SCULPTURE
lia salle d’exposition des morceaux de sculpture est fort riche, du moins par le nombre d(!s ouvrages, lequel s’élève à plus de cent soixante. Il e.st vrai que dans ce nombre figurent quatre-vingt-dix bu.stes, y compris une tête de cheval qui n’est ni la moins belle, ni la moins ressemblante.
J’ai été moins content du buste de M. le comte Decazes. Ce front, naturellement modeste et gra-
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cicux, pst trop profondément empreint de soncis ministériels. On dirait que le ciseau, d'ailleurs très habile, de M. Bosio veut dégoûter les aspirants au ministère : peine et talent perdus! T^es inconvénients du pouvoir ne font peur qu'aux hommes qui seraient dignes d'y arriver.
.le me .suis déjà récrié contre cette vanité contagieuse qui eucomhrc de portraits les salles d'exposition. Quel plaisir tant d'hommes et de femmes , que je crois d’ailleurs fort estimables, trouvent-ils doue à mettre le public dans la confidence des torts qu’ils ont à reprocher à la nature, et à s’offrir en butte aux épigrammes que la malignité ne leur épargne pas! Ce n’est certainement pas la faute de mesdames L...., B..., d’A..., si la nature s’est amusée à modeler leurs traits d’une manière si bouffonne; à amonceler sur la poitrine de celle-ci des appas déplacés; à cncai.s.ser la tête de celle-là entre ses deux épaules, où elle semble attachée par les oreilles: mais ce sont là de petits malheurs domestiques qu’il faut supporter en famille, et sur le.squels il est au moins inutile d’appeler l’attention injurieuse des .spectateurs indifférents.
« Ulysse ( dit Homère), piqué des railleries dEun ryale , saisit un disque très pesant , et , sans quitter U son manteau , le lanee d’un bras vigoureux : la U pierre tombe au loin avec un bruit grondant et « terrible. «
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M. Petilot, dans la statue (T Ulysse, a donné au roi d'Ubaqucdes formes herculéennes; mais pourquoi n'avoir mis dans sa main qu’un de ces palets plats et lé{;ers,quc tout habitué des Champs-Elysées nepcut manquer de prendre pour un rouleau du jeu de Siam? Homère dit bien qu’lJiyssc ne quitta pas son iiiauteau, mais il ne dit pas qu'il le ramassa sur son épaule {jauche, de manière à l’empêchcr de fixer son but ( pour parler le français de la notice ).
liO pied gauche de la statue pourrait être mieux attaché à la jambe , laquelle pourrait être dessinée avec plus de soin : je ne connais que Socrate , dans la (irccc, qui eut un nez aussi court que TUlyssc de M. Petitot : rien de moins héroïque en peinture qu’un nez camard.
M. Deseine est un statuaire d’une prodigieuse fécondité; il a fourni une vingtaine de morceaux à cette exposition; il est vrai que la plupart sont des bustes; mais, par une fatalité fâcheuse, il n’y a guère que la figure du Crime de vraiment belle dans cette nombreuse collection: quant à l'Accablemeiil et à la Douleur (autres figures allégoriques destinées au même monument ) , il est difficile de rien imaginer déplus lourd et de plus commun.
Quelle est cette jolie nymphe prête à se coucher sur la draperie souple et légère qu’elle étend de la main droite?Que ces formes sont délicates! que ces traits sont fins et gracieux ! le feu de ses regards est
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amorti par une douce ivresse; on ne peut s’y méprendre, c’est celle de l'amour; la couronne de pampre dont la tête de la nymphe est ornée ne trompera personne. Cette charmante statue ue porte point de numéro; mais, si j’en juge par l'analogie du ciseau, elle doit être de M. Marin, l'auteur de la statue de Tourville.
La pose de cette dernière figure est belle; les pieds sont exécutés avec soin, et les habits aussi bien ajustés que de tels vêtements le permettent à la sculpture; mais la physionomie de ce célèbre amiral manque de cette expression ferme et vigoureuse qui doit animer les traits d’un héros.
Cette déJicatesse de traits qui me semble un défaut dans les personnages héroïques, je la retrouve encore dans [ Èpaminondas de M. Bridan , où j’admire d’ailleui's un style pur, élégant, et une pensée phil osophique. Èpaminondas, le corps traversé par un javelot, doit éprouver de vives douleurs : la contraction des muscles du front , des jambes, et des cuisses, indique cet état violent; mais, réprimées parla force morale, parla puissance d’une grande ame, les angoisses du corps ne dégénèrent pas en convulsions; on voit que la mort d’Èpaminondas est la dernière action d’une vie héroïque.
L’c.xprcssion de la tête du héros théhain serait parfaite si l’on y voyait quelque chose de la joie que doit lui causer la victoire de Mantinée qu’il
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vient (l’apprendre, puisqu’il va retirer le fer qui ari’(}tc seul dans ses veines le sang et la vie.
Me Vüiei eu face du modèle en plâtre d’un basrelief pour la fontaine de la Bastille : la cliinir<iie est représentée par le centaure Cliiwn. Les centaures n’ont point de prétentions à la beauté; mais cbe/. eux la laideur n’est pas chose obligée, comme chez les satyres; pourquoi donc mademoiselle Julie Carpentier a-t-elle fait le précepteur d’Achille si gros, si court, si laid? Pourquoi a-t-elle chargé ces deux princes malades d’un embonpoint pâteux qui enveloppe les muscles et laisse à peine deviner la place des os? Ln examinant le jeune homme vu de face et en costume de baigneur.
Enfant non pas des plus petits,
Mais ('arçon de quinze ans, si j^ai bonne mémoire,
on s’aperçoit que la pudeur a guidé le ciseau de mademoiselle Carpentier, et qu’elle a marchandé les proportions.
Lesartistes grecs ne composaient leurs groupes que de deux ou tout au plus de trois figures. Le groupe désigné sous le nom de Taureau Farnèse est la seule exception que je connaisse. M. Gois, avec plus d’audace ou plus de patience, a exposé le modèle en plâtre d’une Descente de croix composé de six figures. On a dit qu’il fallait se sentir une grande puissance de talent pour concevoir et sur-tout pour
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exécuter un pareil ouvrage. Je vois bien que le nombre des figures augmente le travail, mais je ne pense pas qu’il ajoute à la difficulté de l’exécution , dans une composition qui n’a d’ailleurs rien d’original. L’expression de la Vierge est juste, mais la figure est lourde, et ce n’est pas sous ces traits que je me représente la mère de douleurs: toutes les têtes m’ont paru d’un caractère commun ; il y a certainement un effort anticipé dans la pose de l’homme qui saisit les jambes du Christ, mais qui ne le porte pas encore. M. Gois a été beaucoup plus heureux dans les draperies, généralement bien jetées, d’un dessin large et de bon style. «
La nymphe endormie dans une conque fait, à mon avis , beaueoup plus d’honneur au beau talent du même artiste que .sa triste Descente de croix : c’est une idée riante dont l’exécution est infiniment gracieuse.
M. Galdelari a exposé, il y a deux ans, unAndroclès qui lui fit beaucoup d’honneur: cette année il a
fait Son Androclès lui fit beaucoup d’honneur il
y a deux ans.
La Galatée de M. Lemoine a obtenu d’illustres suffrages : les formes de cette statue sont élégantes , mais la pose en est un peu maniérée.
Il y a bien de l’esprit dans l’air de tête du joli Faune de M. Foyatier; le corps est bien posé, bien
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dessiné; pourquoi les mains sont-elles moins jeunes que le reste?
Quel odieux personnage que cet Aristodéme, meurtrier de sa fille ! Monti a fait de cette action atroce, ou plutôt des remords dont elle est suivie, le sujet d'une tragédie célébré parmi les Italiens , mais dans laquelle le talent de l'auteur n'a pu voiler l’horreur du sujet. M. Bra m'a paru bien plus heureux ; son Aristodéme au tombeau de sa fdle est un admirable début qui promet à la P'rance un grand statuaire.
La Pandore, et sur-tout le Narcisse Ae M. Cortot, sont deux ouvrages charmants où l’on trouve unies la grâce au bon goût, la pureté du style à l’élégance des formes. Un peu de vague dans la figure de Pandore, dont il serait difficile de deviner la pensée, si elle ne tenait en main la boîte fatale ; peut-être un peu de roideur dans la jambe gauche de la même statue, sont des taches qui n'obscurcissent pas les nombreuses beautés de ces deux ouvrages.
Il n’y a ni moins de talent ni moins de grâce dans les deux statues exposées par M. Lemire: celle de l'Innocence, commandée par M. Decazes, est un modèle de naïveté.
La Minerve de M. Cartelier est un ouvrage du style le plus élevé. Elle annonce l’artiste qui médite devant son marbre avant d’y porter le ciseau. Bien
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peiisre, bien posée, bien drapée, cette Minerve suffirait pour placer M. Gartelier au rang de nos premiers sculpteurs, si, par ses ouvrages antérieurs, ce rang ne lui était pas dès long-temps acquis.
C’est dans ce même style, peut-être avec un génie plus fier et d’une inaii»]>lus ferme, que M. Espercieux a taillé son Diomède enlevant te palladium , et son Phitocléle en proie à ses douleurs. Ce sont bien des héros, et des héros grecs qu’enfante son docte ciseau.
M. Dupaty se montre l’émule de MM. Espercieux et Cartelier. Sa Vénus se dévoilant à Paris est un ouvrage tirs remarquable sous le rapport de la pureté du dessin; mais je craindrai d’autant moins de dire à ce sujet ma pensée tout entière, que M. Dupaty n’a encore exposé que le modèle eu plâtre de cette statue. La Vénus qui se dévoile aux yeux de Paris n’est pas la Vénus Geiiitrix de Lucrèce, dont M. Dupaty nous a déjà offert un si beau modèle; c’est la Vénus d’Âmatbonte, la déesse de la volupté que doit nous retracer son ciseau : peutêtre alors une beauté moins sévère, des formes plus sveltes, des contoui-s plus moelleux, plus d’abandon dans l’attitude, plus de finesse et de coquetterie dans le regard, conviendraient-ils mieux à la rivale heureuse de Pallas et de Junon: ces deux déesses n’avaient que de la beauté; Vénus avait de la grâce et des charmes, Paris lui donna la pomme.
Digili.: cd bv Googf
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