L’ILE MAURICE
Une colonie française florissait encore dans les mers de l’Inde : au sein de ses rochci's , dont la seule industrie avait fait la paisible conquête , s’élevait une popidatiou fière, brave, laborieuse, digne en tout du pays dont elle tirait son origine. Les hommes s’y distinguaient par le courage dans les périls, par la constance dans les travaux ; et les femmes , par cette grâce, cette beauté natives, dont nulle part la nature ne s’est montrée aussi prodigue. Cette colonie était L’ILE DE FRANCE. Quelle autre mérita mieux de porter le nom de la mère patrie !
Oubliée de la métropole aux jours terribles de la révolution , elle ne cessa pas de lui rester fidèle ; loin de mendier les secoui-s de l’étranger, ou d’accepter sa perfide assistance, elle sut non seulement suffire à sa propre défense , mais encore faire sortir de son port les seuls bâtiments armés qui maintinssent alors l’honneur du pavillon français sur des mers où, dix ans plutôt, l’illustre Suffren les avait promenés victorieux. Ceux qui ont écrit l’histoire de cette mémo-
IM)USTIUi:.
rabic campajjne niaj’itinie de 1782 n’ont pas assez dit que c’est à cette foule de jeunes créoles des îles de France et de Bourbon , si prompts à se rendre volontairement à l’appel du célèbre amiral, que celui-ci fut en partie redevable du succès tic ses plus brillantes entreprises.
Toujours soumis aux lois de la métropole, mais (îti anjjers à ses erreurs , les colous de l’Ile-de-France, en embrassant la cause de la liberté , parvinrent à ,sc garantir de la contagion de l'anarchie.
Lor.squ’cn 1795 des commissaires civils, embarqués sur la flotte destinée à aller prendre station dans les mers de l’Inde , sous le commandement du contre-amiral Sercey, menaçaient rile-de-Francc de ce typhus politique auquel avait déjà succombé Saint-Domingue, on vit avec admiration les hal)itants de la première de ces colonies , après avoir soumis i\ une espèce de quarantaine les vai.sscaux qu’ils en croyaient infestes , se rallier aux autres pour conserver à la France .sa dernière colonie, que menaçait une flotte anglaise. A cette époque, le lieiitenaut-eoloncl d’artillerie, aujourd’liui général, Villaret-dc-Joycuse, fut député par la colonie et par le général Malartic , pour plaider sa cause auprès du directoire et du conseil des cinq-cents.
Rassurés sur les intentions du gouvernement , les babitanti de l’Ile-de-Fraiice se hâtèrent de rétablir
MhL^NClLS , r. II. □<)
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leurs relafinns, nii moment interrompues, avec la mère |)atric , de rouvrir le port Louis à ses vaisseaux , de reeonnaître son autorité, de recevoir scs a^jents.
Par nu arrêté du i i pluvidsc an 1 1, le gouvernement frnm;ais régla que les colonies des îles de France et de lîourbon seraient régies p;ir un capitaine-général , un préfet colonial , et un commissaire de justice. Cet ordre de choses existait, et le lieutenant-général Decaen était gouverneur des deux colonies, lorsque, vers la fin de rannéc 1809, la compagnie des Indes anglaises forma le projet de s’emparer de rilc-dc-Francc.
Depuis long-temps cette île était l’objet de la haine et de la jalousie des marchands de Londres. L’expé-dilion qtii , dans le siècle dernier, fit la conquête de Rladi •as, rune des présidences anglaises à la côte de Coromandel , était partie de l’Ile-de-F’rauce. C’est de son port que sortirent les frégates et les corsaires qui, dans la dernière guerre, firent tant et de si riches captures sur le commerce anglais, dans le golfe de Ileugale, dans le détroit de la Sonde, et dans la mer Houge. •
line plus haute considération porta legonvcrneinent de la Craude-Bretagne à favoriser les projets de la compagnie des Indes contre rile-dc-France. Lorsque les peuples navigateurs de l’Europe curent fondé des l'tablisscments sur les côtes de Malabar et de Coromandel, à l’entrée du golfe de Bengale,
INDUSTIUK.
à Ceylan, a .la.\a, aux iMoluqucs, aux Philippines, ils sentirent que des vaisseaux partis des rives du I exel , de la 1 aniisc , et de 1 eiuboiichure de la Garonne ou de la Seine, pour se rendre à Pondichéry, à Trinquenialc et à Calcutta, avaient besoin, dans un si loii{j trajet, de quelques points inlerniédiaires de lelàche. Les Hollandais, qui d’abord s’établirent à Sainte-Hélène, l’avaient quittée pour le cap de Donne-Espérance ; les Français occupèrent l’île Maurice , abandonnée en 1 7 1 2 par les Hollandais ; et les Anfjlais , après avoir conquis et perdu Sainte-Hélène , avaient fini par en demeurer possesseurs. Cette dernière île ■ n’est qu’un misérable rocher qui n’offre {{uère qu un bon mouillage et ses aiguades; l’Ile-de- France, beaucoup plus vaste, susceptible de recevoir plusieurs genres de culture. Joignait à ces avantages celui d’un havre excellent , et d’un port où les navires trouvent un abri silr contre les moussons et contre les croisières ennemies.
Le cap d.» Donne-Espérance, situé à moitié route des Indes , et à l’extrémité méridionale de l’Afrique, est un établissement d’une tout autre importance. Son territoire continental, et conséquemment sans limites, est peuplé d’environ soixante mille aines; la ville du Ca|> en renferme à elle seule vingt-deux mille. Tout vaisseau étranger doit tribut pour cn-
■ Devenue si célèbre par I’cmI cl la mûri de Napuléon,
/(fia INDL'STIUK.
Irei- et stationner dans le poi't; un {;rand hôpital permet d’y déposer les malades, et de recomposer les équipages affaiblis par les maladies ou les fati- {[ues de la traversée; la terre des environs, fertile et cultivée, produit tout ce qui est nécessaire au ravitaillement des vaisseaux; le {jouvernement et le commerce renferment dans de vastes magasins les objets les plus utiles à la navigation. De si grands avantages ne pouvaient manquer de tenter la cupidité aiijjlaise. Mettant à profit les malheurs des temps , après s’être emparée du cap de Bonne-Espérance, la tirande-Bretagnc s’en est assuré la possession eu faisant ratifier, par le légitime traité de Paris, la cession que lui en avait faite l’illégitime traité d’Amiens; t:ar s’il est une chose digne de remarque, même dans un temps où les paroles ont perdu tout crédit et sont incessamment démenties par les faits, c’e.st (|uc tous les gouveruemeuts qui SC sont élevés contrel’ambition du chef delà France, qui, faisant taire leurs vieilles inimitiés et leurs jalousies secrétes , se sont ligués ensemble pour refouler le peuple français non seulement dans les limites naturelles de son territoire, mais même en-deçà de celles qui lui sont garanties par d’anciens traités, se sont montrés, après la victoire, aussi ambitieux, aussi empressés d’étendre leur domination et leitr puissance, que le gouvernement envahisseur rpi’ils
INDUSTUIE.
venaient de renverser. Les njêmes voix qui disaient aii.x Français : Fons ivstüucre: la Belgique, vous reslilucrez la Savoie, vous reslituerez Nice et Genève, disaient au.ssi , jVotis gardons t 'enise, nous gardons la Pologne: et dix plénipotentiaires anglais criaient à-la-fois: Kous gardons IJeilgoland , nous gardons Malle, nous gardons Sicra-Leonc, nous gardons le cap de Bonne- Espérance , nous gardons V Ile-de- France , nous gardons l’ile de Ceylan , et sou port magnifique de Trinquemalc (que M. de Suffren avait conquis eu 1782, et que la France a fait l’inconcevable faute de restituer aux Hollandais à la paix de 178.3); nous gardons les étals de Tippoo , sullan , ceux des soublias du Deran et d'Oiide, du nabab d'Àtvole; nous gardons les royaumes de Travencor, de Tanjaor, les provinces de Canara, de Guzerate, de Calleck, etc. , etc. , les territoires de Golconde, de Baroclw, de Malaca; et cependant, comme nous avons de noti’c côté promis des rc.stitutions à nos alliés, nous consentons à restituer les dix-sept îles de Feroe, où I on compte jusqu’à trois mille habitants; file stérile de Gorée, qui n’est plus bonne à rien depuis que nous avons aboli la traite ; rdc Saint- Pierre et Miquelon , dont nous avons ruiné les établis,senients de fond en comble; l’île Bourbon, sans aucune valeur, du moment tpi’ou la sépare de l’Ilede-France, son annexe indispensable; et même Ba-
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lavia <juc dévore une peste endéniiqnc , où nous iivons eu soin de soulever en partant contre le joii}; européen, la population indijjéue, la plus brave et la plus féroce qui soit au inonde : en dédomniaffenieut de quoi nous gardons des territoires dont l’étendue peut s’estimer à six cents milles carrés; la population à une trentaine de millions d’ames, et les revenus, environ à deux cent millions de francs.
C’est par suite , et comme garant de cette même modération , cpie l 'Angleterre a jugé à propos d’occuper les points militaires les plus importants du globe : UeihjuUmd , dans les mers d’Allemagne; Corfou , dans l’Adriatique; Malle, dans la Méditerranée; Gibraltar, à l’entrée du détroit; le cap de Boime- Espérancc , en Afi'ique; Ccylan, clef du golfe de Hengale; La Trinité, Québec, et Halifax , en Amérique.
Maitres du cap de Bonne-Espérance, l’île Sainte- Ilélénc ne sera plus d'aucune valeur pour les Anglais aussitôt qu’elle aura ce.ssé d’être la prison de leur plus formidable ennemi. E lle de France , située non loin de la pointe de l’Afrique, en est trop rapprochée pour être utile aux vaisseaux qui vont aborder au Cap à leur retour de l’Inde, ou à ceux qui y ont touché en venant d’Europe; ce fut donc bien moins pour l’acquérir que jiour la ravir à la France, que l’Angleterre a exigé qu’on la lui cédât : niainte-
INDUSTIUE.
liant clic est jilus à charge aux Anglais qu elle ue leur est utile, et l'ou sait qu’ils ne conservent que ce qui peut leur offrir des avantages.
Cette politique trop connue explique les craintes que manifestent quelques colons de rile-de-France sur les vues du cabinet britanniipie à leur égard, et leur fait voir la marche et les progrès d’un projet de ruine et de destruction dans les événements qui s’y sont succédé, et dans les mesures qui ont été prises depuis que cette colonie a passé sous une domination étrangère , et qu elle a cessé de porter le nom d’Ile-de-Francc.
Au printemps de l’année 1810, legénéral Decaen, capitaine-général, n’avait dans l’ilc, pour toute défense, qu’une garnison d’imviron six cents hommes, et quehpies batteries mal liées sur les côtes. Il connaissait les projets de la compagnie des Indes anglaises; il en avait depuis long-temps prévenu iM. de Crest, mini.strc, au souvenir duquel la destruction totale de la marine française est si malheureuseineiit attachée. Vers la tin de 1809, le général Decaen avait même envoyé son premier aide-dc-cam|) à ee ministre pour réclamer des secours. Avec tleux mille hommes, il répondait de la conservation île File; et sa résistance, avec le peu de troupes qui lui étaient restées, montre assez ipie cette promesse n’eût point été vaine. Ce ne fut qu’au bout de deux
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ans, après dos supplications sans nomln-e et sans fin, ipic le ministre de la marine se décida à envoyer an brave pcncral Decaen im secoiii's de trois frégates et de huit cents liommes. Il n'était plus temps. I/cxpédition anglaise, forte de vingt-quatre mille hommes, sans comprendre les équipages d’au moins cent vingt bâtiments, avait effectué son débarquemeni à rilesde-France. La première attaque avait été repoussée avec une grande perte pour les Anglais; mais l’habileté du capitaine, le courage des troupes et des habitants , succombèrent à la fin sous le nombre ; le général se vit contraint de signer, le a décembre 1810, une capitulation en vertu de laquelle la garnison et les marins des frégates furent reconduits en France.
De cette époque datent tous les malheurs de cette intéressante colonie, définitivement cédée aux Anglais parles traités de 18 1 4-
Des taxes accablantes ont attiré dans les caisses du fisc tout le numéraire qui existait dans file; il y a été remplacé par des valeurs ou des monnaies étrangères, que l’on a forcé les colons de recevoir à un taux au-dessus de leur valeur réelle ; des droits ruineux ont éloigné du port jusqu’aux bâtiments anglais; les travaux nécessaires à sa sûreté et à sa conservation ont été négligés, une police inquisitoriale a été établie dans file, et les esclaves, transformés
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en délateurs , ont été secrètement invités à dénoncer leurs maîtres; des vai.sseanx armés rôdent autour de l'ile; des soldats répandus sur les côtes, ou disséminés dans l’intérieur, y font le vil métier d’espions; jilusieurs branelies d’industrie qui étaient libres, sont devenues un monopole réservé aux seuls Anglais; les places dans l’administration ont été ôtées aux colons, et données à des hommes venus du dehors; il a même été interdit aux conseils municipaux de s’assembler et de faire des représentations ; l'autorité ilu capitaine-général était balancée par celle du préfet colonial et du commissaire de justice; l’autorité du gouverneur anglais est arbitraire, absolue; clic ne souffre ni contradiction, ni remontrances: des terrains appartenant à des colons ont été réunis au domaine, et ir ont pas encore été payés aux propriétaires, dont ils sont maintenant l’unique ressource.
Les flammes, les ouragans, la peste et les Anglais semblent avoir conspiré la ruine de cette mallicureu.se colonie.
L’incendie qui éclata dans la nuit du u 5 au 2(> septembre 1 S 1 G , a consumé la plus riche moitié de la ville de Port-Louis : la perte a été évaluée à plus de trente millions de francs ; les vents ont dispersé la cendre des habitations particulières et des édifices publics; la place c.st re.stée nue, et rien n’an-
iNnnsTniE.
nonce de la part du gouvernement l’intention de rétablir ce qui a été détruit.
Dans la nuit du 28 février au i" mars 1818, un ouragan terrible parcourut l'île; scs ravages occasioncrent une perte de plus d'un million cinq cent mille francs aux infortunés colons.
Le feu SC manifesta de nouveau dans la ville de Port-Louis , au mois de mars 1819; les jeunes gens , les élèves du lycée, et les habitants, parvinrent à en arrêter les progrès. Ou remarqua , avec moins d’étonnement que d’indignation, la conduite des troupes ; la garnison ne fit aucun effort contre rincendic, seulement on vit plusieurs soldats ivres se livrer impunément au pillage.
Trois fois des maladies pestilentielles, apportées dans l’île, ont décimé les familles et les ateliers des colons; et lorsque accablés de tant de maux, ils ont laissé échapper quelques plaintes , pour toute consolation on leur a dit ; /'ous clés i>liis heureux que vous ne méritez de t'dlre. Ces paroles .sont sorties de la bouche d’un Anglais; elles s’adrc.ssaient aux habitants d’une île qui, hier encore, s’appelait l’Ile-de- France : le sens en est suffisamment explitpié.
Un journal qui se publie à Calcutta , \'^^sialic Miror, annonça, au mois de novembre 1819, que la fièvre, les dyssenteries et le cholcra-morims exerçaient d'affreux ravages à Trin(|ucmale et dans les envi-
INDUSTIIIK.
rons: ces terribles fléaux frappaient de mort indistinctement les habitants et les ti'oupes ; les équipages des vaisseaux qui se trouvaient à Ceylan en étaient également atteints. On savait que la frégate la Topaze avait touché à Manille; son apparition à la vue de nie Maurice y jeta l’effroi ; par une négligence déjà assez criminelle , sans qu’on la suppose le fruit d’un calcul atroce, aucune des précautions prescrites par les lois sanitaires ne fut prise , et le gouverneur, à qui les habitants s’en plaignirent, crut se justifier eu disant qu’il les ignorait. La frégate fut introduite dansleport, etméniedans l’arrière-port, appelé lu trou Fanfaron, sans avoir été soumise à aucune quarantaine, et ses embarcations furent dirigées sur tous les points des côtes : on a été jusqu’à dire qu’il avait été débarcpié des barriques bien goudronnées renfermant des effets, lesquels , après avoir servi aux pestiférés de l’équipage, furent cbstribués aux noirs de l’île. Des témoignages nombreux à l’a|)pui d’une si terrible accusation , ne suffiraient pas pour en de'truire l’invraisemblance ; il faut avoir éprouvé une bien longue série de malheurs et d’iniquités, pour ne pa's repousser avec horreur l’idée d’un semblable forfait. L’avarice et la haine n’ont encore rien produit de pareil , même de l autre côté de la Manche.
Quoi qu’il en soit la maladie .se manifesta bientôt
ISDUSTiUE.
(J une manière terrible, et M. le major-jjéuéral Darlin({, cédant aux cris des habitants, ordonna à la commission médicale d'examiner quelles mesures il convenait d’employer pour empêcher la contagion de se répandre dans l'île. Il est au moins singulier que le gouverneur, en consultant des hommes de l’art sur un objet entièrement de leur compétence, ait cru devoir leur indiquer deux moyens d’hygiène, l’un, insage des vêlements chauds pour les esclaves, l’autre , la substitution an riz de .lava et deMadagascar ( nourriture habituelle des habitants, dont leur commerce les approvisionne), du riz de Bengale, dont les Anglais seuls trafiquent , et dont M. le gouverneur prescrivait insage exclusif. 11 recommande aux membres de la commission médicale d’user de l’influence que leur donnent l’estime et la considération dont ils jouissent, pour calmer les alarmes auxquelles les babitants se sont livrés. Prompts à obéir, le docteur W. llurkc, médecin en chef du gouvernement; les sieurs Sibbald , médecin ; Markham , ebirurgien du cinquante-sixième régiment; Macdonald , médecin de l’artillerie ; Gillispie et Riiinis, médecins attaches à l’hôpital, n’hésitèrent pas à déclarer que cette maladie était semblable à celle qui régna dans l’île eu 1775 après une longue sécheresse; qu'on pouvait supposer que la cause eu était dans l’air, qu’elle n’avait rien de contagieux , et
IMHJSTUIK.
n’avait iioinl Oté introduite de l’extcricur dans l’ile. Cette assertion est appuyée sur des faits évideinnient faux. I..e docteur Burke et ses complaisants confrères affirment que le premier exemple de la maladie tpii soit parvenu à leur connaissance remonte au 0 septembre, et que le 19 novembre un second exemple s’e.st présenté à l’bApital civil. Ces deux époques .sont antérieures à l’arrivée de la fré- {pate la Toj>aze : ce n’est donc pas cette frégate qui a apporté la contagion. On ne peut donc attribuer ce nouveau désastre ni à la négligence du majorgénéral, ni il sa prétendue ignorance des réglements sanitaires; tel est la couclusiou que le gouverneur et scs amis prétendent en tirer. A l’appui du rapport des médecins anglais , ils font publier un autre rapport officieux de médecins et officiers de sant(i français, qui, disent-ils, ne croient pas nécessaire de fuir le séjour de Port-Louis, mais qui pourtant ne désapprouvent pas cette précaution. Ces médecins ne rougissent pas de déclarer qu’ils se sont assurés de la régularité des visites sanitaires en rade et de la séquestration de tout vaisseau suspect, lorsque la frégate la Topaze est encore à l’ancre dans le trou Fanfaron ! Ce rapport et la déclaration de la commission de .santé, quelle n'a aucun motif de civirc que la maladie régnante soit contagieuse , sont deux pièces plus étranges encore que les rapports du doe-
INDUSTKIE.
teiir Hurkc et des médecins anglais. Quatre noirs appelés pour assister une femme noire, avaient été tous quatre attaqués de la même maladie, et y avaient succombé avant la négresse. Les symptômes du t\pliiis n’indiquaient que trop son caractère pestilentiel : perte subite des forces, diminution et bientôt absence de chaleur et de j)ouls, sueurs froides et visqueuses , développement du charbon et de points gangreneux sur toute la surface du corps. Les malades qui résistaient le plus , succombaient dans deux jours, d’autres dans vingt heures, dausdix, dans cinq , et même dans trois heures. A quels signes ces médecins prétendaient-ils donc reconnaître la peste et son caractère contagieux? Ce qui surprend le plus dans leur déclaration, ou plutôtccqui semble démontrer que c’est par obéissance, et non par conviction, qu’elle a été faite, c’est qu’au bas on a eu l’impudence d’y placer le nom de médecins qui ne l’ont pas signée, et ce sont les plus distingués de l’ile, les docteurs Michel, .losse, Guillcmcau. C’étaient les précautions qu’inspire la prudence , et non les périls d’une confiance fatale, que ces dignes médecins eussent conseillées à leurs compatriotes: la voix du mensonge fut seule entendue; elle porta la mort dans l’ilc entière et la couvrit de funérailles; sept à huit mille individus succombèreq^ , plus de vingt mille étaient à-la-fois étendus sur des lits de
INDUSTIUK.
doiilmir; ot c est dans ces jours do deuil, et comnie pour SC venger d’avoir été contraint d’éloigner la Frégate, que le général Darling accuse, en termes pleins d’orgueil et d'outrages, les infortunés colons de favoriser le commerce des esclaves!
L’bypocrislc, à quelque hauteur qu’elle se place, quelques dédains qu’elle affecte, ne parviendra jamais à dissimuler tout ce qu’elle a de lâche et de honteux ; elle n’est ni moins détestable ni moins digne de mépris, assise aux brillants conseils des rois, que dans les noirs conciliabules de quelques obscurs fanatiques. I<es Romains stipulèrent pour le genre humain en imposant aux Carthaginois l’obligation de ne plus .sacrifier des hommes sur les autels des dieux ; mais eu réjouissance du traité, ils donnèrent des combats de gladiateurs. Ces Romains si sensibles étaient avides des jeux cruels du cirque; le sang des combattants réjouissait leurs regards; et leurs vierges timides, pour jouir du .spectacle des angoisses extrêmes et des dernières douleurs, ordonnaient par un geste au vainqueur d’égorger le vaincu. Ces Anglais, à leur tour, sont devenus des héros d’humanité; ils se sont faits, contre le reste de la terre , les protecteurs du sang africain ; ils l’ont vengé dans les plaines et dans les mornes de .Saintffomi ligue , par le massacre et Hucendie; ils ont généralisé le décret de l’assemblée constituante de
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France, et stipulé l'abolition cIc la traite des noirs; leurs vaisseaux attaquent sur toutes les mers, sous tous les pavillons, les bâtiments néf;riers; les écrivains anglais poursuivent de leurs éloquentes déolaluations, et ceux qui vendent et ceux qui aebetent des esclaves ; leur philantbropie n’a pas assez de larmes pour les uns, de haine et d'imprécations poulies autres. Mais les colonies anglaises regorgent d’esclaves , et l’on y découvre â peine un petit nombre d’affranchis. T. es bills qui ont fait cesser le trafic des noirs, ne peuvent être mis trop tôt à exécution dans les colonies françaises et étrangères. Chaque heure de délai était un outrage fait à la nature , un crime de lèsc-huinanité. Mais ces mêmes bills n’ont été mis en vigueur dans les colonies anglaises, qu’apres y avoir épuisé pendant vingt ans les précautions, les ménagements néce.ssaircs jiour assurer à-la-fois les intérêts des colons et la conservation de la population noire, c’est-à-dire .sa reproduction dans l’esclavage. Ruiner les autres et s’enrichir soi-niémc, voilà tout le secret de cette humanité si fastueuse en paroles, si avare en effets. Le peiijile romain dêv fendit les sacrifices humains, pareeque seul il voulut avoir le droit de tuer des hommes. Les Anglais n’auraient - ils fait abolir la traite des noirs que pareeque seuls ils veulent posséder des esclaves? f^ui donc sur la terre ignore ces vérités? qui donc,
INDUSTRIE
en lisant la lettre du major-yénéral Darling au conseil-général de la commune du Port-Louis, croira que le seul zèle de l'humanité ait excité son courroux contre l’introduction de quelques esclaves dans nie de France, et que, pour n’avoir pas dénoncé ce trafic clandestin, que la plupart d’entre eux n’ont pas connu, les habitants de cette colonie méritent en effet l’abandon et la flétrissure dont il les menace? Non, ils n’ont point cessé d’étre dignes de l’estime et de l’intérél du monde entier, ces Français qu'un déplorable traité a séparés de la France! non, des hommes (jui méiitèrent les regrets si vifs des gouverneurs La Bourdonnaic, Souillac, l)iipuy, l’honorable sulfrage de l'aniiral Suffren, les éloges du vertueux et sensible antetir de Paul et Virginie! non, les compatriotes des Bcilin , des Parny, des Lonchamps, ne seront point flétris aux yeux de l'Kuropc , sur le i-apport d’un major-général anglais ! non , leur voix ne .sera point étouffée , leurs cris ne resteront point sans échos, pareeque le gouverneur de la colonie aura refusé de recevoir leurs réclamations, et renvoyé sans les ouvrir ies lettres des principaux habitants. U ne sera pas interdit aux presses de Londres de répéter leurs doléances, et celles de la capitale de la France ne resteront pas muettes à leurs plaintes tant que des mois français y seront prononcés, tant que les noms de monte tic
j t. II. Il'»
46fi INUÜSTUIE.
la Découverte , de baie du Tombeau, de cap Malheureux ne seront point effacés , tant qu’elle renfermera des cultivateurs et des négociants aussi respectables que les Saulnier les Bousquet, les Rondeaux, les ' l’itot ’ ; des avocats aussi instruits , aussi probes que les d'Épinay ^ ; des médecins aussi habiles que les Michel 4 et les Guillemeau ' ; et tant d’autres citoyens non moins recommandables par leurs vertus, leurs talents et leur patriotisme : tant que sous des maîtres tels que les Ducoudray®, les Bernard', les d’Abbadie ", la jeunesse se livrera aux études des lettres, des sciences, et de la philosophie; tant que la maison de chaque habitant sera un hospice ouvert à tout malheureux, à tout voyageur égaré, et souvent un temple où retentit le doux concert des muses 9. C’est en vain qu’on aura fait reprendre à
' Pi’ésiOeDt (lu consciUgéodral de la commune de l^urt-Lonis.
’ Secn*laire-gcii6ral de la commune.
^ Avocat tn>s distingué, <|ui s'est plus pailiculièremcut voue à ta défense des opprimés.
4 M. Michel Margeat.
•*’ M. Guillemeau. — M Jossc.
^ IVoviseur du lycée; on y compte une centaine d’élèves.
7 Süiis-proviscui> colonel de cavalerie.
* Professeur de mathématiques.
9 Les lettres sont cultivées à l’Ilc de France; on ii’y a point oublie les noms des Parny, des Bcrtin, des Lonchamps. 1 .kI société de la Table ovale a produit des chansons que ne désavoueraient
-^d by C'noglc
t N DUS Mil K. 4^7
cette île son vieux nom de Maurice, elle ne cessera point d’être l’ile de France ; jamais les Français ne cesseront de considérer ses habitants comme leurs frères, de se réjouir de leur joie, de s’attendrir au récit de leurs infortunes. Hélas! pourquoi faut-il qu’ils vivent sous des cieux si éloignés des nôtres ! Lorsque les Anglais eurent vendu Parga et ses habitants au féroce Ali , « Venez , dirent leurs frères des îles Ioniennes, abandonnez cette terre devenue inhospitalière, fuyez les bourreaiLx et les supplices que le tyran de Janina vous réserve; il y aura toujours sous notre toit et à notre table place pour des Grecs qui fuient l’esclavage, n
Et nous , si l’immensité des mers ne nous séparait pas des habitants de Maurice, nous leur dirions aussi: «Votre terreaété livrée aux rois de la Grande- Bretagne, quittez-la; soulagez votre oreille de ces sons étrangers qui la fatiguent; venez entendre les doux accents de la langue maternelle; nous ne pouvons encore vous offrir l’entière protection des lois, mais la charte existe , et les ministres passent vite. ; vous arriverez pour jouir des douceurs du gouver-
point les mcillcni'S chansomiioi'S des deux caveaux. La société de la Table ovale rompte au noinbrc de scs membres les plus dis> tiii(*uéS) MM. d'Épiiiay, Airigbi, cl M. Tbomi Filot, sou président.
I K DU ST Kl K.
ncment constitiûiouiiel... » Mais hélas! puisqu'il est impossible aux malheureux colons de l'ile Maurice de répondre à l’appel de leur ancienne métropole , qu'ils apprennent du moins qu’ils n’ont point cessé d’être pour elle un objet d’amour et de sollicitude; et que la publication à Paris de la correspondance que nous imprimons, en apprenant au monde leurs malheurs, soit pour eux la preuve que jamais les Français ne cesseront de porter un tendre intérêt à leurs frères de l’ile de France
' A ce mémoire public en iSio était jointtMles pièces ofBL’icUoü (|ue j'ai dû supprimer dans ce volume.
FIN DU Sr.CflM) ET DEflMl H VOI.LME DES MÏ^IEANGF-S.
TABLE
«EAUX-AHTS.
Sai.os DE 1817. Coup J’oeil (jénéral I*affe 3
— Première viaite. Entrée d'Henri IV à Paria ^
— SeronAe Viaile 26
— Troisième Visite 4 “
— (Quatrième Visite 54
— Cinquième Visite. 67
Salon de 18 iq. Première Visite 78
— St;cnndi; Vi«ite Qo
— Troisième Visite. Tableaux de genre lofi
— Quatrième Visite ia 4
— Pnrtrnif«i i
— Tableaux nouveaux. Miniatures, Dessins i 3 q
— Ciiiiinièine Visite. Pygmalion et Galatée i 5 't
— Sculpture i 5 q
— Les Roses, par P. J. Redouté 167
SALON d'hOHACE VERNET.
Uataillc de Jeinmapes 172
Oéfense de la barrière de Clieliy 1 81
La leiuie Druidesse 187
l>a folle de Itedlam igo
.Marine Grecque ig.'i
Une Odalisque tenant un sablier. Une Madt'leine péni tente Page rj)8
Le Soldat de AVaterloo ao3
Le Soldat laboureur anfi .
La Kedoute de Kabrunn üin
l^a défense d’ilunitifjue ai4
Un Capucin en méditation devant un poignard 217
L’Atelier d’Horace Vernet lan
Kss.u svn l’opér.a aa5
— Du Poème
— De la musique 367
— Danse et Décorations • • • ^78
INDUSTRIE
Discours sur l’industrie; dédié au commerce de France. a85
EXrOStTlOW DE 181C).
UiiAP. I". Le Louvre. Aveu d’un journaliste anglais.
Progrès de l’industrie en France 337
II. Instruments aratoires. Appareils de distilla tion. Rateaii insubmersible. Pompes à feu. . . 34a
III. Du fer. Foute de fer. Mortiers en fonte. Ustensiles divers en fonte. Cuivres laminés.
M. Dufaud; lames pour canons de fusil 3^9