LE MÉNESTREL
ROMANCE ÉLKC JAQUE.
Un ménestrel délaissé par sa mie.
Seul , en ces mots soupirait ses douleur»:
Quoi ! sans pitié tu vois couler mes pleurs , Cruel objet de ma flamme trahie.
Un jour! hélas, du ménestrel Tu regretteras la coustaucc;
Tu diras, plaignant sa souffrance:
Pauvre Blondel ! pauvre Rloudcl !
Fl vous, témoins de mes ardeurs fidèles.
Aux jours tant doux d'un bonheur passager.
r>8 ESSAI SUR LA POÉSIE LÉGÈRE.
Vous dont le cœur ne peut jamais changer ,
Tendres amants, naïves pastourelles,
Rien savez si le ménestrel Mérite les uiauz qu’il endure;
Son atnie est fausse et parjure.
Pauvre Bloudel ! pauvre Blondel !
De loyauté , d'aimable courtoisie Toujours donna bon exemple cl leçons ;
Toujours disait, en ses douces chansons ,
Qu 'amour constant est charme de la vie. f ,as ! pleurez sur le méuestrel ;
En perdant maîtresse volage.
Il regrette encor son servage.
Pauvre Bloudel! pauvre Blondel!
O tues amis , je veux sur cette rive ,
Et parmi vous me choisir un tombeau ;
Vous suspendrez à quelque jeune ormeau Du troubadour la guitare plaintive :
En l'agitant , du ménestrel Les venu racontant l'aventure ,
Répéteront dans leur murmure :
Pauvre Blondel! pauvre Bloudel!
Si quelquefois aux danses bocagèrcs,
Parmi les jeux, les innocents plaisirs ,
De mon tourment les tristes souvenirs Fout soupirer les folâtres bergères.
En silence, du ménestrel Pressant la tombe solitaire,
Leur main gravera sur la pierre :
Pauvre Blondel! pauvre Blondel !
M. de Longchamp a fait soupirer la romance sur un ton plus brillant. Sans être moins tendre, moins facile, son style a plus d'élévation; avec la même franchise sa douleur a plus d'éclat ; mettons le lecteur à même d’en juger.
ESSAI SLR LA F'OÉSIE LÉGÈRE. 5 9
le départ,
ROMANCE
Il faut partir; adieu , ma Laure ;
Adieu , mes amis les plus chers;
Demain nous scrous, dès l’aurore,
Séparés par les vastes mers.
Mon ctpur se gonfle et se déchire.
Chaque instatit accroît mes regrets ;
Sans expirer pourrai-je dire
Ces mois: adieu, c’est pour jamais?
Le ciel l'ordonne , j'irai vivre Perdu dans un autre univers;
•Sans un seul ami pour me suivre ,
Et parler de ceux que je perds.
Parent* chéris, fidèle amie.
Pour moi ne sont pas moins perdus Que si jeusse quitté la vie....;
Et j'aurai les regrets de plu».
J’observe tout ce qne je laisse Avec d’autres yeux qu’autrefois ; Tout m'attache , tout m’intéresse :
Je tiens à tout ce que je vois.
De mes chagrins lame oppressée.
Je parle à tout de mes douleurs ;
Et je prête à tout la pensée
Pour que tout réponde à mes pleurs.
Ces fleurs que j’arrosais moi-même Loin de mes yeux vont se flétrir; Fidèle au bou maître qu’il aime ,
Mon chien peut-être va mourir.
Sensibles à mon infortune ,
Mes amis d'abord me plaindront.
Puis chassant l’idée iuqmrtune ,
Avant ma mort ils m’oublieront
f.o ESSAI SUR LA POÉSIE LÉGÈRE.
El loi qui doublait mon ivresse.
En doublant A uion «il charmé Tous les attraits de ma maîtresse Dans les bras de son bicu-aimé ,
Glace , ton cristal infidèle Va sourire h d'autres objets ;
Et peut-être es-tu le modèle De celle que je chérissais.
M. de Béranger n’a point fait de romance proprement dite ; il a élevé ce genre de chansons, comme tous les autres, à la hauteur de son talent; le sentiment patriotique qui le domine s'exhale avec le meme charme, soit qu’il chante scs plaisirs, ses espérances, ou ses regrets: quelle romance ancienne ou moderne, française ou étrangère, pourrait-on comparer à celle-ci?