‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Mélanges. Tome 2Chapitre 24 sur 67 · DE LA BAIIRIÉRE DE CLICHY · texte numérisé non relu

DE LA BAIIRIÉRE DE CLICHY

Ah ! ti U pairie eût pa être Miivce , elle IVAt été par ce« bras hcroiquet.

( Vino . , Étuiidr, liv. 11. )

Ma pensée franchit en un moment vingt-deux années. Du champ de Jemmapes, je passe au siège de Paris. Vainement un abîme de gloire et de désastres sépare les deux époques; mon c.sprit les rapproche. Malgré tant de trophées portes au loin par laigle française, tant de chants de victoire, tant de cercueils ouverts, tant de plaines immortalisées en Europe , en Asie , en Afrique , en Amérique ; tant de trônes abattus ou fondés ; je comble cet espace immense de quelques années devenues des siècles, je me place .sous les murs de Paris, je me soumets à la pensée de l’artiste, et je réunis notre dernière palme civique aux premiers rameaux cueillis par la liberté dans les champs de la Flandre.

Mais c’est avec douleur, je l’avoue, que je porte mes regards sur l’ouvrage du peintre! Voilà Paris. Vingt rois sc sont donné rendez-vous sous ses murs I

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Ils y sont arrivés; la fortune et la trahison leur en ont ouvert le chemin.

A ces tristes souvenirs, mon cœur se serre. .le crains que le talent de l’artiste ne parvienne pas à me distraire des pensées affligeantes qui me saisissent.

Aidé de quelques gardes nationaux et de cinq ou six grenadiers de la garde impériale, le brave et spirituel Emmanuel Dupaty , capitaine de chasseurs de la garde nationale, ramène, dans l'intérieur des barrières, une pièce de canon abandonnée. Assez près de lui, plus sur la droite et sur le devant, Charlet, peintre original, qui réunit dans sa manière quelque chose de Téniers et de Sterne, amorce son fusil, et s’entretient avec d’autres gardes nationaux des moyens de défense les plus efficaces. Sur un plan beaucoup plus rapproché du spectateur, et vers le centre du tableau, le maréchal Moncey, à cheval, donne des ordres à M. Odiol, qui commandait alors la douzième légion. Des gardes nationaux de différents grades sont diversement groupés autour d’eux. Un poêlier, nommé Marijariti, soldat à .Icminapes, et couvert de blessures, est un des personnages qui se trouvent le plus en évidence. On reconnaît M. Berlin, ancien militaire; M. Jlex. La Borde; M. Casléra, qui reçut la croix à Austerlitz; et le savant interprète de l’emporeur en Égypte, Àmédée Jaubert, qui depuis a

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visité les contrées natales du despotisme, et qui a publié des voyages, si intéressants et si précieux pour rinstruction des Persans d’Europe.

Auprès du jeune et intrépide capitaine Amable Girardiu, un autre Jeune homme pîde se tient à peine sur son cheval. Il chancellerait, il tomberait à terre, s'il ne s'était fait attacher par de forts liens sur la selle qui le porte. C’est le colonel Monccy, fils du maréchal.

Voilà toute la scène. Au-delà des barrières, on aperçoit, au milieu delà fumée et de la poudre, le cabaret du père Latbuille, de cet aubergiste, fameux parmi nos soldats, qui leur ouvrit ses caves, avant l’entrée de l'ennemi, en leur disant: « Buvez, xines amis, buvez gratis; ne laissez pas aux cosa- » ques une seule bouteille de mon vin. »

Ici, comme dans la bataille de Jemmapes, on n'a point à admirer l'ingénieux arrangement d'une grande machine. L'espace est étroit : nul accident pittoresque ; une redoutable uniformité dans les costumes; point d’action; peu de variété, d'expres- ,sion et de poses.

Artistes, qui appréciez toute la force de ces obstacles , allez dans l’atelier d’Horace admirer comment il a su les vaincre; comment il a su varier les effets de la lumière sur le même uniforme ; comment il est parvenu à reproduire le caractère moitié civil , moitié militaire de ces braves gardes nationaux; par

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SALON ÜHOHAGE VERNET.

(|uel art il a si bien diversifié les expressions et les attitudes, que le charme des contrastes s’est répandu sur une composition en apparence monotone, et rpic l’écueil du sujet a disparu entièrement.

Dans le tableau précédent, il s’afjissait déconcentrer en un point, et comme en un foyer unique, l’intérêt divergent d’une foule d’actions isolées. Ici, le peintre avait à diversifier, à force de talent et d’adresse, plusieurs expressions et plusieurs circonstances semblables.

Deux épisodes touchants l’ont aidé à triompher de la difficulté du sujet. Sur le devant, à droite, appuyés contre une palissade intérieure, on voit deux jeunes pupilles de la garde; ils sont blessés; l’un, frappé d’un coup moins dangereux, soutient l’autre. Que ces pauvres enfants m’intéressent! celui-ci a la tête enveloppée d’un bandeau sanglant ; celui-là supporte avec la main gauche son bras droit, fracassé par une balle, et dont l’artiste a rendu la fracture avec une effrayante vérité.

Tout-à-fait surlc devant, une jeune femme , assise sur une malle, donne le sein à son nouveau-né. Âutour d’elle sont épars les ustensiles du ménage; la chèvre domestique est attachée à la malle. Des matelas et des couvertures annoncent qu’une famille, accoutumée à quelque aisance, est venue se réfugier sous les murs de Paris, où elle est sans asile. La femme jettedes regards inquiets vers la barrière.

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Ou n’cn saurait douter, son mari l'a quittée pour aller se battre; elle l’attend, elle tremble; il reviendra peut-être...

Par ces deux épisodes, le peintre philosophe a voulu caractériser la défense désespérée de notre capitale, confiée au bour^yeois paisible et à la première enfance! Sur l'extrême gauche du tableau, cette risible figure , d’un si beau dessin et d’une si heureuse attitude, est celle d’im lancier polonais du ry', qui vient d’être démonté par des conscrits malhabiles ; le premier coup de canon, tiré par eux, a tué son cheval. Il est couvert de boue et de poussière; et je me trompe bien, s’il ne raconte pas, avec une terrible énergie d’expression, son aventure à ses camarades qui l’entourent.

L’effet piquant, la vérité, la vie de ce tableau, seront appréciés de tout le monde. Les artistes en loueront l'exécution finie , la belle composition , la naïveté, le coloris. Rendons hommage à cette généreuse pensée de l’artiste , qui n’a pas exclusivement consacré son talent aux premiers et brillants essais de notre audace et de notre gloire, et qui a voulu immortaliser aussi le dernier et noble effort d’un courage malheureux et trahi.

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SALOfi UliOHACE VEIINEÏ.

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