SCÈNE II
ZEUXIS, avec colère.
Qui? moi! ... Pour t’en ôter l’espoir.
Si ton audace osait le concevoir.
Je réduirais ma main en cendre;
J’cn atteste ici tous les dieux.
Non, jamais inon pinceau sublime,
Des traits d'un jeune audacieux Ne souillera la toile que j'anime.
Mais après tout que t’importe en effet Mon art rival de la nature;
Timon * pour la race future A déjà tracé ton portrait.
ALCIBIADE
Ne pousse pas plus loin ta ridicule audace; Tu vois ce que je puis.... Ne me résiste pas.
ZEUXIS, avec mépris.
Enfant, épargne-toi cette vaine menace,
Je me ris des fureurs du fils de Clinias.
ALCIBIADE
Je soumettrai cette humeur intraitable; Tu ne sais pas encor de quoi je suis capable?
ZEUXIS
Je ne veux pas te contester Le privilège de tes œuvres ;
Je ne sais que les enfanter,
Tu sais mutiler des chefs-d’œuvres » ,
Je connais tes heureux talents.
1 Timon, le misanthrope, avait dit d’Alcibiade enfant, qu'il voyait en lui le destructeur et le fléau de sa patrie.
a Allusion à la mutilation des statues de Mercure dont Alcibiade fut accusé.
a8o LA LIBERTÉ ET LES ARTS, Mieux qu’aucun citoyen d’Athène Tu sais guider un char dans la poudreuse arène;
Tu sais, dans tes nobles penchants,
Braver les lois, les mœurs, séduire l’innocence;
Tu sais imiter les tyrans....
ALCIBIADE
Et je sais punir l’insolence.
Je te le dis pour la dernière fois :
Comblé de mes bienfaits, se rendre à ma prière, Ou du soleil jamais ne revoir la lumière,
Zeuxis, tu n'as plus que ce choix.
ZEUXIS
11 est fait.
ALCIBIADE
Un moment je suspends ma vengeance ; Tremble, tu dois tout craindre, et même le trépas.
( II sort. )
Mais ton portrait du moins ne s'achèvera pas.