CHAPITRE IX
Toile* peinte*. — MM. Kœcblin, de Mulhausen; Oberkaropf, dt Jouy ; Davillier, de Waisaerling.
On a tant fait de biographies des hommes célèbres , n’en pourrait-on pas faire une des hommes utiles? Ne lirait-on pas avec autant d’intérêt des notices sur la vie des citoyens qui ont enrichi leur pays; qui ont augmenté les jouissances en le fécondant par leur industrie, que ces recueils où figurent, par ordre alphabétique , tant de noms qu’il faudrait oublier , et tant d'autres dont la célébrité malheureuse a coûté si cher àlcurstontemporains?
Parmi beaucoup de noms qui trouveraient place dans ce nobiliaire commercial, celui de M. Kœchlin ,
Diuli!.
INDUSTRIE. 367
de Miiliiausen , se trouverait un des premiers inscrits.
Samuel Koechlin , aïeul des dix frères ou beauxfrères as.sociés , dont se compose aujourd'hui cette maison de commerce, fonda à Mulhausen la première fabrique de toiles de coton peintes, dont il fit venir les ouvriers de Hambourg; ce fut sous sa direction que feu M. Orberltampf, qui occupe un nom si honorable dans les annales de l'industrie française, puûsa les principes d'un art qu'il introduisit en France
En 1802, à la faveur du mouvement imprimé à cette époque à tous les genres d'industrie , les petits-fils du précédent recréèrent leur établissement de famille, où ils importèrent les perfectionnements et les mécaniques propres à ajouter aux progrès que l'art avait déjà faits en France par les soins de MM. Oberkampf , de Jouy , et Gros-Davitlier, de Waisserling. Ces mécaniques sont aujourd'hui communes à presque toutes les grandes manufactures, à l’exception de la machine à poser ’ et des métiers à tisser ( mis en mouvement par un seul moteur), qui, je crois, ne sont encore employés que dans cette dernière fabrique
' Mulliausco ne fut réunie à la France qu'en 1798. ’ Mécanique pour préparer la cliaine.
INDL’STIUE.
Les établissements industriels de MM. Kœchtin emploient de trois à quatre mille ouvriers, et .sc composent d’une manufacture de toiles peintes et d'une Slature de cotonàMulhauscn; d'une autre filature à Mas -Vaux, où sont établis les métiers qui fournissent les toiles de.stinces à l'impression.
Depuis son établissement, cette maison n’a été étrangère à aucune des améliorations , à aucune des créations , qui ont amené les progrès e.xtraordinaires de ce genre d’industrie. On doit à l’un de ses associés une découverte qui fait époque dans l’art des impressions sur toile; en iSio, M. Daniel Kocchlin a trouvé le moyen d’appliquer sur toile de cofon le rouge d Andrinople , que l’on n'avait pu ju,sque-là fixer que sur le coton en fil ; on lui doit aussi le secret de Yenlevage, c’est-à-dire d’imprimer sur les toiles rouges, à l'aide de procédés chimiques, les couleurs qu’on nomme d' entuminage, et de composer ainsi les dessins les plus riches et les plus variés.
L’impression sur les toiles est d’une invention toute moderne , et n’a fait que des progrès assez lents. En 1769, un nommé Stoucrad fit annoncer qu’il avait découvert le secret de peindre des camaïeux sur toiles, et de les orner de fleurs d’or ou d’argent.
Les Suisses et les Anglais perfectionnèrent ensuite cette industrie, depuis si long-temps connue et pra-
Digitiz.-:
tiqucc aux Indes. Peu à peu on U-ouva le secret de tranclier,de nuancer les couleurs; tantôt imprimées , tantôt piiiceaiilées, tantôt appliquées sur des {jravures en bois, tantôt sur des tailles-douces, elles parviui'cnt insensiblement à un certain dc{jré d'clé- {jance et de solidité; et une source nouvelle de riebesseset de jouissances s'ouvrit pour la France. La jeune l’ennne ne dédaigna plus de sc vêtir avec cette même toile qui avait couvert les fauteuils de sa graud'nièrc , et tapissé les galeries de ses aïeux.
Ce n’e.st pas seulement comme fabricants, c’est aussi comme citoyens que MM. Kœclilin ont un droit particulier à I n.-time des Français. Occupés exclusivement de leur industrie, aucun des membres de cette nombreuse famille ne s’était voué au métier des armes; mais au moment où le territoire français fut menacé par les armées étrangères, on les vit, ne consultant que leur patriotisme, au risque presque certain de compromettre la sûreté de leurs établissements , accourir dans les rangs de notre armée, offrir leurs bras et leur fortune pour la défense de la patrie, et ce n’est qu'après que la France a été rendue à la paix , et que nos guerriers ont eu déposé leurs armes, qu’ils sont rentrés dans leurs foy»;rs , pour y reprendre paisiblement le cours de leurs travaux industriels.
Toute l’Furope connaît les produits de la manu-
Mkl.imhs, r ti. ^4
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facture de Jouy; et le nom de son fondateur, M. Oberkampf , est un de ceux qui se recommandent à plus de titres à l'eslime et à la reconnaissance nationales. F.jjalemcnt distin[;uc par la noblesse de son caractère, par la bonté de son ame , par la justesse de son esprit, et le succès de ses entreprises , sa mémoire restera eu vénération dans la patrie qu’il avait adoptée , et à laquelle il a ouvert une nouvelle source de riebesses.
M. Oberkampf fonda au villa{;e de Jouy, près de Versailles, en 1759, la première manufacture de toiles peintes que la France ait possédée, et la seule en Europe qui se soit constamment interdit à l’impression toutes autres couleurs que celles que l’on désigne sous le nom de bon teint.
< )n peut suivre, dans cette fabrique, tous les degrés de perfectionnement par lesquels l’art de l’impression sur toile a passé, dans l’espace d’un denii-sièclc , depuis le pinceautage jusqu’au procédé du wuleau, que M. Oberkampf employa le premier en France.
[<es consommateurs sont, en tout pays, les meilleurs juges des produits de l’industrie à leur usage: ce sont eux qui ont fait la réputation et qui soutiennent la vogue prodigieuse des toiles peintes de la manufacture de MM. Gros- Davillier de Wasserling, la .seule en France qui réunisse, dans le même lieu et sous la même direction, la filature.
le tissajjc, le blaiicliiment, et l'impre.ssiou. La supériorité de ses produits, reconnue sur tous les iiiarchés de rKuropc et des colonies, se fonde sur la beauté des couleurs, le {'oût des dessins, et eu inêine temps sur la finesse et rexccllenie qualité des tissus.
Cette |>erfection est due à la réunion des artistes et des artisans les plus distingués, à rintelligcncc et à la persévérante activité des clicfs qui diri{;cut ce précieux établissement , où plus de cinq mille ouvriers de tout âjje et de tout sc.xe sont continucllcnient employés.
l’our acliever de faire connaître nos richesses manufacturières dans le département du Ilaiit-Ithin, où l’on ne compte pas moins de quarante fabriques de toiles peintes, dont la plupart auraient droit à une mention particulière, je ne puis passer sous silence les produits renommés de la manufacture de MM. Ilofcr, de Mulhauscn; cette maison rivali.se avec celles que j’ai déjà citées, pour les impressions eu rouj'c d’Andrinople; et ses sclials fond oraiijje et fond carmélite (genre d'imprc.ssion a|)pelé lapis) lui assignent un des premiers rangs dans ce genre d'industrie.
.le dois encore citer avec MM. Ifaussiiiaiin frèi’cs, <lc Colmar, qui ont appliqué la lithograi)hic à l’impression , MM. Uarlmann de Munster , MM. Sclilwn hrrjer, MM. l)olfus-Mic(f , MM. Illech-Frics, de
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Mulhauscn, MM. Bovel-Robcrt dcThann, MM. Zurc/ier de Ccrnay , qui ont une part si honorable à la réputation industrielle que s’est acquise cette riche et patriotique Alsace, à laquelle aucun fjenrc de {;loire n’est étranger.