‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Mélanges. Tome 2Chapitre 46 sur 67 · CHAPITRE Vl · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vl

Fabriques de laines. — Si-conde salle.

Si quelque chose peut ajouter à l’amour des vrais Français pour leur patrie (nous avons vu un temps oùce mot deFrançais n’avait pas besoin d’épithete); si quelque chose peut donner une idée de la puissance industrielle de notre pays, de l’immensité de ses ressources, du génie de ses habitants, c’est, sans aucun doute, le spectacle que nous avons eu récemment sous les yeux.

Une révolution terrible, et sans exemple dans riiistoire des peuples, a bouleversé jusque dans scs

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fondements un ordre de choses qui , depuis un siècle, ne SC soutenait plus que par sa masse; une {juerre de trente ans a moissonne dans leur fleur, et enseveli sous des lauriers, des {jénérations entières; une seule nation, pendant ce laps de temps, s’est emparée violemment du commerce du monde , et nous a fermé, pendant dix ans, l’Océan qui nous entoure. Les peuples de l’Europe, impatients d’un joujj que leurs maîtres portaient en silence, se sont soulevés contre nous; la force, aidée des éléments et de la trahison, a rompu la digue de fer que la valeur française opposait à l'irruption européenne: la France s’est vue envahie; son territoire a été réduit; ses places ont été désarmées; les vainqueurs ne se sont pas «ontentés de se partager son trésor : il a fallu, pour assouvir leur avidité, doubler les imr p6ts, re(v3urir à des emprunts, enlever au riche son superflu, priver le pauvre du nécessaire, et, pour obtenir que nos dignes alliés repassassent le Rhin et la Manche, il a fallu leur faire un pont d’or, qu’ils ont emporté avec eux.

Trois ans se sont à peine écoulés depuis que les étrangers ont abandonné à leurs auxiliaires le soin d’achever la France: on veut savoir ce qui lui reste de vie, et l’ordonnance du 1 3 janvier 1819 annonce l’exposition publique des produits de l'industrie française: les plus confiants n’espèrent y trouver

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INDUSTRIE

que les débri.s d’uu grand naiifVage. Par un prodige dont la raison a peine à se rendre compte, toutes les richesses de rindiistric hi plus active, tous les perfectionnements des arts consacrés au commerce, toutes les preuves d’une incontestable supériorité dans presque tous les genres, sont étalés à leurs yeux.

On pourrait se souvenir que c'est à Louis XIV, c’est-à-dire à Colbert, que la France fut redevable du grand développement que prirent chez elle les fabriques de laines, si l’on ne se rappelait en même temps la fatale révocation de l’édit de Nantes, qui détruisit en un jour le succès de vingt années. Eu 1C69, on comptait dans le royaume quarantequatre mille métiers en laine; en 1710, il n’en restait plus que dix-huit mille; l’Allemagne, l’Angleterre, et sur-tout la Belgique, s’étaient enrichies de nos pertes; c’est de cette époque que datent les progrès de ce genre d’industrie dans les Pays-Bas. Jusque-là les Belges s’étaient bornés à la culture de leurs troupeaux; et telle était depuis long-temps pour eux cette source de richesses, qu'un de leurs princes , Philippe-le-Bou, avait institué l’ordre de la Toisond Or, pour en consacrer l’origine : les ingrats qui le portent aujourd’hui ne savent pas que c’est au commerce qu’ils le doivent, et probablement ne me sauront aucun gré de le leur apprendre.

INÜtSriUE.

Les progrès étonnants qu’a faits , depuis ({uclqnes années, cette maîtresse branche de l’industrie, sont dns à l’emploi des' machines et au perfectionnement des laines par l’introduction des races mérinos. I/importation des chèvres du Thibet ne tardera pas à la porter an plus liaut degré de perfection, et la France n’oubliera pas l’auteur de ce dernier bienfait. .l’ai nommé >1. Ternaux.

La victoire, légalisée par les traités les plus saints, les plus autlientif|ue.s, nous avait rendus possesscui-s ties chcfs-d’teuvre des arts. Des vainqueurs moins scrupuleux nous eu ont violemment dépouillés : mais, dans leur triomphe sans gloire, ils ne nous ont enlevé que de l’or et du marbre; ils n’ont point tari la fécondité' de*notre sol; ils n’ont point éteint le courage de nos vétérans, l’activité, le génie de nos artistes, l’industrie, le patriotisme de nos fabricants. C’est en vain que les auxiliaires qu’ils ont laissés au milieu de nous, après avoir abreuvé de dégoûts nos guerriers, cherchent aujourd’hui à flétrir le commerce et l’industrie, ^urcc d’une autre gloire; ils subiront encore le spectacle de ce paisible triomphe, et s’en vengeront à leur manière, en dénonçant à l’Europe notre séditieuse prospérité.

Quelques troupeaux de mérinos, voilà ce qui reste de leurs conquêtes aux triomphateurs de la Corogne, de Marengo, d’u Helder, d’Austerlitz,

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d’Iéna, de Friedland : mais ces faibles germes, l'industrie française les a fécondés; ils sont désormais impérissables.

Dans son cours majestueu.x, le grand fleuve de la civilisation recouvre peu à peu , de ses ondes réparatrices, le terrain envahi par les gothiques préjugés du vieux temps. L’ignorance n’est plus l’attribut indispensable de la noblesse : presque tous nos gentilshommes Savent lire; il en est même quelques uns qui savent écrire; mais la plupart de ceux-là se trompent quand ils croient ne pas déroger.

Parmi les échantillons de laine mérinos, ou a remarqué ceux qui proviennent des troupeaux de M. de Polignac, et l’on a vu avec plaisir le nom de M. le maréchal Betuvionvi//e inscrit sur le chef d’une pièce de très beau drap de Louviers, fabriquée avec la laine de ses troupeaux.

On peut suivre dans cette salle la marche entière de la fabrication ; j’ai remarqué les échantillons de la filature hydraulique de M. Dobo.

M. Dobo est un mécanicien non moins désintéressé qu’habile; il a trouvé un procédé d’encliquetage, sans bruit, sans recul, applicable à l’horlogerie et à toutes sortes de mécaniques; il, l’expose et l’explique à tous ceux qui se présentent; il ne demande d’autre prix de sa découverte <jue de la répandre.

IM)i;STlUE.

Ce Dcst point un des traits les moins honorables du caractère de l’artiste français, que ce désir généreux de faire participer les autres au bien qu’il découvre. Nos voisins cachent leurs procédés; nous étalons les nôtres; aussi tout le inonde profite-t-il du bienfait, excepté le bienfaiteur; son nom même est le plus souvent ignoré, et on le comparerait volontiers (avec Bacon) à ces cadrans solaires placés sur la muraille extérieure d’un édificé, qui montrent l’heure à tout le monde, excepté au propriétaire enfermé daus le logis.

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