‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Mélanges. Tome 2Chapitre 22 sur 67 · PAR P. J. REDOUTÉ · texte numérisé non relu

PAR P. J. REDOUTÉ

Rose, à la feuille délicate,

Qui , d’un (%lat si lumineux ,

Au milieu d’un trône épineux ,

Étales ta pourpre incarnate;

Bien que la fraîcheur de ton teint.

Par le même astre qui l’a peint.

En peu d’heures te soit ravie.

Bénis l’auteur de ton destin.

Qui fait, à la plus longue vie.

De U plus belle fleur envier le matin.

Racan.

Les poêles ont fondé, dans l'opinion, les seules monarchies héréditaires que le temps ait respectées. Le lion est toujours le roi des animaux ; l’aigle, le monarque des airs , et la rose, la reine des fleurs. Les droits des deux premiers, établis sur la force, et maintenus par elle, avaient en eux-mêmes la raison suffisante de leur durée ; la souveraineté de la rose, moins violemment reconnue et plus librement consentie, a quelque chose de plus flatteur pour le

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trône, et de plus honorable pour ses fondateurs. .Sans abuser de ces métaphores, on peut, je crois, en déduire une vérité importante, c’est que les ^ idées de beauté, de grâce, de goût sont aussi positives que celles de force et de grandeur, et que les principes et les droits des uns sont aussi prescrip»tibles que ceux des autres. Dans l’ordre physique, comme dans l’ordre moral, dans la nature, comme dans les arts, il n’y a pas plus de beauté que de force de convention: en tout temps, en tout lieu, on ne dispute sur le beau qu’en son absence. Les Caffres, les Hottentots peuvent soutenir qu’un nez épaté,

(les lèvres épaisses, une peau noire, et des cheveux crépus sont les caractères distinctifs de la beauté dans un climat qui n’en produit pas d’autres; mais supposez ces memes nègres maîtres de choisir entre toutes les femmes de la terre, vous verrez si tous ceux qui .sont assez jeunes pour se soustraire à la force de l'habitude et du préjugé ne donneront pas la préférence à la Vénus athénienne sur la Vénus hottentote.

Pai'-tout où la rose a pu s’acclimater, elle a reçu les mêmes hommages; par-tout elle est devenue l'emblème de la grâce, de la pudeur, et de la volupté; tel est le charme attaché à cette fleur, que son nom même, dans presque toutes les langues, a quelque chose de flatteur pour l’oreille. C’était

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peu de la consacrer aux autels des dieux ; la riante imagination'des Grecs a voulu lui créer une origine céleste. Flore l’avait fait naître blanche pour en parer Vénus au moment où elle sortit des eaux; mais la déesse s’étant piquée à son épine, une goutte de son sang tomba sur la (leur, et la teignit de cet incarnat divin dont elle brille maintenant à nos yeux. Les Indiens la font éclore d’un sourire de Dourg/ia (déesse de la volupté); les musulmans, moins gracieux dans leurs allégories, de la sueur du saint prophète.

Les anciens associaient la rose à leurs plaisirs et à leurs douleurs: symbole de la mollesse,' dans les festins, ils en couronnaient leur tête; ils en parfumaient leurs lits et leurs tables: image d’une vie passagère, ils l’effeuillaient sur les tombeaux: ce dernier devoir auquel les parents s’engageaient, en aceeptant un héritage, était à-la-fois un hommage pieux qu’on rendait aux morts, et une haute leçon de morale que l'on donnait aux vivants.

Le culte de la rose, plus profane chez les modernes, n’en est pas moins universel , et tous les arts se sont empressés de l’étendre. La culture a profité du don de mutabilité dont cette (leur est douée à un degré prodigieux pour en multiplier les espèces, et pour la produire sous mille formes variées, sous mille couleurs diverses. La rose a en ses poètes , ses

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historiens et depuis long-temps on attendait un ouvrage diconographic qui lui fût spécialement consacré. A quel autre convenait-il mieux qu’à M. Redouté, qu'au peintre à qui nous devons l'admirable collection des liliacées, d’élever à la rose un monument semblable ?

Je ne répéterai pas ici ce que l’auteur de l’ouvrage que j’annonce a fort clairement exposé dans un avantq)ropos, écrit avec autant d’élégance que de précision, sur les avantages de l’iconographie appliquée à la botanique en général, et aux roses en particulier; sur l’imperfection des trois seuls ouvrages iconographiques qui aient eu pour objet spécial de faire connaître le rosier et ses variétés nombreuses ; je n'essaierai pas même de donner une idée du plan que l’auteur a suivi, où l’on trouverait, après tant de succès obtenus et mérités, les preuves surabondantes des soins qu’il a donnés à ce travail, des difficultés qu’il a eues à vaincre, et du • * talent avec lequel il les a surmontées. Je me bornerai à indiquer, dans ses propres termes, le but qu’il s’est proposé en publiant ses Roses.

« Offrir au botaniste le moyen d’étudier, après la saison des roses, les espèces et les variétés les plus remarquables de ces fleurs , même les roses étran-

> Rhodolagit de Roscmbcrç; Essai sur les Roses du président d'Orbossan.

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([ères au climat qu’il habite, et contribuer ainsi peutêtre à résoudre le problème de la possibilité d'établir une méthode de classification des nombreux individus de ce genre;

« Donner à l’amateur des moyens de correspondre avec les pépiniéristes et de s’entendre avec eux sur les roses nouvelles, dont il voudra enrichir sa collection ;

« Fournir au peintre décorateur et au manufacturier des modèles gracieux soit pour l’embellissement de nus habitations, soit pom* l’ornement d’objets d’art de toute nature ;

U Enfin présenter aux connaisseurs des tableaux neufs et dignes du sujet : »

Telle est la tâche que M. Redouté s’est prescrite, et qu’il a remplie au-delà même des espérances que son nom a dû faire concevoir, si l’on doit juger de l’ensemble par les deux premières livraisons de son ouvrage, qui viennent d’être publiées. Le peintre y rivalise avec son modèle, de vérité, d’éclat, et d’élégance, et n’abandonne à la nature que les avantages appréciables par d’autres sens que par la vue. Annoncer une Iconographie des Roses, par M. Redouté, gravée par les premiers artistes de la capitale, et dont la partie typographique a été confiée aux presses de M. Firmin Didot, c’est donner à une pareille entreprise toutes les garanties du plus brillant succès.

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