CHAPITRE XXVIII
Conclusion. — Coup d'œil général sur les progrès de . l’industrie française, constatés par l'exposition de 1819. — Vêtements de riioroine. — Tissus de toute espèce, laines, (uiclicmircs, soiries, tulles, crêpes, cotons, teintures, blaucliimcnt, impression sur élofFes.
D’après tant de beaux résultats , le progrès de l’industrie française est visible.
Dans les tissus, dans les filatures, dans tout ce qui tient aux vêtements de l’homme, il est aisé de constater des perfectionnements majeurs, obtenus depuis peu d’années, et dus à ce mouvement irrésistible qui entraîne la société vers les améliorations de tout genre.
Le croisement des races de moutons espagnols.
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a donné du corps et de l'éclat à nos laines, tandis que la température moins ardente de notre climat adoucissait la roideur des mérinos del’Estramadure. La filature des laines a fait des progrès remarquables ; les fabriques de draps se sont multipliées : l’adoption générale des machines a épai^né le travail des hommes, et rendu la main-d’œuvre moins chère, tout en perfectionnant les produits ; une nouvelle vie a, pour ainsi dire, animé la fabrication des lainages ; enfin , les chèvres de Cachemire ont quitté leurs montagnes lointaines , et sont venues offrir au luxe et à la parure leurs belles et douces toisons.
Le dessin a embelli et varié ces étoffes de fantaisie, inventées par la mode, et mobiles comme elle. La soie, branche si importante de notre industrie, a perfectionné toutes ses parties. On a créé de nouvelles et ingénieuses combinaisons. Les consommateurs se sont présentés en foule; les fabriques existantes n'ont plus suffi. L'art de filer et de teindre la soie, et le mécanisme même du tissage, se sont améliorés. A la place des machines compliquées, difficiles à mouvoir, et meurtrières pour la population qui les manipulait, des machines simples et précises ont été mises en usage : on a su faire mieux à moins de frais ; on a appris à ne pas prodiguer en vain les sueurs et la vie des hommes.
Depuis peu, nous sommes parvenus à enlever le
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monopole du tulle et du crêpe aux villes d’Italie; à donner un degré plus élevé de finesse au chanvre filé à la mécanique , et un degré bien supérieur et presque incroyable aux cotons filés. La fabrication des perkales, mousselines, etc., est devenue une source de richesse pour plusieurs villes ; des familles sans nombre ont trouvé dans ces ateliers une occupation lucrative.
La teinture , le blanchiment , l'impression sur étoffes, n’ont pas fait moins de progès. La cochenille remplacée par la garance et par la laquc-taque, pour la teinture sur laine; le bleu de Prusse appliqué sur la soie, et l'indigo effacé par une nuance plus agréable ; un vert solide , et un plus beau rouge , donnés aux toiles de coton ; quelques couleurs fixées sur le fil de lin, qui jusqu'ici avait trompé tous les essais de ce genre; des couleurs plus vives inventées ; le procédé de blancbimeut bertbolieu pratiqué avec le plus grand succès ; le rouge d’Aiidrinople enfin assujetti à l’opération des agents chimiques auxquels il avait toujours résisté; l’action rapide, continue et régulière du cylindre, introduite dans l'impression des toiles : telles sont les principales et importantes améliorations que l’on a pu remarquer dans cette branche d’industrie.
La fabrication des tapis , ces belles décorations de l’habitation de rhonimc, est devenue vulgaire.
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et, pour ainsi dire , populaire. Les fortunes les plus modiques ont pu aspirer à ces élégantes tentures, où des ornements de bon goût, de riches draperies, de frais paysages, des arabesques soignées, sont exécutés sur papier peint. Le bois de nos forêts a reçu des teintes nouvelles et riantes , qui ne le cèdent pas aux plus belles nuances des bois étrangers , et des formes élégantes que varient et épurent chaque jour les progrès du dessin.
L'économie domestique a fait des conquêtes. Les procédés d’éclairage et de chaufage, inventés précédemment, ont été perfectionnés ; on a découvert le moyen précieux de conserver les viandes dans un acide particuber. Les progrès étonnants des arts chimiques ont favorisé à-la-fois l'économie domestique et toutes les branches des arts et des sciences. L’art de fabriquer la soude s’est perfectionné à un point merveilleux ; des couleurs plus solides ont promis aux tableaux de nos peintres une immortalité qui manque aux chefs-d’œuvre de Léonard de Vinci. On a extrait des ossements des animaux des matières utiles et une nourriture salubre.
I ja porcelaine des pauvres , la poterie grès , s’est améliorée. Dans la fabrication de la belle porcelaine , ou a cherché et trouvé de grandes écono-
mies; les pâtes ont gagné de solidité; les prix ont baissé. La peintrffe et la dorure de cette belle ma-
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tière se sont enrichies de procédés simples et précieux, et de couleurs aussi éclatantes que durables. La cristallerie s’est tout-à-coup élevée à l’état le plus florissant. On a appris à préserver les glaces des effets de l’humidité , et à boucher les trous faits dans le tain , sans en altérer la réflexion ni l’éclat. Le luxe a trouvé de nouveaux moyens de jouissance, et le simple citoyen a vu naître chaque jour de nouvelles sources de bien-être.
Les arts métallurgiques ont acquis plusieurs méthodes nouvelles , et ont suivi un mouvement de perfectionnement très sensible. La fonte des fers a beaucoup gagné, et de nombreuses améliorations ont été données aux moyens mécaniques qu’on emploie dans les forges. Le nombre de ces dernières a augmenté; la fabrieation de l’acier s’est singulièrement étendue; celle du laiton par la blende a été découverte. Le platine devenu malléable, en conservant l’énergie de résistanee que son inflexibilité oppose à tous les acides et aux changements de température, s’est facilement prêté à toutes les préparations de l’industrie et à toutes les métamorphoses que lui demandait l’économie domestique.
Ces progrès des arts métallurgiques , progrès qui feront époque dans l’histoire de notre gloire manufacturière , ont singulièrement influé sur la fabrication des objets auxquels sont employées ces pré-
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denses matières. Les manufactures de limes, de scies , de faulx , se sont , pour ainsi dire , acclimatées cliez nous. L’importation des faulx étrangères a graduellement diminué; vingt fabriques ont envoyé à l’exposition de beaux outils de fer et d’acier, qui manquaient à nos expositions précédentes. Les armes, la quincaillerie, la serrurerie, ont partagé le mouvement général. L’orfèvrerie elle-même et la bijouterie, qui tiennent d’un côté aux arts du goût, d’un autre aux arts mécaniques , ont fait des progrès. Le perfectionnement du plaqué promet à l’avenir dans cette partie des progrès plus grands encore. Enfin , tout en songeant à l’élégauce des formes , à la variété des combinaisons , à la solidité , à la perfection des produits , on n’a point oublié les soins de l’bumanité; on a veillé ù la conservation des hommes. Un moyen de préserver les ouvriers doreurs de cette mort affreuse et prématurée qui les attend et que précèdent des douleurs lentes et épouvantables, a été découvert et appliqué.
Les machines utiles à l’agriculture se sont multipliées; d’autres machines de toute espèce ont favorisé les progrès des manufactures et des arts. La mécanique a offert plusieurs produits merveilleux, en horlogerie, en optique, et pour les instruments nécessaires aux sciences exactes. La calcographie et l’imprimerie ont trouvé de nouvelles ressources.
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La lithographie a facilité la multiplication des dessins. En un mot , comme si le génie des arts s'était retrempé au milieu des troubles civils, on a vu parmi tant d’orages s’aggrandir de tous côtés le domaine de l'iudustrie , et les fruits de cc domaine immense se presser dans les salles du Louvre , pour donner aux Français un magnifique spectacle, qui les consolât de tant de malheurs , nés d’un seul revers.