‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Mélanges. Tome 2Chapitre 32 sur 67 · LES DEUX TABLEAUX · texte numérisé non relu

LES DEUX TABLEAUX

Ce qu’il y a de plus merveilleux dans le génie du peintre, c’est la faculté d’exprimer les sentiments qui agitent l’ame; de nous faire lire dans le cœur de ses personnages, de nous faire partager ces émotions intérieures qui n’ont point le caractère frappant des passions ardentes, et ne se manifestent an dehors que par le calme douloureux des pensées mélancoliques. C’est le triomphe du pinceau, c’est le secret de l’artiste qui vient de nous offrir le Soldat de JFalerloo et le Soldai laboureur.

Ces deux tableaux sont un véritable poème en deux chants, dont le titre pourrait être la f 'iedu soldai citoyen. Le dévouement à la patrie, la blessure du brave, les larmes versées sur les dépouilles mortelles des héros expirés, le regret d’une gloire tout-à-coup obscurcie, cette j)ieuse el noble vénéra-

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lion pour les insi{jnes delà victoire; voilà les pensées philosophiques et touchantes qui ont inspiré le premier de ces tableaux. Le respect pour les lois, non moins héroïque que la bravoure sur le champ de bataille, les travaux de la paix succédant aux travaux des camps, la force des souveuirs dans une anic énergique et dans un esprit ferme cl noble, quoique peu cultivé: telles sont les hautes et simples idées que renferme le second tableau.

Honneur à l'artiste dont le talent a découvert de si nobles sources d’inspiration ! Il n’a dédaigné ni la bure du laboureur, ni riiniformo poudreux du grenadier. Il nous a fait verser des larmes sur les regrets, les blessures, et les souvenirs du défenseur de la patrie. Il a laissé à d’autres les séduisantes fictions de la Grèce, les scènes de volupté ou d’héroïsme des autres peuples. Il a éveillé les plus puissantes émotions de nos cœurs: il a consacré notre grandeur dans nos triomphes, dans nos d<ésastres et dans nos malheurs. La recHtiinaissance et l'admiration publique sont sa récompense.

Mtusr.ES, T. ti.

HEAUX-AU TS.

LA HEDOITE DE KAlilU NN.

il rftt (irs aciioui d'autant plu» grandes, que te motif en est plu» singulier.

VoLTAiBR, Chartcj XII.

FjC colonel de Cliambure est un des officiers vivants de rancienne année ([ui a versé le plus de sauj; au service de son pays. Il reçut sa première • l)les.sure dans la canipa{;ne de Prusse et de Pologne. Au siège de Saragosse, il eut les cuisses traversées de. deux halles. Il fut blessé de nouveau à Ocana; près de Moron , il reçut nue balle dans le corps. Dans une sortie de Ciudad-Rodrigo, il eut l’épaule droite fraca.ssée au coniiucncement de l’action. Au dernier siège de Danlzick , il s’exposa <à tous les dangers, à mille fatigues, et ses ble.s.sures .se rouvrirent. Il a été long-temps en exil , sous le poids d’une sentence de mort • il est aujourd’hui sans emploi !

Inaction fpie le peintre a représentée s’est passéipendant le .siè{^ de Dantzick.

Dans la nuit du i fi au 17 novembre 181.I, l’ennemi bombardait Dantzick avec fureur, line bombe tomba sur la caserne et pénétra dans la chambre où dormait le capitaine Pelletier de Chambure ,

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coniiiiaiulant d’une eoni|)a{;uie franelie que l’eniienii lui-même avait surnommée l'iiifaiialc. T,e projectile éclata près du lit de l’intrépide capitaine quil éveilla brusquement, comme on peut croire. Non moins impassible que Charles XH, dans une circonstance à-peii-prés semblable, Cbambiire .se lève et écrit au prince de Wurtemberf; le billet suivant :

« Prince, vos bondtes ont troublé mon soniincil; “ j’ai résolu de faire une sortie avec mes br;ives pour “ encloncr vos mortiers : l'e.xpérience vous proii- “ vera qu’il est toujours danjjereux d’éveiller le lion “ qui dort.

“Minuit, ifi novembre i8i,l, un quart d’heure “ avant ma .sortie, n

Auguste de CiiAMnuRE.

Sd lettre écrite, il ras.semble sa compagnie, lui en donne lecture et déclare qu’il est résolu d’aller déposer lui-même sa missive dans un des mortiers d’où est partie la bombe qui l’a éveillé : Pi omoitczmoi de me suivre, continua-t-il , nous prendrons la redoute; je vous réponds du succès, 'l’ous en firent le set ment, et il sortit avec eu.x pour laccomplir.

Ce capitaine Cliambure se dirigea sur la redoute de Kabrunu, en longeant l’allée de Caiig-Furli. Le ciel était obscur, et le vent venait du côté de l'ennemi; circonstances qui favorisoient singulièrement les apiuoches de la redoute.

IlEAUX-AItTS.

[ja ci)ni|)a{;nic infernale est parvenue au pied de la redoute; Cliambure a traiielii la première palissade ; scs soldats le suivent et se précipitent sur rcuiiemi avec une impétuosité qui ne lui permet pas de se reconnaître; les Husses s’enlïiient dans les secondes liques et dans la redoute où les nùtres entrent avec eux : une centaine d'hommes sont tués sur la place; un plus {;rand nombre est blessé, le reste se sauve à la faveur de la nuit.

i,i: TA 11 lÆ Ai:.

C'est au milieu de ce carnafjc , éclairé par un j'rand feu allumé à (jaticlic, au milieu de la redoute, (|ue le capitaine dépose sa lettre dans le mortier, après avoir étendu à ses pieds, d’un coup de poi- {jnard, un officier rus.se qui se précipitait sur lui : un autre soldat ennemi avance son fusil sur la poitrine de Cliambure ; un des siens , nommé Paul , passe sa baïonnette à travers le corps du soldat russe, et .sauve ainsi la vie à son capitaine.

Cette scène terrible, qui a besoin detre vraie pour paraitre vraisemblable, n’est pas représentée avec moins d’énergie , avec moins de chaleur qu’elle n’a été exécutée dans la redoute de Kabrunn : le sang-froid d’un courage surnatuel est personnifiésous les traits ressemblants du chef de cette compagnie de héros ; les cinq figures dont le tableau se

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compose concourent et suffisent à 1 intérêt de l’action ; le soldat qui encloiie le mortier ou le capitaine Cliambure dépose sa lettre, est jeté vivant sur la toile.

Un philosophe grec niait le mouvement. Un autre répondait en marchant devant lui. Quelques personnes nient le mouvement en peinture. M. Vernet pourrait se contenter de leur montrer ce tableau pour toute réponse: tout y est mouvement, tout y est action commencée et non finie. La main de Chamhnre est levée pour placer la lettre dans l’obus ; celle du grenadier l’est aussi pour cnclouer la pièce. La baïonnette du volontaire français va percer une .seconde fois le Ilu.sse qui chancelle et ne tombe pas encore. Lnfin, dans l’obscurité générale du tableau, un trait de feu qui sillonne le ciel ne peut être qu’une bombe, qui décrit sa parabole et est encore suspendue dans l’espace.

Il K A rx- Airrs.

DÉFEÎSSE D’Hl NINGUE.

AIM>Aim:\ ANT A M. DK MAKI G N Y.

Uylrtidinius ifuiiutifS ùbi pttlrift Mn>5 irpty^

\urnt.

Noua aroiu moitiré <|UcU hoimiir^ la (latrir avait CD rékcTve» pour défrudrc »ou Irrriioirr rt »4 liberté.

TaciTt-

Le {{cnéral Harijaiiéjjre cominaiuluit clans IIuiiinjjiie, lorscjne les allit*s occupaient une seconde Fois Paris. Il obéit à son devoir, tpii lui faisait une loi de conserver au {jouveriiemeut français, cjuel qu’il fût , la place qu’il avait reçu l’ordre de défendre. Il recela les propositions de l’archiduc .lean , qui le pressait d’accéder à une capitulation. UieutcYt la ville d’I luniiijjue lut investie par une armée nombreuse, et se vit exposée au feu de cpiatre-vingt-dix on cent jciéces d’artillerie de siège. Ij'arcbiduc Ferdinand vint joiudrc sou frère, et le bombardement d’Huningiic fut ordonné. La défense fut aussi vive que l’attaque; long-temps les efforts de l'ennemi furent inutiles ; mais enfin il fallut céder à la fortune et accepter une honorable capitulation.

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L’arthée ennemie, ayant à sa tête deux arciiidues, est rangée en bataille pour voir défiler cotte garnison qui s'est couverte de gloire. Quel spectacle! deux pelotons de canonniers, un peloton de soldats de ligne et cinq gendarmes, guidés par le général Barbanégrc, sortent de la place, tambour battant', et passent devant la ligue ennemie qui ne peut retenir sa surprise et sou admiration.

Le général Barbanégre est aujourd’liui sans emploi!

l-L TABLK.Vr.

IjC premier bataillon de la Ilautc-Saéiie lait une sortie. On voit, à gauche, scs premiers rangs, et sur le devant du tableau deux officiers, dont run re- (;oit de l’autre le coininandement militaire. I.,eurs attitudes sont admirables de vérité. Ce premier plan occupe une liauteur. F /œil descend et s’enf once dans la vallée qu’elle domine. I^à, on aperçoit une tour à mâcbicoulis, que nos braves viennent d’emporter, et où leurs bataillons entrent au milieu des coups de fusil et de la fumée. A droite, un monument funéraire frappe les regards. C’est celui d’un guerrier mort pour la France. Abatncci repose sous cette terre que défend Barbanégre et qu’arrose le sang des défenseurs d’Fluningue. Noble souvenir! noble tombeau ! Fête sépulcrale , digne des mânes d'un liéros mort pour la patrie !

i!i; aux-ari s.

La couleur de cc tableau est très reiiiaii|uable. •laniais M. Horace Vernet ii’a saisi avec plus de vérité la pose et la physionomie du soldat en campagne. La perspective est profonde; les détails du fond se dessinent nettement, sans choquer la vraisemblance ni détruire l’idée de l’éloignement où ils se tro.uveut. Ou recounait ici, mais dans un plus petit cadre et dans une espèce de calme qui convient à la défense d’une place forte, le beau talent (|ui a tracé la bataille de .lemmapes.

SALON d’hOHACIl VEHNKT.

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