‹ Œuvres complètes d'Étienne Jouy ... avec des éclaircissements et des notes. Tome 1 27 Poésies légèresChapitre 27 sur 136 · LE MÉNESTREL · texte numérisé non relu

LE MÉNESTREL

ROMANCE ÉLKC JAQUE.

Un ménestrel délaissé par sa mie.

Seul , en ces mots soupirait ses douleur»:

Quoi ! sans pitié tu vois couler mes pleurs , Cruel objet de ma flamme trahie.

Un jour! hélas, du ménestrel Tu regretteras la coustaucc;

Tu diras, plaignant sa souffrance:

Pauvre Blondel ! pauvre Rloudcl !

Fl vous, témoins de mes ardeurs fidèles.

Aux jours tant doux d'un bonheur passager.

r>8 ESSAI SUR LA POÉSIE LÉGÈRE.

Vous dont le cœur ne peut jamais changer ,

Tendres amants, naïves pastourelles,

Rien savez si le ménestrel Mérite les uiauz qu’il endure;

Son atnie est fausse et parjure.

Pauvre Bloudel ! pauvre Blondel !

De loyauté , d'aimable courtoisie Toujours donna bon exemple cl leçons ;

Toujours disait, en ses douces chansons ,

Qu 'amour constant est charme de la vie. f ,as ! pleurez sur le méuestrel ;

En perdant maîtresse volage.

Il regrette encor son servage.

Pauvre Bloudel! pauvre Blondel!

O tues amis , je veux sur cette rive ,

Et parmi vous me choisir un tombeau ;

Vous suspendrez à quelque jeune ormeau Du troubadour la guitare plaintive :

En l'agitant , du ménestrel Les venu racontant l'aventure ,

Répéteront dans leur murmure :

Pauvre Blondel! pauvre Bloudel!

Si quelquefois aux danses bocagèrcs,

Parmi les jeux, les innocents plaisirs ,

De mon tourment les tristes souvenirs Fout soupirer les folâtres bergères.

En silence, du ménestrel Pressant la tombe solitaire,

Leur main gravera sur la pierre :

Pauvre Blondel! pauvre Blondel !

M. de Longchamp a fait soupirer la romance sur un ton plus brillant. Sans être moins tendre, moins facile, son style a plus d'élévation; avec la même franchise sa douleur a plus d'éclat ; mettons le lecteur à même d’en juger.

ESSAI SLR LA F'OÉSIE LÉGÈRE. 5 9

le départ,

ROMANCE

Il faut partir; adieu , ma Laure ;

Adieu , mes amis les plus chers;

Demain nous scrous, dès l’aurore,

Séparés par les vastes mers.

Mon ctpur se gonfle et se déchire.

Chaque instatit accroît mes regrets ;

Sans expirer pourrai-je dire

Ces mois: adieu, c’est pour jamais?

Le ciel l'ordonne , j'irai vivre Perdu dans un autre univers;

•Sans un seul ami pour me suivre ,

Et parler de ceux que je perds.

Parent* chéris, fidèle amie.

Pour moi ne sont pas moins perdus Que si jeusse quitté la vie....;

Et j'aurai les regrets de plu».

J’observe tout ce qne je laisse Avec d’autres yeux qu’autrefois ; Tout m'attache , tout m’intéresse :

Je tiens à tout ce que je vois.

De mes chagrins lame oppressée.

Je parle à tout de mes douleurs ;

Et je prête à tout la pensée

Pour que tout réponde à mes pleurs.

Ces fleurs que j’arrosais moi-même Loin de mes yeux vont se flétrir; Fidèle au bou maître qu’il aime ,

Mon chien peut-être va mourir.

Sensibles à mon infortune ,

Mes amis d'abord me plaindront.

Puis chassant l’idée iuqmrtune ,

Avant ma mort ils m’oublieront

f.o ESSAI SUR LA POÉSIE LÉGÈRE.

El loi qui doublait mon ivresse.

En doublant A uion «il charmé Tous les attraits de ma maîtresse Dans les bras de son bicu-aimé ,

Glace , ton cristal infidèle Va sourire h d'autres objets ;

Et peut-être es-tu le modèle De celle que je chérissais.

M. de Béranger n’a point fait de romance proprement dite ; il a élevé ce genre de chansons, comme tous les autres, à la hauteur de son talent; le sentiment patriotique qui le domine s'exhale avec le meme charme, soit qu’il chante scs plaisirs, ses espérances, ou ses regrets: quelle romance ancienne ou moderne, française ou étrangère, pourrait-on comparer à celle-ci?

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