‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Mélanges. Tome 2Chapitre 31 sur 67 · LE SOLDAT LABOUREUR · texte numérisé non relu

LE SOLDAT LABOUREUR

ScUicrt et tempus ifniVl, (futim,Jinibus ilUs , Àijrkoln. hu-urvo ttrram molitus nmtro,

Exrfa inueniet scaira rubitjine piUt,

Aut tjraxnbus rtxstris ijalens puLfahit inanes, Omniliivfue e^bstis mirahitur ossa sepuUris.

ViRc.ar:, Ceory.

Un jour le laBmimir, dans ces munies siUotts, Où doroicnl les débris de tant de hataïUnns, Heurtant avec le soc leur aiiiiqiie dc|K>iiille, Trouvera sous ses pas des dards rongés de rouille ; Entendra retentir les casques des héros,

El d’un iril afflige cautemplera leurs os.

ÜEt.lLLR.

Jetez maintenant les yeux sur ce guerrier cultivateur, qui, après le travail du jour, poussant au hasard l’instrument du labourage, heurte et fait rouler sur le sol le casque rouillé d’un soldat français. De douloiireu.scs réflexions s’emparent de son aine; on sent que le temps n’est pas éloigné où il faisait un autre usage de son énergie. La charrue s’éloigne, et le soldat, seul avec lui-rnêuie, les regards arrêtés sur ces débris, ne résiste plus au pouvoir de son imagination.

Que SC passe-t-il dans cette ame généreuse, dans

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SALON ü’hORACE VERNET. 307

ce cœur affermi contre tous les dangers, que les malheurs même de la patrie n’ont pu abattre, et qu’une seule idée de gloire fait encore palpiter? Vous le voyez, une tristesse calme, répandue sur ses traits, vous annonce que sa pensée est absente; ce casque vide et brisé l’a entraîné vers d’autres lieux, vers d’autres souvenirs. Elle erre sans doute sur le dernier champ de bataille où il s’est distim gué par ses exploits, où il s’est montré digne de la ^ plus chère récompense, du signe sacré de l’honneur. Dans le silence qui rciivironnc, il ciitciid les chants belliqueux qui annoncent les périls, et qui cette fois n’annonçaient pas la victoire.

Les scènes dont il fut témoin se retracent à son imagination. C’est là que le premier élan des Français étonna et repoussa l’ennemi ; que les bataillons de l’étranger furent enfoncés et rompus; c’est là que leurs redoutes meurtrières suspendirent l’attaque; c’est là que la trahison vint à leur secours, et qu’après des prodiges de valeur, une nouvelle armée ennemie nous arracha la victoire. Ce guerrier, dont l’expression est si touchante, ne vous dit-il pas ; C’est là que j’ai combattu , là que j’ai versé mon sang pour mou pays?

Oui, x'ousle reconnaissez; c’est le même guerrier que vous venez de voir à Waterloo, assis sur la terre fraîchement remuée qui recouvre les restes mutilés de ses compagnons d’armes.

Il est de retour sous le cliauuie de ses pères, ce {[ucrrier dout les mains pieuses ont creusé le tombeau des braves. Il cultive le modeste héritage qui assure son iudépendanee. Au déclin du jour, il pense profondément à ses succès, à ses revers, mais du moins il trouvera sa famille; une compagne chérie versera dans sa coupe un vin géucreu.v; il embrassera sa mère, il caressera son jeune enfant, et le sourire reviendra sur ses lèvres.

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