‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Mélanges. Tome 2Chapitre 48 sur 67 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Fabri(|ucs de coton.

Toutes les sciences ont leurs axiomes. Ceux de la science du commerce me semblent parfaitement • exposés dans ime excellente Adresse de la société de Plùladelpliie pour l’encouragement de f industrie na-

lionale, dont les auteurs réfutent avec autant de raison que de talent cette maxime fondamentale du système d’Adam Smith , sur la richesse des nations :

• Si un pays étranger peut vous fournir un objet de commerce à meilleur marché que vous ne pouvez le fabriquer vous-mêmes, acbetez-le de l'étranger, et ne le fabriquez pas. »

La réfutationde ce précepte destructeur de toute industrie n’est que le développement des propositions suivantes:

1 ° L’industrie est la base la plus solide de la force, du bonheur, et de l'indépendance des nations, et, sous toutes les formes, elle réclame la protection des gouvernements;

2 ° Jamais, sans cette protection de l’industrie domestique, une nation ne peut atteindre le degré de prospérité dont elle est susceptible;

.3“ Les nations, comme les individus, marchent à leur ruine quand leurs dépenses excédent leurs revenus ;

4“ Il n’y a point, à cet égard, de maux politiques auxquels une sage législation ne puisse porter remède ;

5° Les intérêts de l’agriculture, des manufactures, et du commerce, sont liés si étroitement, qu’on ne peut blesser les uns sans nuire aux autres ;

6° Toute mesure administrative doit tendi’e à favoriser le développement de l’industrie nationale;

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■j" li'iudustric et le commerce traversent quelquefois des états soumis au despotisme; ils ne se fixent que dans les pays libres.

C’est pour avoir ignoré ’ces principes, ou par l’impossibilité de les mettre en pratique dans une iiionarcbie fondée sur les absurdes privilèges de la noblesse, que la France, avec tous les éléments de prospérité qu’elle renferme, est restée pendant tant de siècles tributaire des nations commerciales de l'Europe , pour ces mêmes produits industriels qu’elle étale aujourd’hui avec un si juste orgueil.

L’industrie qui s’exerce sur le coton est celle où nos succès ont été en même temps les plus retardés et les plus rapides; un aperçu statistique de son état actuel suffira pour donner une idée de son importance, et du poids qu’elle met dans la balance de notre commerce.

Nos manufactures emploient annuellement environ quarante-deux millions de livres pesant de coton, le.squelles évaluées en laine brute au prix commun de i fr. 5o c. la livre font une somme de soixante-trois millions.

Ces mêmes cotons, cardés, filés, employés pour mèches, couvertures de lit, bonneterie, tissus de toutes espèces, pour habillement et meubles, mousselines et toiles peintes, donnent à la vente un produit d’environ quatre cents millions.

On peut évaluer que chaque livre de coton en

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laine, qui revient à i fr. Soc. , produit, après avoir été filée, tissée, blanchie ou teinte, pour les objets de la consommation la plus courante , de 8 à i o fr. la livre pesant; en toile peinte, de i4 à i6 fr.; en mousselines unies, rayées, brochées, en coton à coudre et à broder, de aS à 4o fr.

On ne peut estimer à moins de sept cent mille individus de tout sexe et de tout âge le nombre de ceux que cette seule industrie occupe, et parmi lesquels le tiers se compose de femmes ou d'enfants qui n’ont pas atteint leur seizième année : on commence même à les employer dès l’âge de sept ou huit ans.

Les capitaux qu’elle emploie en immeubles, mécaniques, mobilier, en approvisionnements, en objets manufacturés de toute espèce, s’élèvent à un milliard.

Non seulement les produits en coton de nos manufactures nationales suppléent à ceux que nous tirions jadis de l’Lide, du Levant, de la Saxe, de la Suisse, et de l’Angleterre; mais après avoir alimenté la consommation intérieure, ils donnent un e.xcédant déjà considérable qui s’exporte à l’étranger.

Je crois rester au-dessous de la vérité en portant à trois cent cinquante millions par an la valeur des bénéfices et de la main d’œuvre que cette industrie produit à la France; je ne parle ni de l’appui quelle prête à l’agriculture et aux autres branches de com-

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nierce, ni des ressources quelle offre au trésor public.

Ce n’est point dans les caprices de la mode, mais dans la nature même du coton, qu'il faut chercher la cause du prodigieux emploi qu’on en fait dans les quatre parties du monde. I>a facilité avec laquelle cette matière première se prête à la main d'œuvre, sa souplesse i son extensibilité, sa solidité, l’avantage inappréciable d’être à l’abri des ravages de toute espèce d'insectes, l’économie qu’elle présente au consommateur, en ont étendu l’usagt aux besoins de tous les peuples; la filature à la mécanique, et l’invention des machines propres à régulariser le tissage et à perfectionner le blaiichînicnt, ont eu pour résultat d’assurer à l’industrie européenne cette supériorité que l’Inde a conservée si long-temps, et dont l’Angleterre, toujours habile à profiter, par l’application, des découvertes des autres peuples, s’est réservé pendant plusieurs années tons les avantages.

MM. Oberkampf, de Jouy; Kœchlin, de Mulbausen; Gros-Davillicr-Roman , et Odier, etc., deWais- .serüng, se partagent l’honneur d’avoir introduit, inventé, ou perfectionné, les machines à l’emploi desquelles rindustrie*coIonmere est redevable des immenses progrès qu’elle a faits.

La filature de MM. DavilUer Lombard, à Gisors, tient le premier rang parmi les établissements de ce

^NDLSTIUE.

[jenre; elle fournil au commerce et au tissa{»e des fils d’une qualité supérieure, depuis le n° i 5 jusqu’au n° 200. On sait qu’au-dessus de ce dc{jré de finesse (crut trente mille aunes à la livre), le fil de coton n’est plus qu’un objet de curiosité ou de fantaisie , sans une grande importance dans la consommation générale. *

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