eincnt desquels la pensée, la vérité et les convenances étaient impitoyablement sacrifiées.

A l’époque de la réfonnation de l’école, un de nos plus grands artistes sentit la nécessité de réunir an charme d’nne disposition pittoresque cette unité, cette vérité d’action et de moyens dont jusque-là on n’avait tenu aucun compte j inaliieureuscinent il ne parvint pas à en donner l’e-xemple , et ses tableaux, dignes, sous tous les autres rapports, des plus beaux temps de l’art, sont en général très faibles de composition: dès-lors son amour-propre, intéressé à décrier la partie de l’art à laquelle il ne pouvait atteindre, affecta de n’y voir que l’abus qu’en avaient fait les artistes du siècle de Louis XV^ M. Gérard jirofita fort habilement des leçons d’un si grand maître, sans adopter un principe dont il avait peut-être reconnu la source. Il ne crut pas impossible d'allier l’arrangement jiittoresqiie et la vérité de l’expression: ses premiers essais ont été des preuves.

S’il était impossible de présenter un sujet plus beau, plus national que ce\vü àe\ Entrée d' Henri ! y à Paris, il était difficile d’en choisir un plus vaste et plus compliqué: dans la foule des scènes épisodiques qui accompagnèrent ce mémorable évènement, et qui toutes se retraçaient à l’imagination du savant artiste, il n’a dû s’emparer que de celles qui pouvaient concourir directement à son but, de

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rcprésontcr le triomphe paisible du magnanime Henri au milieu d’un peuple affamé de le voir.

Il n'y avait qu’un homme aussi habile dans la composition, qui pût (en conservant l’unité d’action, plus indispensable dans ce tableau que dans tout autre) y placer tous ces détails dont chacun attache en particulier, et semble pourtant n’attirer l’attention que pour la ramener au sujet principal, où se concentre l’intérêt.

M. Gérard a pris son point de vue sur le quai de l’Kcole, entre le Pont-Neuf et la rue des Poulies, où les anciens plans de Paris indiquent une tour qui ne subsiste plus; au fond du tableau vous voyez la parle iXciive...

— J’aurais bien quelque chicane à faire sur l’emplacement de cette porte, qui n’était point située, comme le dit la notice, à la hauteur du second guichet de la galerie du Louvre; mais cela ne vaut pas la peine de vous interrompre.

— Henri IV, entouré des principaux officiers de son armée, reçoit les clefs de Paris , que lui présentent les magistrats de la ville: tel est le foyer de l’action , dont les nombreux accessoires s’échappent comme autant de rayons, sans se détacher du centre où ils se réunissent. Le groupe des magistrats est de la plus heureuse composition ; voyez avec quel art l’œil est conduit par la disposition des lignes, et la gradation naturelle de la lumière, vers

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le prévôt des marchands, qui présente les clefs dans un bassin d'or.

Toutes les têtes des divers personnages qui entourent le monarque sont admirables d’expression , de grandeur et de variété.

— Ne pensez-vous pas que Montmorency, qui regarde en souriant le maréchal de Brissac, est occupé en ce moment de l'idée que la ligue a fort bien fait de le choisir pour gouverneur quelques mois auparavant? Ces têtes ont toutes un caractère historique : on reconnaît l’austère Sully, le brave Grillon, le beau Montmorency, le galant Bellegarde, et l’infortuné Biron. Je n’aime pas plus que vous à voir en aussi bonne compagnie ce maréchal de Retz, qui n'était d’ailleurs qu’un assez pauvre général.

— Quel charme dans les épisodes ! un guerrier embrasse un bourgeois; c’est le jour de la réconciliation.

Un père presse entre ses bras ses deux fils, qu’il a peut-être retrouvés dans le parti qu’il combattait ; événement trop commun dans les guerres civiles !

— C’est une idée noble et touchante que celle de ce vieillard qui semble adresser au ciel les paroles de Siméon ; >< Ordonne de ton serviteur, il peut mourir, il a vu la gloire et le bonheur de sa patrie. »

— .le saurais presque aussi mauvais gré à l’auteur

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«l'avoir oublié (ùihrielle que Sully: les vertus il'Hcnri IV sont sublimes, mais ses faiblesses sont si aimables! .le n’en veux rien perdre, pas même l’idée de scs défauts.

— Hemarqiiez, je vous |)ric, comme un sentiment exquis des convenances, que la tête de cet odieux ligueur, si peu sensible aux exhortations de Saint-I.uc, n’a pas du tout le type de la figure frau- <;aise. .le pourrais trouver dans cette observation le sujet d’un pins digne éloge ; mais le bien doit quelquefois se louer comme il se fait, avec mystère.

li’étoniiaute variété qu’on remarque dans les nombreuses figures de ce tableau est due en grande partie au talent de M. Gérard pour peindre le portrait. Les peintres d’iiistoire qui se sont moins exercés dans ce genre se laissent entraîner à une sorte de prédilection pour certaines formes; ici tout est vrai, tout est varié, tout est beau: les airs de tête sont autant de combinaisons diverses de traits choisis et étudiés .sur la nature.

Une des choses qui caractérisent particulièrement le talent de ce chef actuel de l’école française, c’est de dessiner beaucoup mieux les figures drapées que ceux de .ses rivaux qui se .sont fait la réputation de grands dessinateurs, et cela sans affecter le nu, sans vouloir à tonte force indiquer des détails anatomiques que le vêtement dérobe, .l’ajouterai qu’il entend mieux que personne l’art d’oppo.scr les coti-

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