LA LAVANDE ET LA ROSE
FABLE
Kière de fixer autour d’elle Un essaim léger de flatteurs,
De s'entendre sans cesse appeler la plus belle, L’orncincnt de la terre et la reine des fleurs,
Dans un parterre une rose nouvelle Avec orgueil étalait ses couleurs :
Elle se croyait un prodige.
Et peut-être l’aurait été Si par son dangereux prestige L'amour-propre n’eiit tout gâté.
Du haut de sa tige épineuse Elle insulte à toutes ses sœurs ;
« Le lis n’a point d’éclat, l’œillet n’a point d’odeurs; « Pour la jonquille langoureuse,
« On n’en dit rien, et sans la tubéreuse « Elle serait la dernière des fleurs.
« Le souci , la triste pensée ■ Ont du moins un mérite égal,
« Tous deux sont la ressource usée « De l’insipide madrigal.
« C'est à bon droit que chacun raille « Les prétentions du jasmin;
« Il figure dans le jardin,
POÉSIES LÉOÈHES. 249
« Mais c'est autour de la muraille.
« Que je plains le sort rigoureux « De ce Narcisse pâle et blême !
« Comme autrefois, le malheureux o Est réduit à s’aimer lui-même.
« La violette, en se cachant aux yeux,
De bon sens, de justice offre au moins un modèle;
« Je ne dis rien de l'immortelle;
« On doit respecter ses aïeux.
« Mais cherchons bien, ajoute-t-elle ,
Voyons quelle autre fleur on peut de bonne foi « Mettre en parallèle avec moi. »
Près d'elle était l'humble lavande Qui naît et croit sans ornement :
Elle lui dit tout bas : « Je prends l’engagement « De satisfaire à la demande;
« Donnez-moi deux jours seulement.
« — J’y consens, répond l’arrogante;
« Mais, poursuit-elle, en balançant De son front radieux la richesse élégante,
Deux jours seraient trop peu; je t’en accorde cent.
« — Deux suffiront. » La seconde journée Commence à peine, et la rose est fanée;
Plus d’odeur, plus de coloris,
Tout est passé; par un retour funeste.
De scs appas qu'un seul jour a flétris ,
L’épine est tout ce qui lui reste.
Adieu les flatteurs et l’amour !
On se retire, on l’abandonne;
Au lieu d’une brillante cour
La solitude l'environne :
Enfin pour eoinble de tourments ,
Autour de la lavande elle voit ses amants.
« Connaissez-moi, lui dit sa modeste rivale ,
« Et gardez-vous de redouter «Qu’à vos maux je veuille insulter!
« Mais souffrez un trait de morale.
« Hier encor vous régniez dans ces lieux;
« On vous en proclamait la reine ,
« Et l’on me regardait à peine « Quand vous attiriez tous les yeux;
« Du temps victimes toutes deux,
«Quand nous partageons son ravage,
« Pourquoi m’adresse-t-on des vœux « Qu’on vous dérobe avec outrage?
« Il faut le dire sans détour :
« Vos attraits ne brillent qu'un jour.
« Aucun charme ne les remplace :
« Comme vous je perds ma fraîcheur,
« Mais, plus heureuse en ma disgrâce ,
« Je conserve encor mon odeur. »
Vous à qui s’adresse ma fable,
Jeunes filles, songez-y bien;
La beauté du bonheur n'est qu'un faible soutien Assurez-vous un appui plus durable.
Fleur si brillante des beaux ans Bientôt doit vous être ravie :
Parfum d’esprit, de vertus, de talents,
Se répand sur toute la vie.
ÉPIGRAMME
Alcidor touche à ses derniers moments;
La douleur accable sa femme:
Tous les deux par des pleurs et des gémissements Expriment l’état de leur ame.
De tout cela, dit le curé,
S'il faut conclure quelque chose ,
J’avance, moi, comme un fait avéré,
Qu’ici mêmes effets n’ont pas la même cause :
Et puisqu'il nous faut définir Des deux côtés une douleur si vive,
Alcidor a peur de mourir ,
Et sa femme craint qu’il ne vive.
AUTRE
Vous n’avez de vos jours dit une vérité ,
Disait à son épouse Édelmond en colère.
Je commence aujourd’hui, dit-elle avec gaieté: Vous êtes un c... C’en est une , j’espère.
AUTRE
Traduite de Waller.
Lorsque tu vas chercher et l’hymen et la mort Dans les bras d’un octogénaire,
Elise, à tes amis, qui pleurent sur ton sort, Ton épitaphe est ce qui reste à faire.