‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Mélanges. Tome 2Chapitre 45 sur 67 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Produits chimiques. — Tanneries. — Pois vernis. — Papiers peints. — Lits pour le service des malades et autres inveutions philanthropiques de M. Uaujori.

Il est singulier que la seience la plus obscure , la plus inutile , la plus compliquée dans son origine, que la chimie ait fini par donner les résultats les plus utiles et les plus précieux. Confondue avec la magie, elle domina long-temps les esprits crédules, envoya plus d’un charlatan au bûcher, se mêla aux folies médicales de Paracelse, aux rêveries mystiques de Van-Helmont, et ne donna quelques fruits utiles à l’humanité, que vers la fin du xvii' siècle. Boyle et de Sthal préparèrent alors la grande révolution qui s'est opérée dans la doctrine chimique; et Lavoisier, Fourcroy, Ghaptal, Bertbollet, et Darcct, en l’accomplissant, influèrent prodigieusement sur les destinées de l’industrie humaine.

Ce n’est qu’en 1765 que l’on a découvert la propriété de la sciure de chêne pour tanner les cuirs. Cette invention anglaise est passée en France, où elle vient d’être perfectionnée.

INIiUSTIllK.

Je fais une pause au haut du grand escalier, eu présence du fils d’Oilée; cet impie Ajax, qui fait tant d'honneur à l’imagination d'Homère et au ciseau de Dupaty.

Les murs de la première chambre, où j'entre par le grand escalier, sont décorés des papiers peints de M. Dufour ; j'ai vu des gens s’y méprendre, et se croire au salon d’exposition; peut-être au dernier salon se seront-ils crus dans la salle des papiers peints.

^Ou ne saurait trop louer, trop encourager les efforts qui tendent à affranchir notre industrie: sous ce rapport, M. IVerner mérite des éloges et des récompenses; mais je ne puis lui offrir (jue les premiers pour l’heureux emploi qu’il a su faire des hois indigènes, dans la construction des meubles qu'il a exposés dans cette salle: sous ses habiles mains le frêne, le merisier, le sapin même, se colorent, se veinent, se nuancent, et acquièrent le brillant de l’acajou.

Les Anglais avaient fait plusieurs essais du même genre, qui avaient été couronnés d’un médiocre succès; les Allemands avaient été plus heureux'; félicitons M. Werner de nous avoir enrichis d’une branche d’industrie étrangère.

* Voyez Beckmanriy Traiisaclions de la société rovnle de Colftnfjue; Bepertory nf fltrfj, 1791, etc.

Mllakoe^, t. II.

INDUSTRIE

Uu char triomphal attire les regards; j’en détourne les miens: maintenant cui bono?

On ne peut faire cette question en examinant les utiles inventions de M. Daujon, mécanicien. Ce lit, qui permet à un malade de conserver la même attitude sans nuire an service que son état exige; toutes ces précautions habilement calculées pour lui épargner les secousses , les mouvements douloureux ; eet autre lit monté sur un ressort, au moyen duquel on peut transporter les malades à de grandes distances; ces brancards doux, légers, et peu disp|pdieux , propres au même usage, ces chaises longues, destinées aux mystères de Lucine, et cette échelle à incendie dont l’heureux secours a déjà été éprouvé, recommandent M. Daujon à l’estime de tous les amis de l’humanité: puisse l’auteur de ces inventions philanthropiques obtenir les encouragements que méritent ses travaux !

Oui, M. Daujon, votre lit mécanique propre au service des malades me semble plus noble cent fois que le lit d’ivoire et de citronnier où Lucullus reposait sa mollesse; que ces beaux lits à la duchesse où les PompadouretlcsDubarry recevaient leurs visites du matin ; j’ose même dire (au risque du jeu de mots), que ces lits de justice, si brillants, si magnifiques, où tant de choses injustes furent enregistrées, devant lesquels la magistrature agenouillée attendait l’ordre du monarque pour se relever et s’asseoir.

NDUSTRIE.

Il est vrai de dire que les Anglais connaissent depuis assez long-temps une machine semblable au lit mécanique de M. üaujon, et dont on peut trouver le modèle dans \' Encydojtédie domestique , imprimée à Londres en 1802. Il est également vrai (]ue pendant long- temps un luxe frivole et des mœurs inbumaines dans leur légèreté ont accompagné en France la domination de l’arbitraire, et que l'on songeait d’autant moins aux malades, que l’on songeait davantage à ses plaisirs et au soin de paraitre à la cour.

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